DEUXIÈME PARTIE
à la fontaine de Ylsoletto du parc Bobolioù il devait employer les quatre blocs de Seravezza. Et ici nous abordons l’importante question de l’art des jardins.
La Renaissance dans son amour de l’antiquité alla jusqu’à copier les dessins des villas grécoromaines.
La caractéristique des parcs à cette époque est la symétrie des lignes, l’architecture mêlée partout à la végétation, l’habile subordination de la nature à l’art. Des fantaisies bizarres s’introduisent même dans l’ornementation paysagiste. On voit s’élever des cabinets et des murailles taillés dans les arbres verts ; on impose aux buis et aux ifs les dessins les plus capricieux ; on place des jets d’eau invisibles qui retombent en cascades secrètes dont on n’entend que le bruit frais ; on détourne les flots d’un ruisseau sur un lit de gazon pour l’abandonner ensuite à ses caprices ; on corrige la nature, au lieu d’employer l’art à créer la nature ; on dispose de grandes masses de fleurs sur des gradins en gazon ; on fait gravir en pente douce les cyprès et les oliviers. On creuse des vallées artificielles et l’on y parsème des arbres chers à Horace :
JEAN DE BOLOGNE
Qua pinus ingens albaque populus Umbram hospitalem consociare amant;
Ramis et obliquo laborat Lympha fugax trepidare rivo.
« Le pin à la tête altière et le blanc peuplier se « plaisent à marier leur ombre hospitalière, et le « ruisseau limpide à faire entendre son murmure « fuyant loin du rivage. »
La plupart des beaux jardins de l’Italie, pendant la Renaissance, furent remarquables par la grâce des détails et l’harmonie de l’ensemble. Ceux de Boboli à Florence, ceux de Pratolino, les parcs des palais Borghèse, Aldobrandini, d’Isola Bella, Serbelloni (lac de Corne), prouvent que l’art décoratif des jardins, à cette époque, avait emprunté aux autres arts ce style varié, fleuri, délicat, ingénieux, ce style épanoui et riche qui y triomphait. La profusion étant à l’ordre du jour, les architectes jardiniers, comme Tribolo à Boboli et à Pratolino, élèvent des terrasses, tracent des allées droites et régulières, appellent à leur aide des rochers simulés, creusent des étangs géométriques et répandent à profusion les temples, les colonnades, les statues, les bustes, les vases et les fontaines. François de Médicis ne fera pas élever moins de trois de ces dernières, dans les jardins Boboli, puis dans les enclos de ses villas Petraja et Castello.