PREMIERE PARTIE
l’ayant emporté, il se mit à l’œuvre. La fontaine fut terminée en 1571. Le Neptune colossal qui la couronne, lourd, gauche, sans signification ni action, est placé sur un vaisseau que traînent des chevaux marins, trop petits pour faire mouvoir un tel poids. Au-dessous, de nombreuses figures d’hommes et de femmes ainsi que de multiples ornements en bronze. Cellini disait de cette fontaine qu’elle était un exemple du sort de celui qui, cherchant à éviter un malheur, rencontre souvent un destin dix fois pire et que le Neptune en voulant fuir Bandinelli était venu se jeter aux mains d’Ammanati. La vérité est qu’Ammanati n’était pas de taille à se mesurer avec des œuvres de grande dimension comme ce Neptune et les tombes des Monti à Rome. Toutes les fois qu’il s’attaque à de petits sujets, il y excelle : témoin les figures allégoriques de la tombe de Benavidês, à Padoue, et les satyres ou divinités marines ornant le bas de la fontaine, sur la Pia^ya. L’artiste devient alors d’une grâce véritable et se montre plein de mouvement et de brillant. Si l’on se détourne de Neptune pour ne voir que la partie inférieure du monument, le juge le plus difficile peut être satisfait.
Ammanati vécut encore de longues années après l’érection de la fontaine.
Sans être aussi riche que Bandinelli qui ne possédait pas moins de trois maisons à Florence (Borgo Pinti, via S. Sebastiano et via Ginori), sans parler d’une villa à Pizzimonte, près Prato, et de fermes à Fiesole et près de S. Salvi, Ammanati, grâce à ses travaux et à l’héritage de sa femme qui eut, du chef de Battiferi son père, des biens importants, put mener une heureuse existence dans sa villa deCaserotta. Madonna Laura Amraanati, dont la duchesse d’Urbin, Vittoria Farnèse, avait eu beaucoup de peine à pardonner le mariage, parce qu’il éloignait à jamais la jeune femme d’une cour dont elle faisait un des plus beaux ornements, Madonna Laura « l’orgueil d’Urbin », la « nouvelle Sapho »*, au dire d’Annibal Caro, mourut en 1589. Trois ans après, son mari s’éteignit doucement à son tour. Il fut enterré dans l’église S. Giovanni degli Scolopi, construite vers 1352, propriété des Jésuites de 1357 à 1775, et dont Ammanati avait commencé, l’année 1580, la reconstruction qui ne fut achevée qu’en 1662, par Alfonso Parigi. On voit dans l’église une inscription funéraire rappelant les talents et les vertus de Bartolommeo et Laura Ammanati.
Ce qu’il y a de curieux, c’est que sur la fin de sa vie, Ammanati, subissant l’influence des Jésuites, regretta d’avoir employé son talent à des