‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 90 sur 204 · Vasari, XIII · texte numérisé non relu

Vasari, XIII

JEAN DE BOLOGNE

ration générale et les Quarante du gouvernement de Bologne envoyèrent au duc François une lettre de remerciement. Cela en valait la peine.

Gian Bologne, pour la première fois de sa vie, donnait la mesure de son talent. La fontaine placée sur le prolongement de la grande place de S. Petronio se compose d’un bassin quadrangulaire, auquel on accède par trois degrés de marbre rouge. Le soubassemeut est occupé par des Sirènes en bronze placées à chaque angle et chevauchant une tête de dauphin qui lance l’eau en forme de jet. De ses deux mains chaque Sirène presse son sein comme pour en faire jaillir l’eau. Sur les quatre faces, entre les Sirènes, quatre petits dauphins à coquilles sont soutenus par des consoles, au-devant desquelles un masque de lion rejette l’eau par sa gueule ouverte.

Chaque angle du piédestal s’agrémente d’une tête de bélier et, au-dessus, d’une guirlande feuillue accompagnée d’une volute se déroulant et se contournant en conque marine.

Aux quatre faces du piédestal quatre écussons portaient, jadis, les armes de Pie IV, du cardinal Borromée, du pro-légat Cesi et de la Cité.

Aux angles de la corniche du piédestal sont assis quatre enfants en bronze ; leurs jambes pendent en dehors de l’entablement; ils tiennent

dans leurs deux mains un dauphin qui lance l’eau dans la conque marine du piédestal.

Les quatre faces du socle s’ornent des têtes en bronze des quatre vents. Une colossale statue en bronze de Neptune couronne le tout. Le dieu, d’une hauteur de 3 m. 42, est entièrement nu. Il tient de la main droite un trident et lève l’autre à moitié, comme pour apaiser les flots.

L’intérêt de cette œuvre consiste en ceci : les figures, comme capturées dans le bas, s’élancent ensuite hardiment dans l’espace. Le rapport de l’ornementation aux figures trahit un habile décorateur. Neptune, malgré sa silhouette herculéenne, a des lignes d’un grand effet. Le torse est musculeux et robuste ; les traits du visage expriment le calme et la dignité ; les formes sont belles ; l’aspect général est majestueux. On comprend qu’une telle œuvre ait consacré la réputation de l’artiste. Désormais il adjoindra à son nom celui de la ville où il avait témoigné d’une si belle aptitude à concevoir des figures colossales et grandioses et maintes décorations de puissant effet. En contemplant cette fontaine on peut juger à quel point Giovanni possède le sens exercé des contours et des attitudes.

La fontaine de Bologne coûta 70.000 écus d’or.

L’an 1 5 67, au lendemain de l’achèvement du

JEAN DE BOLOGNE

Neptune bolonais, on pouvait dire qu’un maîtrede plus paraissait sur la scène de la sculptureitalienne et qu’un nouveau talent allait, au déclin du Rinascimento, illustrer l’art et retarder sa. décadence dans la Péninsule.

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