‹ Tableau de la voluptéChapitre 5 sur 7 · É,1^'»VA · texte numérisé non relu

É,1^'»VA

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n,dél de Kaîval scuîp Homste.imp

îld.Rouveyre, Edit-

"1 L l'Ii ^^^ ^^ ^^^^ '^'^^ séjour champêtre, Sous l'aile de simples parens, ^ La jeune Délie a vu naître

Le retour de quinze printemps; Et tous les ans plus embellie Quinze fois l'aimable Délie

là

^C'^-r^^fj^^^'^^^'^^^^^- ^ "^ " "

(i A fait leur plus bel ornement; i»

vi Elle est dans cet âge charmant ^i V, Où la nature fait éclore

Le premier tendre sentiment;

Où l'on cherche ce qu'on ignore ;

Où des plaisirs la douce aurore «A

Fait briller ses rayons naissans; à

>. Où l'on a des désirs pressans, ,A

\i^ Sans deviner ce qui les donne; (^

l^lfc Où le trouble nouveau des sens, y-j^^^

i'^r A tout ce qui nous environne, '1^9

A-joute un charme intéressant : ' ^

Où l'œil curieux et perçant, <b/

^ Au bord d'un ruisseau qui murmure, ^\

Ou bien sous l'ombre des berceaux.

Découvre et fixe deux moineaux,

Suivant l'instinct de la nature;

'] Leurs chants, leurs caresses, leurs jeux, »

\,^ Disent à la jeune Bergère t

(!^ Qu'ils s'aiment et qu'ils sont heureux : ,j

^^ Comment font-ils ? c'est un mystère 4

'.'' Que son cœur voudrait découvrir; ^

Ces oiseaux l'ont fait souvenir Que ce matin, dans la prairie,

Un mouton s'ctant joint à sa brebis chérie. Elle n'a pu les désunir.

Oui, de l'amour à la campagne, Tout offre le riant tableau; Un papillon sur ce ponceau Vient de s'unir à sa compagne ; La Bergère veut s'en saisir, Et s'avance pour le surprendre Au plus vif instant du plaisir ; Mais le papillon, sans l'attendre.

Vole, et sauve avec lui l'objet Je son désir. Loin de troubler sa jouissance.

Sa fuite, et ses tendres efforts, Faisant mouvoir tous ses ressorts, Quand dans les airs il se balance, Sont d'un bonheur plus étendu.

Sans doute, une source nouvelle.

Que peut-être il n'eût pas connu.

En restant avec sa femelle.

Unis sur la première fleur

:-^ * -J^iw^^ïl?^^^^

■ Qui vit commencer leur bonheur.

Des plaisirs de l'amour la dangereuse image Présentait à Délie un appas séducteur ; Je l'ai dit, elle était dans l'âge Où l'on a deviné l'usage Que l'on doit faire de son cœur :

De ce cœur le secret langage Lui parlait souvent pour Belzors ; Objet de ses plus doux transports Elle recevait son hommage, Et d'un juste retour elle payait son feu ; Mais vingt fois la pudeur craintive En fit sur sa bouche naïve Expirer le charmant aveu ; Elle ne l'a point fait entendre.

Ce mot, je t'aùne, mot si tendre !

Il n'est point encore prononcé, En vain son Amant l'en supplie ; Le cœur de la jeune Délie Combat toujours quoique pressé.

Mais enfin de sa résistance

LE MATIN

Belzors doit triompher un jour; Et ce jour fortuné s'avance, Où, cédant à sa violence, Elle fera l'aveu de son amour.

C'est ce charmant jour que je chante, Heureux Amant, heureuse Amante :

Vous vous souvenez de ce jour; Qu'il a dû vous paraître court !

De secrets et tendres mystères En ont marqué chaque moment, D'ineffaçables caractères L'ont au fond de vos cœurs gravé profondément.

Belzors d'une absence ennemie

Subissait le sort ennuyeux ;

Depuis un mois, loin de Délie,

Il perdait un temps précieux.

Toujours plus tendre, et plus fidèle, L'absence ayant encor augmenté son ardeur,

Enfin il revole vers elle, Résolu d'arracher l'aveu de son bonheur.

Ses pas sont guidés par l'aurore.

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Déjà ie soleil de retour,

A travers la vapeur qu'il dore,

Nous annonce le plus beau jour.

Quel spectacle frappe la vue

De Belzors, surpris, enchanté.

Et fait naître en son âme émue

Une innocente volupté !

Dans le plus beau des mois la nature embellie

A chaque endroit, à chaque pas.

