PREMIÈRE PARTIE
moins contorsionné que Michel-Ange, à l’influence duquel il n’est pas inévitablement soumis. Faut-il voir en lui le créateur d’un art opposé à celui de Buonarotti et considérer ses oeuvres comme représentant le côté voluptueux de la vie, les productions de Michel-Ange se ressentant du milieu romain et de l’antiquité latine ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, Jacopo Sansovino inaugura, avec sa propre école, à Venise, comme uneseconde tradition esthétique, à côté de celle de l’auteur des Sibylles et il eut sur ses élèves une influence profonde.
Il est difficile de se rendre compte de ce qu’était Venise au moment où y arrivait Jacopo Sansovino. Cette ville, si morne aujourd’hui, était pour les artistes extrêmement accueillante. La richesse des habitants, la puissance de la République et de ses Mécènes portaient en tout lieu les échos d’une gloire sans seconde.
Les peintres de l’époque : P. Véronèse, Tintoret, Titien contribuaient à étendre encore la renommée vénitienne.
A la vérité, leur art n’est ni la ligne ni ce qu’on a justement appelé : le sentiment des lois plastiques élevées. Et disons bien vite qu’il en sera de même dans les œuvres de Jacopo et son école. Comme chez Tintoret et Véronèse, leur
force et leur grandeur consisteront dans la magnifique expansion de la pleine et libre vie. Jacopo n’aura qu’un but : représenter une existence calme et heureuse et atteindre l’expression des mouvement plastiques en eux-mêmes. Nulle affectation, nulle exécution conventionnelle, mais une recherche de la simplicité, une représentation de la vie telle qu’elle est, et surtout dégagée de toute préoccupation : esthétique ou autre. ;La vie pour l’amour de la vie.
Nous avons vu Jacopo Tatti subir l’influence de l’antiquité ( Bacchus de Florence), puis incliner quelque peu vers la force michelangelesque ( Enfant de Ici Madone , à Rome, église S. Agostino). Nous allons le voir maintenant inaugurer à
Venise une période où se dégagera, de 1527 à 1570, la complète personnalité du maître. Son œuvre la plus achevée peut-être est la statue de T Espérance, placée sur le tombeau du doge Venier, à S. Salvatore (155 6) . La statue est légère et belle, la tête droite, le cou bien attaché, la forme aussi simple que pure. On dirait une jeune Vénitienne. Quel bel objet d’art !
D’autant plus remarquable que cette statue fait, avec la Charité exposée en pendant, un singulier contraste. On ne dirait pas que cette œuvre fût de la même main. Car, autant Y Espérance est gra-