DEUXIÈME PARTIE
maître du Broeuck. Buonarotti arrivait alors à un tournant de sa vie artistique. Au grand penseur de la voûte de la Sixtine, au formidable évocateur du Jour et de la Nuit, au maître, qui traduit en dessin et en sculpture les prophéties de J. Savonarole, a succédé l’animateur tourmenté du Jugement dernier.
Chez lui la pensée peu à peu tourne en déclamation.
Le temps n’est plus où les sentiments généreux et les idées profondes revêtaient, dans ses œuvres, des formes aussi pures que nobles.
Cependant, malgré son évolution d’art, Michel- Ange n’en restait pas moins le maître par excellence.
Baldinucci nous raconte qu’il accueillit Jean de Bologne, qui lui apportait un modèle de son invention, de la façon suivante : Il commença par repétrir la statue que le jeune homme lui avait présentée en tremblant, et après avoir donné à la glaise une forme toute différente, il la rendit au jeune artiste en lui disant : « Eh ! va d’abord te « mettre à l’ébauche ; ensuite tu termineras ! »
Or, va prima ad imparare e poi a finir e !
Jean ne se découragea pas. Il travailla avec constance. Il écouta les conseils de Michel-Ange, et, tout en gardant indépendance et originalité, il
JEAN DE BOLOGNE
forma son goût et son style sur les œuvres de Buonarotti, selon l’expression de Cicognara *.
Notre jeune sculpteur profita de son séjour à Rome pour étudier les modèles antiques dont la glorieuse ville se trouvait comme parsemée. De même que Cellini passait son temps à copier les monuments, temples, statues, arcs triomphaux et arcades, de même Jean de Bologne se mit à reproduire ces vestiges d’un art disparu, mais toujours vivant.
Rome était alors un vrai musée. Et l’on comprend quelles heures dut passer le jeune artiste, soit à récolter une série d’études, d’après les vieux monuments, pour augmenter ainsi ses connaissances, soit à relever le plan des obélisques apportés jadis de l’Egypte à Rome par les Césars, soit à contempler aux murs, de la Sixtine ou dans les Chambres du Vatican, les dessins de Pinturricchio, Buonarotti, Raphaël; cependant que la ville se peuplait d’églises ou de palais construits sur les plans de l’architecture attique ou romaine, et que la vaste basilique de Saint-Pierre, ouverte au culte depuis peu d’années, commençait à élever sa masse imposante dans les airs. De tels spectacles étaient, certes, bien faits pour créer un idéal d’art