DEUXIÈME PARTIE
Les arbres et les fleurs, à vrai dire, ne sont que les accessoires du tableau qu’il faut offrir aux yeux. L’architecture et la sculpture sont les agents principaux ; la nature, à cette époque, joue le rôle de simple toile de fond : l’ensemble est charmant quand même.
A Rome, Bramante avait dessiné les jardins du Vatican; mais le plus bel exemple d’un jardin de luxe, c’est la villa d’Este, à Tivoli, datant de 1549. La fantaisie du xvie siècle s’est donné largement carrière ici, avec les terrasses escarpées et les perspectives closes par des constructions et des sculptures étranges.
Citons encore, à Rome, le jardin du palais Colonna et à Gènes, celui du palais Doria datant de 1529 — et revenons aû jardin Boboli.
Il avait été créé à Florence dès le temps de Cosme et sous la direction des sculpteurs Tribolo et plus tard de l’architecte Buontalenti. La pauvreté d’eau n’avait permis que peu de fontaines et un seul bassin. Au lieu de tracer un simple jardin de parade, les architectes eurent l’idée de dessiner un cirque de large dimension, entouré de terrasses de chênes. Ce cirque heureux continue, en quelque sorte, les ailes de la cour du palais Pitti. On descend vers les parties du fond par une allée de
JEAN DE BOLOGNE
cyprès à pente raide et pour aboutir à une île, Isoletto, que Gian Bologna avait été chargé de décorer. Il sculpta dans ce but un groupe colossal représentant l'Océan debout au milieu des trois grands Dieux fluviaux. C’est une décoration où la magnificence s’allie à la légèreté. Les figures semblent planer, grâce à l’enlacement des jambes autour des urnes et à leur collocation dans le mince pilier qui est au milieu du bassin. V Océan, un bâton à la main, s’appuie du pied droit sur un dauphin. Chacun des Dieux fluviaux, le Nil , Y Euphrate et le Gange , tient une urne d’où l’eau s’écoule dans la coupe inférieure. La fontaine, placée au centre d’un bassin ovale, s’élève sur un îlot de marbre blanc.
Le même charme se dégage de la fontaine de la Grotticella , petite grotte construite par Cosi Lotti, élève de Buontalenti, placée derrière la grande grotte que l’on voit à l’entrée des jardins Boboli.
Là, sur une vasque de marbre soutenue par quatre satyres versant de l’eau, est placée une Vénus ou baigneuse dont l’attitude est si gracieuse, dit avec raison Baldinucci , qu’on ne peut s’empêcher de l’admirer.
Gian Bologna termina vraisemblablement son groupe de Y Isoletto en 1573. Quant à la Vénus elle ne fut achevée que dix ans plus tard.