Lui rend l'image de Délie

Brillante de ses seuls appas ;

Ainsi, dil-il, à la nature

Elle doit tout, et rien à l'art ;

Ses traits sont sa seule parure ; A quoi lui serviraient et diamants et fard ? Quel caillou brillerait, plus que cet œil si tendre ?

Et quel composé pourrait rendre

Cette blancheur, cet incarnat.

Ou bien en rehausser l'éclat?

Ainsi repassant dans son âme Ce qu'il entend et ce qu'il aperçoit.

Il rapporte tout à sa flamme :

LE MATIN

C'est Délie en tous lienx qu'il voit.

Ici le tourtereau fidèle Demande sa tendre femelle Par de plaintifs gémissements ; Belzors la voit battant de l'aile, Répondre à la voix qui l'appelle :

Ce spectacle émeut tous ses sens :

Leurs accords doux et languissants Jettent le désordre en son âme ; On répond^ dit-il, à sa flamme, Hélas ! que ne suis-je aujourdhui.

Aussi sûr d'être aimé que lui !

De ce côté, sous cet ombrage.

Deux jeunes pigeons amoureux De leurs feux se donnent le gage.

Et se rendent vingt fois heureux ; 11 les voit, s'arrête, soupire.

Le plaisir brille dans ses yeux, Son cœur secrètement désire.

De leur bonheur il devient envieux :

O vous ! dit-il, ô ma Délie, Suivez un exemple si doux !

Faites le bonheur de ma vie, Venez, voyez et rendez-vous.

Mais déjà des flots de lumière

Éclairent la terre et les cieux,

Phœbus poursuivait sa carrière,

Penché sur son char radieux :

Dans une douce rêverie

Belzors arrive chez Délie,

Et vole par l'amour conduit

Jusqu'à la retraite paisible.

Où de ses feux l'objet sensible

Goûte le repos de la nuit.

Il en trouve la porte ouverte :

Son cœur en frémit indigné :

Ah ! dit-il, je cours à ma perte.

Tandis qu'on me croit éloigné, Un rival plus heureux fait écouter sa flamme.

Et moi je n'emporte dans l'âme

Que le regret d'avoir aimé :

Mais entrons, que du moins victime de ma rage. .

Quai-je dit? Belzors, je t'outrage.

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\| LE MATIN 43

Ton cœur de ces transports ne fut point animé ; Tx

;, Tu respectes trop ta Délie, l'V

U Pour soupçonner ses sentiments; /S

Et découvrir avant d'entrer Ce que sa maîtresse peut faire...

Sans bruit d'une main téméraire Il écarte un rideau tiré négligemment Qui semble à ses regards opposer un obstacle ; /,;* Il aperçoit... Ciel! quel spectacle!

Délie était voluptueusement Devant son miroir inclinée, Sa taille n'était pas gênée Dans les entraves d'un corset :

Et plus noble elle en paraissait :

\^^ " Les accès de la jalousie

Wi Sont-ils faits pour de vrais amans? f?j

\V , Quel que soit le motif du trouble qui l'agite, V

W Soit amour, soit crainte, il hésite, \\

.' 1 S'arrête et n'ose se montrer : '1

■' Mais son œil cherche à pénétrer

.,•:., Dans son cabinet de toilette,

-•■;V,' Pour calmer son âme inquiète,

Deux parfaites pommes d'albâtre

Présentaient à l'œil enchanté,

Le tendre et délicat théâtre

Des soupirs de la volupté :

Belzors voit tout, Belzors s'enflamme

En détaillant mille beautés ;

Et le déHre de son âme

En arrête les facultés :

Dieux! dit-il, si je vous offense,

Si mes regards sont indiscrets,

S'ils méritent votre vengeance.

En dérobant à l'innocence

Le bonheur de voir tant d'attraits,

Frappez, je brave tous vos traits;

Dans cette attitude amoureuse

Qu'elle reste encore un instant ;

Tonnez, mon âme trop heureuse

S'enfuira sur ce sein charmant;

Mais d'un corset couleur de rose

Il la voit soudain se saisir :

Un tel dessein le fait frémir,

Il voudrait se plaindre et ne l'ose.

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f/ Sur son sein l'avait attaché,

\{ LE MATIN 4j 'i

•Ij Indiscret amant, taisez-vous, i|

^ De ce corset ne soyez plus jaloux; \

h Déjà je l'en vois affranchie, S

•7 Ne vous plaignez plus de Délie, A

Elle le jette avec courroux. jf

A peine sa main nonchalante

Que l'autre main impatiente V

L'en a dans l'instant arraché. 3

De la gêne son sein s'irrite,

Avec plus de force il palpite,

Ses soupirs en sont plus fréquents

De ses deux mains elle le presse, "1/1 Et bientôt une douce ivresse

L Occupe et trouble tous ses sens.

