‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 32 sur 204 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

cieuse et même émouvante à regarder, autant la Charité est maniérée et contournée.

Il faut ouvrir ici une courte parenthèse pour dire quelques mots des travaux accomplis par Jacopo Sansovino comme architecte.

La ville des Doges lui doit la restauration de la coupole de Saint-Marc. Il la mena à si heureuse fin que le Sénat porta son salaire à 280 ducats par an. Il acheva ensuite la Scuola délia Misericordia ; construisit l’intérieur de S. Francesco délia Vigna ainsi que la Zecca, sans parler des églises S. Giorgio de’ Greci, S. Gimignano et S. Giuliano. On lui doit encore les Fabbriche nuove qui forment un ensemble de bâtiments disparates. Son chef-d’œuvre d’architecture est la Libreria, la Bibliothèque, destinée à renfermer les livres légués à la République par Pétrarque et les cardinaux Grimaldi et Bessarion.

Parmi les palais qu’il construisit à Venise, ceux des Marino et des Cornaro, sur le grand canal, renouvelèrent l’architecture vénitienne à tel point que les successeurs de Jacopo ne firent plus que l’imiter. Nommons en dernier lieu le ravissant monument de la Loggetta , qu’il construisit au pied du Campanile de Saint-Marc et que l’écroulement de ce dernier a miraculeusement épargnée.

La Loggetta est décorée de quatre statues de bronze : Apollon , Mercure , Pallas et la Paix , modelées avec une grande habileté. Les traits de Mercure et de Pallas sont d’une vraie beauté. Le même mérite se manifeste dans plusieurs des petits reliefs du socle, représentant aussi des scènes mythologiques, mais traitées avec cette naïveté, cette simplicité de moyens, qui n’ont pas le charme de Ghiberti ou de Luca délia Robbia, mais qui, pourtant, mettent en valeur toute la vénusté, tout le charme des formes corporelles et chantent à la vie un hymne magnifique.

La Madone, placée à l’intérieur de la Loggetta, est, on peut le dire, pleine de grâce et de mouvement, avec sa main doucement appuyée sur la tête du petit saint Jean vers lequel le Bambino se penche avec espièglerie.

Que Jacopo excelle dans le bas-relief, nous en avons une nouvelle preuve en examinant la célèbre petite porte en bronze qui conduit à la sacristie, au fond du chœur de S. -Marc. Le maître y travailla vingt ans. Et rien d’étonnant à cela quand on examine l’encadrement des motifs principaux, à la manière de Ghiberti, et le soin avec lequel sont disposés ses personnages. Si la Mort du Christ et la Résurrection diffèrent des œuvres de Tribolo à S. Petronio (Bologne), les figures des

Page 1