SancU Augùst, Oper., L I, p
AU QUATRliME SIÈCLE. 399
OU quelque trace de la passion surmontée se mêlent encore dans Tftme du jeune chrétien à la méditation abstraite de la vérité; mais la raison lui en fait honte, et affermit la victoire de la foi. Augustin espère , k mesure qu'il s'ap* prêchera de la lumière divine , être moins tenté de reporter ses regards vers les ténèbres qu'il a quittées, et qui essayent de plaire encore à son aveuglement. A part ce reste d'émotion vaincue , il poursuit sans trouble l'œuvre qu'il s'est proposée , la recherche de la vérité par le raisonnement avec le secours de la vertu. La forme de ce raisonnement appartient à la science philosophique : elle est une belle expression du spiritualisme ; et l'argument de Descartes^ ; « Je pense, doiic je suis , >» ressort tout entier des questions que la raison adresse à Augustin. « Sais-tu si tu existes? — Je le sais. — D'où le sais-tu ? — Je l'ignore. — Sais-tu si tu penses? — Je le sais. — Il est donc vrai que tu penses. »
Ce qui frappe surtout dans cette méditation , c'est une étude des facultés de l'homme, du sens intérieur de l'âme, de son activité propre, de Tordre d'idées qui lui est inné ou naturel. L'existence étemelle de la vérité, l'erreur possible des sens, la vue claire de l'ftme sont démontrées par une série d'inductions où la méthode guide et devance la foi. C'est Tàme seule qui sent, et puisqu'elle sent la vérité, elle est nécessairement de même nature et immortelle comme elle. Quelques doutes cependant s'élèvent encore. Les arguments connus n'ont pas achevé la conviction que souhaite Augustin. La raison lui répète que si ce qui est compris dans un sujet dure toujours, ce sujet durera demême ; que la science est dans l'âme, que l'âme doit donc durer autant que la science ; que là science est la vérité, et que la vérité étant nécessaire, dure toujours. La même rigueur de raisonnement le conduit à chercher dans les sciences mathématiques une preuve de l'action pure et
toute intellectuelle de Tàme. Là, en effet, des vérités qui ne tombent pas sous les sens, et auxquelles TinfiaginatioD résiste, sont démontrées pour Tintelligence. « La réflexion\ dit le mystérieux interlocuteur d*Augustin, comme un miroir qui varie selon la diversité des objets, se figure et place devant les yeux un carré de telle ou telle grandeur. Mais l'intelligence intérieure, qui veut voir la véi:ité, se portera de préférence vers l'idée qui nous fait jugerquetous ces objets sont carrés. — Hais, reprend Augustin, on pourra dire qu'elle juge d'après la perception habituelle des yeux. — Pourquoi donc , répond la raison , juge-t-elle que toute balle d'une forme régulière doit offrir au toucher une surface plane? L'œil a-t-il jamais vu ou peut-il voir rien de tel , lorsque l'imagination même ne saurait se le représenter ? N'éproùvons-pnous pas une chose du aiême ordre lorsque nous formons par la pensée un cercle très-petit, en y traçant des lignes de la circonférence au centre? Lorsqu'en effet nous avons tiré deux lignes entre lesquelles il n'y aurait point place pour une piqûre d'aiguille, nous ne pouvons , même par une supposition fantastique, placer dans l'intervalle d'autres lignes qui , sans se toucher, viennent aboutir au centre : et cependant la raison nous crie qu'il peut en être tiré en nombre incalculable, et que dans cette étroitesse infinie elles ne se rencontreront qu'au centre , de telle sorte qu'à tous les points de leur distance un cercle pourrait être décrit entre elle. »
Ainsi jusqu'aux plus subtiles abstractions de la pensée mathématique, tout concourait au travail religieux d'Augustin ; il transformait tout en éléments de sa foi. Il avait trouvé dans l'existence nécessaire de la' vérité l'existence de Dieu. Il trouvait l'existence immatérielle et immortelle dé l'âme , et dans la nature immortelle de la vérité qu'elle