^ Ah! Belzors, cher Amant, dit-elle, "k

k Dans la force de ses transpons, L

à Ah ! mon cher et trop cher Belzors, A

/i^ Si vous me trouvez toujours belle, 1^

{^ Venez, tombez à mes genoux, ^

' Vous ne me verrez plus insensible ou cruelle, *

^ Je suis aussi tendre que vous,

Peut-être même plus fidèle :

Bekors de ce doute offensé Vole à ses pieds. Délie émue, D'être surprise à demi nue, Rougit d'abord : le front baissé Elle n'ose lever la vue Sur son téméraire vainqueur.

Moins en colère que confuse,

Vainement voudrait-elle affecter de l'aigreur^ Faible dépit : feinte rigueur !

De son Amant elle a l'excuse Préparée au fond de son cœur ; Eh ! contre un mortel qui sait plaire, Comment garder de la colère ? L'amour inspire la douceur; Dût-il devenir plus coupable, Dès l'instant qu'il paraît aimable On pardonne à son séducteur.

D'abord la pudeur s'effarouche

Mais le plaisir fait taire la pudeur.

Et ce n'est pas un grand malheur.

Enfin, dit Belzors, votre bouche

V^ LE MATIN 47

•1^ Vient de m'apprendra mon bonheur ! ^

^'. Je sais que mon amour vous touche, i

^; Répétez-m'en l'aveu flatteur : j

y Belzors, dit Délie, oui je t'aime, lij

\ Cher Amant, mon cœur est à toi, )

N Es-tu content ? puisse de même |^

r Le tien être toujours à moi !

Use des droits de la victoire :

Je veux être à toi sans retour;

Je t'ai sacrifié ma gloire.

Mais j'attends tout de notre amour.

Dans un océan de délices

Nous allons noyer nos instants;

Loin de nous, sévères caprices,

Ne troublez point ces doux moments ; /' Ennui, chagrin et jalousie, ^\

/L Avant-coureurs du repentir, L

/i Fuyez l'amoureuse Délie, |

à Elle ne peut vous ressentir. f

lin Belzors est certain qu'on l'adore, *

f fl ne saurait plus en douter; *

T Mais il dit qu'il en doute encore &

4^—» -^ -^- -b ■*■ -$■ -Sfe

Pour se le faire répéter ;

Et cent fois elle le répète,

Sans pouvoir jamais s'en lasser.

Un fâcheux vient, à sa toilette

n est contraint de la laisser ;

En s'éloignant à l'échappée,

Sur sa main par l'amour formée,

n ravit à compte un baiser,

Puis un autre, puis un troisième;

Délie, au tendre Amant qu'elle aime.

Pourrait-elle les refuser?

' '.^^'Zy^j^^-^

Le Midi

a.M.ao Mh1-.'=:1 crnlp Hoiliv.ir.in.p

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LE MI'DI

I ÉjA de la voûte azurée

Le soleil atteint le milieu ; Et déjà la terre altérée Se fend sous l'aspect de ce Dieu.

La rose se penche fanée; L'aurore de ses tendres pleurs

i S2 LE TABLEAU DE LA VOLUPTÉ ^

'if

En vain ce matin l'a baignée, if

Le soleil pompe ces vapeurs, V (ji Les naïades, loin du rivage, g^ Se plongent dans le sein des eaux.

Ou se cachent sous les roseaux. y\ Le laboureur cherche l'ombrage, ■',

Contraint de quitter ses travaux; ]

Ses forces étaient épuisées, * -vx

Mais entre les bras du sommeil 0^.

^^.v, Il les répare: à son réveil M<*

P^ Les chaleurs seront apaisées ; \^*

'^ Craignant pour son jeune troupeau (?^

Xi L'ardeur des feux de l'atmosphère, ^

^ Déjà la prudente bergère 'Yi

Le ramène vers le hameau.

Sa main plus adroite qu'habile Prépare un champêtre repas, ) Son âme innocente et tranquille f^

V, Dans ses devoirs voit des appas. h^

k Au fond d'un bosquet agréable **

'.'' Délie avait fui la chaleur ;

LE MIDI

Ce lieu charmant par sa fraîcheur

Au soleil est impénétrable ;

Une douce tranquillité

Du cœur y nourrit le délire ;

Dans ce bocage l'on respire

L'haleine de la Volupté ;

Il est devenu la retraire

De cent Rossignols d'alentour ;

A midi la tendre fauvette

Y vient soupirer son amour.

