DEUXIÈME PARTIE
ports, ornera la place de Livourne, continuera les travaux de la rade, ambitionnera la gloire de combattre les corsaires de Tunis. Mais en tant qu’esthétique nous arrivons à la décadence de Fart florentin. Et quand Tacca aura disparu, la Renaissance ne sera plus qu’un souvenir.
Les premiers travaux de Tacca eurent pour objet la mise au point des effigies commencées pa; son maître Bologne.
Il acheva en premier lieu la statue de Ferdinand Ier (place de l’Annunziata) (1603-1608), tout en critiquant cette œuvre et en affirmant, avec raison, qu’il eût mieux valu refaire une autre effigie.
Tacca termina ensuite la statue équestre
d’Henri IV, envoyée en France l’an 1614, et celle de Philippe III, expédiée à Madrid en 1616. Cette même année, le grand-duc Cosme II lui conféra le droit de cité, et le nomma membre du conseil des Deux-Cents.
Une de ses premières œuvres personnelles fut la statue de Jeanne d’Autriche, femme de François Ier de Médicis, pour la place florentine de S. Marco. Mais la destination de cette figure fut changée. Cosme II ayant réussi ci préserver ses
JEAN DE BOLOGNE
États de la famine qui désolait alors l’Italie, la statue projetée fut convertie en image de Y Abondance tx. placée dans les jardins Boboli.
La ville de Livourne voulut élever un monument à la gloire de Ferdinand Ier de Médicis. Giovanni dell’Opera fit la statue, et Tacca, reprenant l’idée des figures du monument d’Henri IV à Paris, sculpta quatre esclaves enchaînés aux angles du piédestal. Ces figures sont bien supérieures à celle de Francheville. On sent que Tacca avait devant les yeux quelques-uns des Maures faits prisonniers par Ferdinand. Ces types étrangers ont une réalité saisissante auprès des figures académiques, alors de mode à la fin de la Renaissance.
Le chef-d’œuvre de Pietro Tacca est assurément la statue équestre du roi d'Espagne Philippe IV, bien supérieure à celle de son maître, et empreinte d’une réelle personnalité.
Il eut l’heureuse idée de faire cabrer le cheval et de ne le soutenir que par la queue et les pieds de derrière. Le dessin du destrier est soigneusement étudié. La bête se cabre avec violence; son corps, très modelé, s’harmonise admirablement avec le caractère énergique et fier de la figure du roi. Tacca composa cette statue d’après deux peintures de Rubens, dont l’une représentait Philippe IV au
galop. Il fit preuve de véritable science mécanique pour accomplir en sculpture un tour de force qu’on regardait jusque-là comme irréalisable.
Le musée du Bargello possède une statuette représentant un jeune prince à cheval qui a de grands rapports avec le Philippe IV de Madrid.
Tacca contribua à l’ornementation de la chapelle des Médicis, à S. Lorenzo (Florence). La création decetoratoire fait présager, par son éclat extraordinaire, les conceptions d’un style auquel les Jésuites allaient donner leur nom, après la création des autels follement luxueux du Gesu et de S. Ignazio, à Rome.
Cosme Ier de Médicis avait commandé à Vasari le dessin de cette chapelle qu’il destinait à être le mausolée de toute sa famille.
L’œuvre ne commença que sous Ferdinand Ier en 1604 après modification du plan par Jean de Médicis, fils naturel de Cosme Ier et joignant à des qualités militaires réelles un véritable savoir architectural. L’année 1613, on fit les incrustations.
Quatre grands-ducs sont ensevelis dans cette chapelle. Deux tombeaux seulement s’ornent de leurs statues. Ces statues remarquables.
JEAN DE BOLOGNE
qui ont Tacca pour auteur, représentent Ferdinand Ier et Cosmo II, debout, magnifiques et fiers, enveloppés de leurs luxueux manteaux d’apparat.
Comme son maître, Tacca mena de front les gigantesques travaux et les œuvres les plus fines.
On s’en convaincra en examinant les deux marteaux de bronze du Bargello ; des dragons d’un heureux mouvement, sur lesquels s’appuient les fenêtres grillées du Palais Novelluci, à Prato ; le lutrin de Colle in Val d’Eisa ; les excellentes figures de bronze ornant la fontaine de la place de l’Annunziata, et le Sanglier , si souvent reproduit, du MercatoNuovo (Florence).
Tacca s’occupa aussi de sculpter des crucifix. On en trouve de sa main dans la cathédrale de Prato ; à Sainte-Marie des Anges de Pistoie ; à Gênes (Se Marie de Carignan),
Il travailla également le marbre : son buste de Cosme II (1622), sur la façade du palais de’ Cavalieri, à Pise ; ses anges ornant l’autel de la Madone dell’ Umilta, à Pistoie ; la grande vasque égayée d’enfants, du jardin Boboli, sont d’un artiste vraiment créateur.