DEUXIÈME PARTIE
L’année 1572, pendant que l’artiste était en plein travail, François de Médicis l’envoya à Romepoury faire l’acquisition de statues antiques. Il retrouva là son ami Vasari qui le présenta au pape Pie V (Michel Ghisleri, 1566-1572) comme le prince des sculpteurs.
Gian mit à profit son séjour dans la ville pontificale pour se familiariser de plus en plus avec ’art antique. Il prit des leçons de nu devant les terres cuites de Tanagra. Il copia les bas-reliefs nouvellement découverts. Il retrouvait, parmi les décombres, les débris d’une sculpture incomparable et, comme autrefois Ghiberti, il dut passer de longues heures devant la statue de Y Hermaphrodite qui, bien que mutilée, « laissait deviner les merveilles « de beauté qu’elle devait offrir aux yeux dans son « état complet et quand le regard croyaitavoir tout « mesuré et tout saisi, le sens du tact découvrait «' encore des perfections nouvelles. »
Il faut croire que d’un commerce aussi assidu avec l’antiquité Gian Bologna retira un singulier profit, puisque Vasari écrivait au prince François que, depuis son arrivée, l’artiste avait beaucoup perfectionné son talent « en modelant et en dessinant la moitié de Rome ».
JEAN DE BOLOGNE
C’est peut-être en contemplant quelques fines statuettes ou l’un de ces bas-reliefs en bronze à sujets grecs et romains : Apollon et Marcias , Bacchus et Ariane , Diane et Endymion , que Gian Bologne conçut la première idée de son Mercure volant. Toujours est-il qu’il l’exécuta à Florence vers 1574, peu après son retour de Rome. Le Dieu, lancé en l’air, un pied sur une rose des vents, est une œuvre exquise. Cet être éthéré tient un caducée à la main, il a des talonnières et un casque ailés — et semble porté à travers l’espace par le souffle d’Eole.
Ce Mercure , supérieur en expression et en beauté à tous les travaux de Jean de Bologne, cette statue admirable de légèreté et de naturel dans l’action rapide, décelait chez son auteur un art bien remarquable de l’anatomie et du modelé, en même temps qu’une profonde science de l’art antique. Il y a dans cette œuvre une étude du mouvement et un de ces tours de force qui feront toujours l’admiration des hommes de métier.
« Que ceux qui veulent le voir se hâtent, dit « Dupaty dans une de ses lettres sur l’Italie, le voilà « qui s’envole, il est en l’air. On voit qu’il monte. « Quelle légèreté, quelle suavité dans les formes ; « quelle grâce, quelle finesse dans l’expression 1 ! »