PREMIÈRE PARTIE
cèdent, le demi-colossal devient la règle et souvent même des dimensions colossales s’imposent aux statuaires. Il y a plus de liberté dans le choix des types. On modifie les personnages de la Bible d’après les convenances plastiques et l’on n’imite pas toujours les figures antiques dans la création des statues de la mythologie. En matière allégorique la fantaisie plus grande est de mise.
L’artiste du xvie siècle, et cela jusqu’au commencement du xvne, cherche moins à représenter la réalité et la fidèle expression de la vie 1 dans leur grâce ou leur violence. Il ne s’attachera plus autant à l’observance des lois les plus hautes du style, si strictes toujours chez un Michelozzo, un Jacopo délia Quercia, un Verrocchio. Parfois même il se soustraira à ces lois avec la plus grande indépendance, pour donner à la réalité, à la vie, le rayonnement de la grandeur et de la beauté toute nue. C’est un peu le triomphe de l’art pour l’art. La sculpture cherche toujours dans l’antiquité son inspiration, mais non plus à la manière de Donatello et de Ghiberti qui n’en usaient que comme un simple décor, un vêtemen magnifiquement propre à envelopper leur pensée.
i. Chez Donatello et ses successeurs l’art est avant tout réaliste. Voir Les Successeurs de Donatello (Lemerre).
La statuaire tend à découvrir la loi même de l’ancienne plastique.
Cependant il resta de cet élan vers l’antique quelques traits reconnaissables : l’expression grandiose de la nudité et l’atténuation, la réduction de l’accessoire, en particulier de la draperie qui prendra, au siècle suivant, une revanche éclatante, avec les statues du Bernin et de son école. Toutefois, même au xvie siècle, la draperie à plis multiples et inutiles sévit déjà trop souvent.
Bientôt naît un art nouveau inauguré par Andrea Sansovino et provenant, en droite ligne, de l’antiquité, lui aussi. Cet art consiste à faire contraster les diverses parties de la ligure, saillir les parties droites vis-à-vis des parties gauches, les parties supérieures eu égard aux parties inférieures et inversement. Et ce contraposto devient trop souvent l’unique but de l’artiste.
Enfin voici l’usurpation des œuvres antiques, que chacun veut s’approprier dans leurs défauts comme dans leurs qualités. Mais cette imitation de l’antique n’est pas sincère. Le sculpteur n’entend pas répéter uniquement les traits d’une époque oubliée, donner la réplique d’effigies anciennes; mais il mêle, il amalgame, il associe cette copie à ce que Burckhardt appelle avec beaucoup de raison « des intentions étrangères »,