‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 33 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Prophètes, dans leurs cadres horizontaux et dans leur raccourci savant, atteignent une véritable perfection.

Jacopo a fait d’autres travaux à S. Marco. Il a représenté, à droite et à gauche de l’entrée du chœur, les Miracles de saint Marc qui, malgré l’intelligence du dispositif et l’énergie des attitudes, ont je ne sais quoi de théâtral, parce que l’auteur a faussé l’expression des sentiments à cause d’une recherche exclusivement décorative.

Même observation à propos du petit tabernacle circulaire du S. Sacrement avec le Sauveur entouré par les Anges f sur l’autel placé au fond du chœur. Le style compliqué nuit ici à l’ensemble et s’éloigne fort de l’idéal de la Renaissance qui se manifeste si bien dans les reliefs de la Loggetta.

Quant aux deux anges en marbre placés des deux côtés de l’autel et qu’on lui attribue, ils ne nous semblent pas sortis de la main de Jacopo.

Ne quittons pas. l’église S. -Marc sans parler des quatre statuettes représentant les Evangélistes assis (balustrade précédant le maître-autel). Nous nous trouvons ici en présence d’une imitation de Michel-Ange. Le Moïse a servi de modèle ; mais Jacopo a néanmoins résolu le problème de rester indépendant et original dans sa copie.

Outre celle de la Loggetta, Jacopo a représenté

deux [autres fois la Madone. D’abord à l’Arsenal . Celle-ci, par l’aspect froid des formes et l’inertie de la face, rappelle la Vierge romaine de S. Agostino. Quant à la Madone de la Chiesetta, elle se rapproche fort de l’effigie de la Loggetta.

Jacopo est beaucoup plus simple dans la statue de saint Jean-Baptiste (1554, Fonts baptismaux de l’église des Frari) et dans la statue , si digne et d’aspect si noblement austère, de saint Thomas Rangone de Ravenne (sur la porte de S. Giuliano). On trouve dans cette œuvre quelque analogie avec Tintoret. Tout au moins on sent que Jacopo a été influencé par lui. Quant aux statues colossales, Mars et Neptune (Palais des Doges — Escalier des géants), elles ont une pose malheureuse qui nuit à la belle ordonnance de la Scala d’Oro, une des meilleures œuvres d’architecture du maître. Là encore Jacopo se laisse entraîner par l’effet décoratif, sans se préoccuper de la fidélité du caractère à retracer. Cet architecte émérite n’a pas su proportionner ses statues à la place qu’elles devaient occuper. Il ne suffisait pas de faire grand, il fallait encore se préoccuper de relever, par l’habileté du modelé et la puissance de l’exécution, des motifs trop vite ébauchés et pas assez musculeux ni assez composés.

Quand nous aurons nommé le tombeau de l'ar-

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