‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 53 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Médicis avait attiré les bonnes grâces de l’illustre famille sur ce dernier. Il eut la faveur de la cour et fut le sculpteur attitré de Cosme Ier. C’est ainsi que de 1530 à 1534, nous le voyons travailler au groupe d 'Hercule et de Cacus qui, d’abord commandé à Michel-Ange, lui fut repris par Clément VII, voulant employer l’illustre artiste aux fresques du Jugement dernier. Le bloc de marbre destiné à ce groupe avait été extrait des mines de Carrare, sous la surveillance de Buonarotti pendant le pontificat de Léon X. Lors du siège de Florence Baccio dut quitter la ville. Michel-Ange voulut tirer parti du bloc en sculptant un Samson ; mais, après le siège, les travaux de Florence ne laissèrent aucun loisir à Buonarotti. Bandinelli commença donc son œuvre et en fit le groupe qu’on voit sur la place de la Signoria. Cette œuvre attira aussitôt, à son auteur, des critiques aussi violentes que celles qui accueillirent la statue d’ Hercule. Il faut lire, dans la Vit a de Cellini, le passage où Bandinelli se plaint au duc Cosme Ier d’avoir reçu plus de cents sonnets infâmes attaquant son travail, et le jugement de Benvenuto s’adressant en ces termes à Baccio : « Sache qu’il me serait pénible d’avoir « à t’énumérer les défauts que je trouve dans ton « ouvrage; je m’en abstiendrai donc et je me con- « tenterai de répéter ce qu’en dit notre savante

« école. » Mais ce mauvais coquin, tantôt en « murmurant des choses déplaisantes, tantôt en « gesticulant des pieds et des mains, m’irrita tel- « lement que je continuai d’une façon beaucoup « plus rude que je ne l’aurais fait s’il se fût conduit « autrement — « Voilà, poursuivis-je, ce que dit « cette noble école : Si l’on avait les cheveux de « ton Hercule, il ne lui resterait plus assez de « crâne pour contenir la cervelle. On ne sait si « sa face est celle d’un homme ou d’un monstre « tenant à la fois du lion et du bœuf ; en outre « elle n’est pas à l’action. La tête est mal attachée « au cou avec si peu d’art et d’une façon si dis- « gracieuse qu’on n’imagina jamais rien de pis. Ses « grosses épaules ressemblent aux deux paniers « du bât d’un âne. Sa poitrine et ses muscles sont î< copiés non sur la nature humaine, mais d’après « un mauvais sac de melons dressé le long d’un « mur. Le dos paraît aussi être la reproduction « d’un sac de cabbasses. On ignore comment les « deux jambes tiennent à ce torse difforme : on « ne sait pas plus s’il s’appuie sur une jambe que « sur l’autre, et on voit encore moins s’il repose « sur toutes deux, suivant la méthode observée « quelquefois par les maîtres qui possèdent « un peu leur métier. On reconnaît facile- « ment que cette statue tombe en avant de plus

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