‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 109 sur 158 · SaneU AugiuU Oper.^t. I,p · texte numérisé non relu

SaneU AugiuU Oper.^t. I,p

AU QUATRltlIB SltCLB. 395

rftme immortelle, » C'est à cette raison ainsi éclairée par rétude , à cette tradition philosophique qu'Augustin s'adresse d'abord sur les questions de la matière et de la forme , du temps, de Tespace , du mouvement , de la durée , de l'existence dans le tempa et hors du temps : « C'est, dit-il, après avoir recueilli les enseignements de cette philosophie, et conçu par la pensée les nombres pur^ , les quantités intelligibles , c'est avec le secours de tous les arts libéraux enfin que l'esprit s'approchera de l'idée de Pieu , qu'on ne connaît qu'en ne le comprenant pas.

Aussi Augustin , en livrant son àmé à toute la ferveur de la foi religieuse , gardait l'enthousiasme de la science ; il s'élevait à Dieu par la contemplation philosophique conime par la piété, par le raisonnement comme par l'amour. Qu'à ce principe de hautes pensées vienne se mêler l'active administration des œuvres dans l'épiscopat, le génie de la controverse tempéré par la plus affectueuse charité, une sorte de dictature exercée sur la province d'Afrique, et de là sur Tltalie par l'influence religieuse , quand elle était la première de toutes, et on concevra comment s'est formé un des noms les plus grands et les plus populaires du christianisme. Mais cette gloire était encore loin d'Augustin et cachée dans l'avenir. Il ne sentait à cette époque de sa vie que la passion de l'étude , la pieuse candeur des affections de famille, le zèle de la foi , et l'ardeur philosophique presque au même degré. Sur quelques-uns des plus grands problèmes, sa pensée est indécise; mais cette incertitude, les alternatives qu'il se pose à lui-même ne changent pas pour lui le devoir et le but. II se demande si l'àme humaine fait partie de l'éternelle raison , ou si elle en est distincte. Mais quelle que soit la réponse, il y trouve également , avec la tendance nécessaire au bien , l'immortalité. S'élever à la vertu , non par la foi seulement, mais

par le raisonnement , voilà Tœuvre d'une âme bien instruite. L'esprit exercé par l'étude ramène à la connaissance de Dieu toutes les sciences humaines , comme autant de chemins qui , des divers points de Fhorizon , conduiraient au même temple. L'âme réglée par la vertu , et qui se sera donné le calme et l'harmonie , aura pour récompense ce qu'Augustin ne peut exprimer sans un ravissement d'enthousiasme. « Elle osera voir Dieii, dit-il S et la source même d'où émane le vrai , le père même de la vérité. Grand Dieu ! quels seront ses regards élevés vers vous! qu'ils seront purs et nobles! qu'ils auront de force, de constance, de sérénité, de béatitude! Que pouvonsnous en penser et en dire? Nous n'avons pour cela que des paroles de chaque jour profanées par les plus misérables choses. » Et il achève, en exhortant ses amis à toutes les grandes études de science et de philosophie qu'il leur a montrées comme des efforts et des progrès vers Dieu.

Sa mère, cette femme simple et pieuse dont il admirait la sagacité dans les questions philosophiques, était encore présente à cet entretien. Il s'adresse à elle en le terminant : « Méritons, dit-il, par Texcellence de notre vie, qu'il nous soit permiis d'atteindre à ces vérités ; autrement Dieu ne pourra nous entendre. Mais si nous vivons bien, il nous exaucera sans peine. Prions-le donc qu'il nous envoie non pas des richesses ou des honneurs, des choses fragiles et chancelantes qui tombent au moindre obstacle, mais des biens qui nous rendent bons et heureux. Et pour que de tels vœux soient énoncés avec plus de ferveur, nous t'en chargeons, ô ma mère, aux prières de laquelle j'ai pleine confiance, et je m'assure que Dieu aura disposé mon âme de telle sorte que je ne préfère rien à la vérité, que je n'aie pas d'autre volonté , d'autre pensée , d'autre

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