DEUXIÈME PARTIE
« Mon oncle, le seigneur Ottavio Rinuccini me « dist il y a quelque temps que, sur ce que vous « vous avies sceu que je désirois faire faire « l’effigie du roy, mon Seigneur, à cheval, en « bronze, pour mettre a une place de la ville de « Paris, vous avies l’intention de faire faire par « delà ladite effigie par les mains de Jan Boute longne et me l’anvoyer ; cela me donne suget « maintenant de vous escrire celle-ci pour vous « prier che, puische vous me voules faire ceste « courtoisie, et craignant que ledit Jan Boute logne ne tienne cet ouvrage en longueur, ou « que mesme il ne le rende en perfettion à cause « de sa vieillesse ; ayant aussi besoin d’avoir le « plus tost che faire se pourra la dite effigie, tt pour la faire poser sur une place che l’on « fait accomoder esprès sur le Pont-Neuf tt de Paris, lequel san va estre parfait, vous me « faciès cette grâce particulière de me faire bailler « le cheval de bronze que vous aves ci-devant fait « faire pour vous par ledit Jan Boulongne et sur tt lequel est de présant votre effigie, et au lieu <t d’icelle faire dépescher par luy-mesme celle du « roy, affin che par ce moyen je puise avoir le tt tout promptement, et che le présant che j’en tt désire faire à ladite ville de Pans y soit dautant « mieux receu qu’il sera fait plus à propos. Vous
JEAN DE BOLOGNE
« accroistres an ce faisant grandement l’obligation « que je vous an au ray sans che vous en recevies « beaucoup d’incomodité, car vous pourres faire « faire tout à loisir par le mesme ouvrier un « autre cheval au lieu de celuy chez vous m’aures « anvoyé. Je vous prie donc derechef de me « faire ce plaisir. Et sur ce, me raccomandant « affectueusement à vos bonnes grâces, je prie « Dieu, mon oncle, qu’il vous conserve en parte faitte santé.
« De Fontanableau ce 29 d’apvril.
« Votre bonne et affettionnée niepee,
« Marie. »
Le grand-duc, bien entendu, ne se rendit pas à cette demande et garda son cheval.
Quant à la statue d’Henri IV, interrompue par la mort de l’artiste, survenue en 1608, elle fut terminée, deux ans plus tard, par Pietro Tacca ; embarquée à Livourne en 1613 ; et, après avoir manqué de faire naufrage, mise en place à Paris, le 23 août 1614. La maquette de cette œuvre, devenue populaire et dressée au milieu d’un grand concours de foule, avait inspiré au poète Théophile ce quatrain :
Petit cheval, joli cheval
Doux au montoir, doux au descendre,