De la plus douce mélodie

Ces oiseaux remplissent les airs ;

Ils chantent l'amour, et Délie

Unit sa voix à leurs concerts :

Ils sont guidés par la Nature,

Dit-elle, ils n'ont que des plaisirs,

Et pour leurs lois que leurs désirs.

Un cœur insensible ou parjure

Ne leur cause point de soupirs.

Le plus aimable des zéphyrs Se fait sentir dans ce bocage.

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ri'P^"^" ■ •;^:^:?^^'-^^^'g^^O~'''-^

Il perce à travers le feuillage,

Il caresse le sein des fleurs;

A toutes il rend son hommage.

Avec le plus égal partage

Il leur prodigue ses faveurs.

Délie, en ce lieu solitaire.

Rêvant aux charmes de l'amour.

Succombant sous le poids du jour,

Tombe sur un lit de fougère ; Entr'ouvre un peu le voile étendu sur son sein ;

D'amours le plus léger essaim

Vient s'en saisir et le déchire ;

Ce n'est qu'en tremblant que Zéphyre

Ose parcourir tant d'attraits ;

Il s'arrête, contemple, admire,

Et semble devenir plus frais :

Mais du sein brûlant de Délie,

Son souffle a tempéré l'ardeur,

Par son haleine rafraîchie, Et ne ressentant plus qu'une molle langueur,

Bientôt d'un repos agréable

Elle va goûter les douceurs :

Ji î

LE MIDI

Ah! sans doute qu'un songe aimable \

Lui prêtera les plus tendres erreurs, ^

Elle s'endort. Dieux! qu'elle est belle Dans les bras d'un sommeil si doux!

Elle dort, oiseaux, taisez-vous, Vous, zéphyrs, dormez auprès d'elle.

Mais quel mortel imprudemment.

Vers ce secret réduit avance ?

C'est Belzors. Peu grande est l'offense, Tout s'excuse dans un amant :

Volez, Belzors, voyez Délie, Admirez, comptez ses appas, ^

Surtout ne la réveillez pas ; ^

)t Vous gagnez trop à la voir endormie, s^

'.^ Il s'en est approché sans bruit, ...

^ Des arbres les épaisses ombres ^

Formaient une espèce de nuit; ft

Des lueurs, quelques reflets sombres, /

Donnaient pourtant assez de jour, ^

Pour guider les yeux de l'amour. A

11 cueille des fleurs les plus belles, Les éparpille sur son sein; Mais les roses les plus nouvelles Cèdent à celles de son teint ; Il compare avec avantage Du lys l'innocente couleur; Le sein dont il n'est que l'image L'emporte cent fois en blancheur.

Belzors pompe, d'un œil avide.

Le poison de la Volupté ;

Et sa main jusqu'ici timide

Se porte avec témérité

Sur les charmes de sa maîtresse ,

Le sein de Délie agité

Sous la tendre main qui le presse.

S'élève avec rapidité :

L'amant d'une bouche enflammée

Accélère encor ses élans ;

Le feu dont elle est animée

Embrase déjà tous ses sens :

Un songe achève le délire

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LE MIDI

Que lui communique Belzors ; Elle partage ses transports, Le serre en ses bras, et soupire.

Ah! si ce n'est qu'à son sommeil, Dit-il, que je dois ce délire, Fuis pour jamais, cruel réveil.

Ou bien que sur ce sein j'expire.

Il le baise, et sur son contour Avec ses lèvres il imprime Ce gage sacré de l'amour.

Ce sceau qui marque sa victime :

Doux baiser! vive expression!

Qui fait passer au fond de l'âme Toutes les ardeurs d'une flanmie.

Délie enfin s'éveille à son impression;

Et d'une voix presque étouffée

Par l'excès du ravissement,

Belzors, dit-elle, tendrement

Je croyais devoir à Morphée

Le délicieux sentiment

Dont mon âme était occupée;

Je vois que je m'étais trompée,

Je le dois tout à mon amant :

Si j'ai paru sensible à la douce chimère

Dont un vain songe m'affectait,

Pourrais-je voir avec colère

L'Amant qu'elle me présentait?

Elle dit : par un baiser tendre

Belzors répond à tant d'amour.

Il ne se lasse point d'en prendre

Et d'en recevoir à son tour.

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