PREMIÈRE PARTIE
la Madone assise avec V Enfant qu’on admire à Rome dans l’église S. Agostino, et nous ne pourrions juger inférieure aux reliefs de la chaire florentine de S. Croce par Benedetto, l’admirable Espérance qui, à Venise, dans l’église S. Savaltore, plane sur le tombeau du Doge Venier Qf 1556): œuvre de véritable beauté où Jacopo Sansovino a fait passer ses conceptions les plus pures de la plastique vénitienne...
Le malheur pour tous ces artistes du second tiers du xvie siècle est d’être nés trop tard, à une époque où les problèmes les plus compliqués étaient résolus, où Michel-Ange, tenant dans ses mains les destinées de la sculpture, de par la subjectivité de sa puissance créatrice sans limites, son énergique préméditation dans l’effort artistique, son idée systématique de l’art créateur de l’univers, ne laissa d’autres ressources à ses compagnons d’art que de le copier et de se soumettre à son action véhémente.
Ceux qui voulurent s’y soustraire furent alors contraints de s’attaquer à des domaines inexplorés où souvent ils n’atteignirent ni grandeur ni expression. Après le triomphe de la grâce, de la tendresse, de la ferveur, de la fierté, la névrose régna parfois en maîtresse despotique, et la vulgaité s’imp osa trop souvent. L’art, à un certain
degré de beauté, ne peut que décliner à vouloir être toujours plus parfait. Il se détourne aussi de son but quand il n’entretient plus un commerce intime avec la nature. Elle seule peut lui donner l’excitation sacrée, l’infatigable désir de créer, la joie qui féconde la fraîche inspiration.
Michel-Ange, et plus encore ses contemporains et ses successeurs, eurent le grand tort, aveuglés qu’ils étaient par les leçons des Humanistes, de ne pas combattre le subjectivisme qui, s’il engendre l’univers, au dire de Fichte, enlève à l’artiste la vision extérieure de la Beauté. Tous les artistes du xvie siècle ne comprirent pas qu’en face de « l’hypertrophie d’un moi qui s’idolâtre en las- « situdes, dégoûts et langueurs, la Nature sait « des remèdes à tous les maux : Quand il s’aban- « donne à sa bienfaisante influence, l’artiste se « sent rajeunir au contact de son éternelle jeu- « nesse 1 ».
Au xvie comme au xve siècle, la sculpture en marbre et la sculpture en bronze se partagent la faveur du public. Seulement, à l’encontre du siècle pré-