‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 188 sur 204 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ici, ne l’avons-nous pas dans la charmante statue de Maderne (1576-1636), l’exquise effigie de Cécile (église Ste- Cécile du Transtevère), où ce sculpteur, originaire de Milan, a déployé les ressources d’un grand et noble talent? Rien dans la statue d t sainte Cécile qui sente l’école et la pose. Tout est naïveté, sensibilité, délicatesse’ en cette souple effigie où la vie semble sommeiller. La petite sainte de 23 ans, au corps charmant, l’entaille profonde au cou, la tête enveloppée de voiles, les bras chastement allongés, est étendue sur le côté et dort son dernier sommeil.

Oh! sans doute, l’Ecole romaine du moment ne devait pas se reconnaître dans cette œuvre si simple de lignes, de courbes si suaves, et contrastant avec les fantaisies désordonnées de la chapelle Pauline ou de la chapelle Sixtine, à Ste-Marie- Majeure ! Mais, — et c’est là l’intérêt — , l’ancienne Ecole de la Renaissance n’aurait pas retrouvé non plus dans cette œuvre, aussi sincère que pure, ses principes et ses enseignements, c’est-à-dire des conceptions de la nature que l’artiste devait indispensablement transformer, violenter, voire même martyriser, pour donner une œuvre capable de satisfaire les Humanistes blasés !

Persuadons-nous bien que pas un des artistes du Rinascimento , y compris Michel-Ange, n’eût

FIN DE LA RENAISSANCE

approuvé la statue de Maderne. Us n’eussent rien compris à cette jeune martyre si simplement posée. Quelle désapprobation devant ces plis de robe moulant suavement les formes de Cécile. Ne voyant dans ce corps frêle et léger d’adolescente ni violents mouvements de muscles, ni tours de force d’attitude, tous se fussent détournés avec mépris.

Eh bien ! nous le demandons, avec la statue de Cécile , Maderne ne jetait-il pas les bases d’un art nouveau ?

Urbain VIII aurait dû le comprendre. Il aurait dû encourager des œuvres de ce genre, belles de simplicité, de calme et de vérité. Il aurait dû deviner que là était l’avenir et que son devoir de Pontife consistait à favoriser ce nouvel essor esthétique, autant qu’à combattre Jansénius, à contrecarrer la politique de Richelieu, et à guerroyer contre le duc de Parme en raison de la confiscation arbitraire du duché de Castro.

Au lieu de cela, ses préférences allèrent au style baroque. Il lui donna un plein essor. Loin d’apprécier les efforts de Maderne pour créer un art naïf autant qu’équilibré, il apprécia surtout le rococo. Comme le disait jadis Courajod, dans une de ces phrases à l’emporte-pièce dont il avait le secret : « Ce Pape régna 21 ans. Il eut le temps « de faire beaucoup de mal à l’art. »

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