‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 181 sur 204 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ramena, grâce à une discipline de fer, l’ordre que la douceur et la trop grande bienveillance de Grégoire XIII avaient abandonné à des subalternes,, trop souvent intéressés, par la crainte ou la corruption, à ménager les coupables.

Sixte V, que Brantôme nomme « le plus « redoubté Pape pour la justice en toute l’Italie « qui fut jamais », était d’un naturel sanguin et emporté. Doué d’une haute intelligence que secondait une excellente mémoire, il. fit cesser les abus partout ; réduisit les villes agitées par les anciens partis guelfes et gibelins, la cité de Bologne, entre autres, déchirée alors par les factions des Pepoli et des Malvezzi. Il mit en prison ou à mort les fonctionnaires publics, magistrats, gouverneurs urbains, vendant leurs offices en se réservant une partie des bénéfices et revenus.

Il protégea les cultivateurs, délivra la campagne romaine des brigands qui l’infestaient et promulgua des édits de police si sévères qu’on vit cesser instantanément les désordres et les méfaits dont Rome était le théâtre. C’était l’époque où l’on jetait journellement les sbires par les fenêtres, où l’on assaillait dans leurs carrosses et assassinait les ministres les plus honorables de la Cour pontificale. Les cardinaux et autres grands seigneurs donnaient asile à des

FIN DE LA RENAISSANCE

exilés et à des brigands de la pire espèce en résistant ouvertement aux ordres du Pape1. Ces scélérats étaient protégés publiquement par les princes et les gouverneurs des provinces2.

Sixte-Quint eut bientôt fait rentrer tout le monde dans le devoir. N’admettant aucune opposition ni aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir spirituel ou temporel, il voulait que ses ordres fussent toujours exécutés sans hésitation. Il débuta par un coup de maître : la prohibition, sous les peines les plus sévères, du port et de l’usage des petites arquebuses à rouet, armes fort dangereuses et permettant d’atteindre ou de tuer de loin, en laissant à l’agresseur les moyens de s’échapper. Pendant le pontificat de Grégoire XIII un grand nombre d’assassinats avaient été commis ainsi. Le lundi 29 avril 1585, deux frères appartenant à une noble famille romaine, furent conduits au gibet, sur le pont S. -Ange, pour avoir, contrairement aux ordres du Pontife, parcouru la ville, avec, à la main, des arquebuses à rouets. Les plus hautes influences ne purent empêcher l’exécution des coupables.

Ayant assis son autorité sur de solides bases, Sixte-Quint s’occupa sans cesse à embellir Rome. Ce

Page 1