‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 65 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tantôt mouvementée, agitée, névrosée à l’excès, comme les œuvres d’un Spani, au Palais ducal de Modène ; tantôt boursouflée, pauvre et vide, comme la statue de Jean des Bandes Noires d’un Bandinelli, ou le Neptune colossal d’un Ammanati.

On a pu remarquer jusqu’à présent que dans le style, sinon toujours dans la technique, la sculpture de la fin de la Renaissance est dominée en grande partie par Michel-Ange. Cette influence — il importe de le remarquer — a été plus souvent nuisible que féconde. Les côtés sobres et concis de la sculpture du maître échappèrent à ses imitateurs, qui engendrèrent fréquemment des œuvres pauvres et vides. Ils ne surent reproduire ni l’ampleur ni la robustesse des formes de Buonarotti, et tombèrent dans la lourdeur et la boursouflure. Ils tournèrent en déclamation tout ce qui chez lui avait été éloquence et inspiration. Ils virent des muscles là où le grand révolté n’avait vu qu’une armature emprisonnant l’âme. Tandis que les Primitifs, de par la minceur et la gracilité de leurs modèles, se rapprochaient des sculpteurs attiques de la grande époque, et que Michel- Ange rééditait, au tombeau des Médicis, les figures de Phidias : les derniers champions du Rinascimento eurent, on dirait, pour but le plus cher,

d’imiter les modèles de la décadence romaine, comme un Hercule Farnèse. Ce qui, chez Buonarotti, fut prétexte à recherches morales, à expression psychologique, à la mise en valeur des sentiments les plus profonds de l’humanité, devint pour eux lettre close et formule hermétique. Bandinelli, Ammanati, Tribolo, Cellini, cédèrent à l’influence purement antique de Michel-Ange, nous voulons dire, du Michel- Ange, auteur de Y Adonis, du Bacchus et du Moïse. Mais ils outrèrent cette tendance au point de se consacrer uniquement à la représentation des Dieux de l’Olympe, des Héros de la Grèce et de Rome, sans se préoccuper de la représentation de la vie moderne et des épisodes de leur époque.

En même temps, ils donnèrent à leurs statues les poses les plus contournées, sans se rendre compte que cet emploi exagéré des gestes souples, mouvementés à l’excès, devait acheminer inévitablement vers le maniérisme l’art italien. Le Jules II de S. -Pierre aux Liens, le Pierre II de Médicis, de Lrancesco de S. Gallo, au Mont Cassin, sont des prodiges en tant que raccourcis : mais quelles formes heurtées, inharmonieuses, sans noblesse !

Tandis que dans le nord de la Péninsule, l’architecture continue à dominer la sculpture, comme en témoignent les œuvres de Jacopo

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