‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 66 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Sansovino, à Venise, et de l’auteur du monument de J. Soriano de Rimini (1535, Venise, église S. Stefano), avec leur enfeu qu’encadrent deux colonnes et occupé par un sarcophage supportant la statue du défunt : dans le centre, les tombeaux de Jules II et des Médias, où l’architecture abdiquait devant la sculpture, font loi. La statue du défunt ne domine plus les figures allégoriques ainsi qu’au xve siècle; celles-ci prennent la place prépondérante, comme sur les tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon, ou du duc de Berry à Bourges, dans lesquels des pleureurs, rangés autour du sépulcre, représentent la douleur sous ses formes les plus variées. Mais chez Michel-Ange, inventeur de ce nouveau style funéraire, l’allégorie ne sert qu’à commémorer, d’une façon hautement spiritualiste, les vertus, la mémoire du mort. Ces prisonniers qui se révoltent ou s’humilient, ces vainqueurs qui s’exaltent de leur propre gloire, ces Fleuves, ces Jours, ces Nuits, ces Crépuscules, ces Aurores, ces personnifications de la Nature, sont comme autant de rappels de souvenirs, d’index des moments glorieux de la vie du Défunt: qualités, victoires et tristesse de sa fin prématurée. L’allégorie sert à la mise en valeur de la mémoire d’un Jules II, d’un Julien ou d’un Laurent de Médicis.

Bientôt les successeurs de Buonarrotti deviennent si épris de mouvement qu’ils l’imposent à la mort même. Voyez, au MontCassin, Pierre de Médicis! Il est assis sur son sarcophage. A Naples, Jean de Noie sculpte les trois Sanseverino dans cette même attitude (église SS. Severino e Sosio J.) Et à Milan, dans la cathédrale, le marquis de Marignan se tient debout, sur son tombeau, avec une attitude provocante, comme pour un défi au trépas lui-même !

Ajoutons enfin que chez les derniers sculpteurs de la Renaissance, la théorie de l’art pour l’art prime en quelque sorte le sentiment et l’idée patriotiques. Prenons Florence et les sculptures ornant la place de la Seigneurie ou la Loggia dei Lan^i. Quelle différence entre les commandes de la République et celles des Médicis ! Entre ce groupe de Donatello, Judith et Holopherne avec son inscription enseignant que l’attentat de l’héroïque juive est un avertissement aux tyrans, et la statue de Neptune d’Ammanati, uniquement préoccupé d’étaler ses larges pectoraux de Dieu bien portant! Quelle contradiction entre ce David , le jeune pâtre dont l’héroïsme affranchit sa patrie de la domination Philistine : commande faite à Michel-

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