I. Sanct, August. Oper,^ t. I, p
amour. Et je persiste à croire que ce que nous souhaitons par tes mérites, nous Tobtiendrons à ta demande. »
A ces entretiens que sa parole inspire et remplit , Augustin joignait de fréquentes méditations ; et il les a reproduites sous une forme originale, qui est elle-même une image expressive de sa philosophie. Dans le dialogue sur l'Ordre^ il avait énoncé avec force le principe de Tactivité de Tâme, de cette initiative de la pensée indépendante des sens , et qui conçoit tant de choses en dehors de leur témoignage. «< Moi , avait-il dit, par un mouvement intérieur et secret, je puis séparer ou réunir les notions diverses; et cette puissance s'appelle ma raison. »
Cette partie, ou plutôt cette forme du moi humain, qu'il avait ainsi définie par son action , il Tinterroge dans le silence de tous les objets extérieurs. De là , les Soliloques , dernier fruit de sa retraite. « Vers ce temps, remarque-t-il dans la revue de ses ouvrages, j'écrivis deux livres selon mon goût .et mon cœur, pour sonder la vérité dans les choses que je désirais le plus savoir, m'interrogeant et me répondant à moi-même comme si nous étions deux, la raison et moi , bien que je fusse seul. » Il ajoute que cet ouvrage n'a pas été achevé. Et comment le serait-il? où finit le dialogue de l'homme avec lui-même?
Une fervente prière précède cette méditation et dispose Tâme au tranquille enthousiasme dont elle a besoin pour se voir et se bien reconnaîtra. C'est ici , en effet , une sorte d'extase de réflexion qui ne ressemble en rien è cette émotion violente , à cette crise de repentir et de foi éprouvée dans le jardin de Milan. La résolution est prise; Tefiort n'est plus nécessaire, et l'invocation, quoique ardente, respire le calme. Elle est comme le mouvement d'une âme engagée sans retour. La raison a dit elle-même à Augustin de prier le Dieu de vérité, le Dieu de sagesse, le père de la béatitude, du bien , du beau et de la lumière intelligible.
II prie avec confiance , aVec sérénité : « Reçois ton fugitif, Dieu très-clément, dit-il. Que j*aie assez souffert à tes yeux ; que j'aie été assez longtemps l'esclave des ennemis que tu as vaincus , et servi de jouet aux tromperies du monde. Reçois ton esclave qui s'enfuit loin d'eux vers toi, comme ils m'avaient reçu lorsque je fuyais de toi. Je n'ai que la volonté. Je ne sais rien , sinon qu'il faut mépriser les choses fragiles et passagères, et chercher les biens éternels. Je le fais ne sachant que cela, et'ignorant par où on arrive à toi. Inspire-moi, dirige-moi , soutiens-moi. Si c'est par la foi qu*on te trouve, donne^moi la foi ; si par la vertu, donne-moi la vertu ; si par la science, donne-moi la science. »
Et sous les auspices de cette pieuse initiation , il cherche en eifet la science , en reprenant son dialogue avec la raison. « J'ai prié Dieu , lui dit-il. — Que veux-tu donc savoir? répond la raison, » comme si pour cette noble nature il était entendu que la science est un des plus grands biens que puisse demander la prière, «< Je souhaite connaître Dieu et l'âme. — Ne veux -tu rien de plus?— Rien. — Eh bien, cherche; mais d'abord explique comment, si la démonstration de Dieu se fait devant toi , tu pourras dire : c'est assez. » Et l'entretien continue avec ce mélange de subtile dialectique et de sensibilité rêveuse où excelle le génie d'Augustin.
Cet écrit singulier a sans doute donné à un grand métaphysicien du xvn* siècle l'idée d'un eûtretien avec la raison suprême, avec le Verbe. Mais l'apôtre du it* siècle ne s*élève pas à la sublimité que le scepticisme de Fontenelle lui-même admirait dans le dialogue de ttalebrancfae.. L'argumentation d^Âugustin est plus simple et plus précise. Seulement, quelques souvenirs du tnonde, quelque regret