‹ Tableau de la voluptéChapitre 3 sur 7 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

trop de différence règne entre nos façons de penser; à ces mots il me quitta et heureuusement je ne le vis plus.

Je devrais, sans doute, ajouter ici quelques lignes pour excuser ma hardiesse, de donner au public un ouvrage si plein de défauts : hardiesse que je ne me pardonne pas moi-même, quoique autorisé peut-être par l'exemple journalier. Mais je sais trop qu'en pareil cas toutes les excuses du monde les mieux encadrées dans un avertissement ne servent de rien à l'Auteur; s'il ennuie, c'en est fait, il est coupable et condamné sans appel.

Ainsi j'attends mon sort.

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A ma Maîtresse

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E chante les tendres mystères

Que célébrèrent deux Amans,

La Vertu par ses cris sévères k

N'en vint point troubler les momens. V

Couple heureux ! quel sort fut le vôtre !^

Qu'il a de charmes à mes yeux! {^i

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Comblés de plaisirs l'un par l'autre Vous bûtes à longs traits le vrai nectar des Dieux.

Raconte-moi, Délie heureuse,

Tous les mouvemens de ton cœur,

Lorsque d'une bouche amoureuse Ton Amant sur la tienne imprimait son ardeur. Et toi, Belzors, aimé, digne de l'être, Dis-moi, quel fut le terme à ta félicité, Lorsqu'un de tes baisers fit soudain disparaître

Le lys de la virginité,

Et qu'en sa place tu vis naître

La rose de la Volupté ?

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Loin d'ici tout être insensible.

Loin d'ici stoïque lecteur :

Ton esprit tristement paisible Sait-il connaître le bonheur ?

Ta sagesse ne peut suffire A régler ou rempHr tes vœux.

Soumis à son cruel empire Faussement tu dis être heureux ; J'ai surpris ton cœur qui soupire

-ôgr:.-

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A MA MAITRESSE

En vain tu crois le revêtir D'une enveloppe épaisse et dure; Vouloir s'empêcher de sentir.

C'est faire outrage à la Nature; Elle ne peut y consentir.

Sans que tout bas elle murmure Contre l'ingrat, qui voudrait amortir Ce beau feu, cette source pure, Le Père et l'enfant du Plaisir, Le sentiment, qui vivifie Tous les instants de notre vie ; L'éteindre au lieu de le nourrir.

Oui, c'est (ô l'étrange folie) Pour vivre en paix vouloir mourir.

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De quels biens ta philosophie, Zenon, t'a-t-elle fait jouir?

Je sais que ton cœur insensible A tout genre d'impressions.

En étouffant ses passions, Aux flèches du malheur devient inaccessible; Mais les douces émotions

Et les tendres sensations r?

si j^' Pour ton âme ne sont point faire.s. J n-

^ Si tu t'épargnes la douleur ^1i; Tu fermes au plaisir le chemin de ton cœur. Va, tu ne vis plus, tu végètes.

Loin du plaisir rechercher le bonheur! -T;

>j.5^/^ Amour, quel absurde système : .{jf

|»f Ah ! crois-moi, froid Stoïcien, ^'j^\^

^^^ C'est dans les bras de ce qu'on aime ^

Jl^^f Qu'on trouve le suprême bien. ^ ^ "^^^ Mon bonheur est de voir Vulhnire,

Mon bonheur consiste à l'aimer, ^ ^

Mon bonheur est de le lui dire, '^"^

^^>i Mon bonheur est de l'enflammer. yO^

Je n'en veux pas connaître d'autre; ^

Belle Vulhnire, que le vôtre .^^

^ ' Dépende d'un juste retour,

^^' Vous le devez à ma constance;

5^ Songez que la reconnaisance ^

L Vous fait un devoir de l'amour. /','*'

^^ Lisez ces Vers, que la décence ^^

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A MA MAITRESSE

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En fournisse le coloris :

J'y respecterai l'innocence

Puisque c'est pour vous que j'écris.

Content de votre seul suffrage.

Daignez en accepter l'hommage :

Mais, quelle est ma témérité ?

Vulhnire, que vais-je entreprendre?

Qui ? moi ! chanter la Volupté !

Un tel dessein doit vous surprendre ;

Et déjà j'ai cru même entendre

Un certain Marquis qui disait,

« L'auteur connaît-il son sujet?

A-t-il bu jusques à l'ivresse

De cette coupe enchanteresse.

Que tiennent dans leurs mains l'Amour et la

[Beauté :

Est-il amant heureux ? l'a-t-il cent fois été ? Mais surtout, connaît-il ces femmes adorables,

Qui n'ont pas d'autre occupation Que l'emploi gracieux de nous paraître aimables. Et de faire en nos cœurs germer la passion

Par mille moyens agréables?

C'est dans leur temple, au centre de Paris 'fx

Sans doute, qu'il a dû s'instruire. i"^,

Dans ce temple enchanteur où le fils de Cypris ^.

Sait si bien, pour mieux nous séduire,

Sous cent formes se reproduire.

Les grâces, les talens, les muses et les ris, ^T;

A l'envi dans ces lieux soutiennent son empire, I.ï

De leurs secours les plus puissans : ''jW;

Tout y sert l'Amour et l'inspire : \

L'air même que l'on y respire, Z^^

Filtre le plaisir dans nos sens. ^^

Mais ce temple charmant, dont la moindre . ^

[prêtresse '*/^

M*■^.J. Est souvent elle-même une divinité, ^'

k^^ L'Auteur, dès sa tendre jeunesse, 1

*r.^^ L'a-t-il avec soin firéquenté ? ■'^^

p Ce chantre de la Volupté •^•

"^^ A-t-il fait dans ce lieu si justement vanté A/

'^^ Apprentissage de tendresse ? -^ J

f«r A-t-il enfin une Maîtresse >*T'

Qui danse ou chante à l'Opéra ? » ^^-

Non, Marquis : rien de tout cela. ^

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Il la faut chercher où vous êtes.

A MA MAITRESSE 39

•4 Votre méprise est trop grossière, V

j| Si vous prenez pour le bonheur,

^"•l L'étincelle vaine et légère i^

y Du seul plaisir des sens, qui ne va point au cœur. ^.

>^ Emporté par l'ardeur de l'âge, i?-

\j Comme vous, j'offris mon hommage. ^

Y A nos théâtrales Beautés : Y \'j Cent fois leurs sermens répétés, -

Leurs soupirs, leurs transports, leur tendresse

[apparente Me firent espérer trouver à leur côté La véritable Volupté ; ^^1 J'épuisai leurs faveurs dans cette fausse attente : jl Je comptais être heureux, et je ne le fus pas : L'ennui m'assiégea dans leurs bras. Mes sens étaient lassés, mon cœur cherchait i^

^(î [encore t

7 Cette douce félicité, 1

Y Dont je m'étais en vain flatté. T T O Vulhnire! ô vous que j'adore! I Je n'aurais pu jamais la trouver loin de vous.

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