SancU ÀugusU Oper.^ t. H, p
TABLEAU DK L'ÉLOQ. CHR. 26
402 TABLEAU PS L'ÉLQQUSIiC^ C^pTIENNE
n'étai| pas dans les plaisirs des sens. Par là, sans doute, et d'autres choses semblables , je parais heureiix ou presque heureux à mqï\ cher Nébride. Que je le sqis ^ussi à mes proprfîs yeuj^. Qq^ puisrj^ y pprdjre? et pourquoi ipe refuser ^ upe opinipq favorable f Voilà ce que je me suis djtj pui?i'ai fait îqapri^rp, cojntpe (i^ cQytqfpe, et ^§ p^Ç l^pis endormi . »
N'es|;-ce pas un précieux supplément s^^^ Conf^ssiqn$ (l'Augustin §t au récit dq spp Iftborieux ^vépement s^ la foi chrétienne? Que} c^Jin^ appès l^ trouble violent du cœur, et 4ans rac(iyité continue de riptelligance ! Peu de jour§ après, il reçut une autre lettre de Npbri^e, qu> li|i de-? iuap4ait s'il avî^it fait de npuv^aux progrès dans 1§ disper^ nçn^ept du uiQQd^ 8eusi})le ^\ 4u monde iutP(Ieptuçl. Qai)s sa répQpse, il ne sp félicita que ^'\jli\ ctjapgeuieut bien lent, comme la gr^d^tipu ins^isisis^ble qui chaqPPJQur conduit de Teuf^nce à la jeuuesse, Il sent toutefois que )§s yeu^ de son ^RIP > }ongteiup§ trpu^l^s pi appesantis parles impressions matérielles, ^'épurput ^t i^'élèveut sous rinflueuce de la raison : ce qui lui montre cQmbience qU€| PQUS comprenons par rinteUigence est supérieur à ce que nqus voyons. « flanimé par cette pensée, (Jit-il , lorsque ayapt employé le secours de Dieu je cquimence à ip' élever ^ lui et aux bien^ véritable^ , j^ suis ps^rfpis telle-: m§Pt r^i^P^i du sentimeut antipipé des cj^pses éternpUe^ que \p. m'étpnpe d'aypir ep besoin 4u rai^opnefft^nt pour proir^ cp gui es( ^us$i. présent P^ti^ ^^\ ÇIW ch^qwe hpmm^ est prp^ept à soi-piêpiP- »»
P^ryenq à ce degr^ 4'éléy^tîpn ^Plr^P^ll^ ^t de pieus# çppfi^Upe, Augustin ^vait apçompli ro^uvr^ d^ ^ r^traitp- Il reyipt à Mil^u ?kveç sft famille ef §§s §uii§ , u'ayaut p#s ^pheyé la Ipptur^ du prophète Is^ïe , qu'4m{)r<)i^ lui avait indiquée et qu'il croyait ne pas comprendre encore , mais continuant à méditer sur Tessence imo^QF^^U^ d^ l'Ame,
AU QUATIUiBll£ I^IÈCLB. 4p3
et s'approcbant du b'aptéqoe en disciple d^ Platon ^t de {'Évangile.
Augustin fut baptisé R^P ^^t Ambroise, en laaên^e temps que ^n fil^ A4éQdat et 3qp ^mi Alypci, d^^nci la sfitp^iop ^e Pâqvi^, ^elon Vm^e habituel filors. Op ^^1 bap* téme était |^ «î^^^ 4^ Tapostol^t- Augustin n'eut plu» A'^^lvs, peftftée qij^ 4^ retpHpiie^^ d^p^ $a p^itrie e| de «0 4évoqer i^ cette vie no|iv^|l^ au n^ilieu de ses concitoyens. Il quitta J^i)^n avec s^ fapiille e| qi^elques amis, eqtre ai|r Mes Évode de TagJ^ste, n^^uèrp officier de l'empire, tout pcpupé maipt^n^pt 4^ P^q$PP$ religieuses , et plps tard éyêqup d'un (jjocèse 4'Afriqqq. Il se rendait au ppyt 4'Qsfie ppur ^'6ipj>a]rquer ; Epais jà s^ mère ,. si peureuse de le vqjr enfip topt pptier ^^ pl^ristj^pisBf^e , ^ipba p^al^de et mpprql aprè§ quelques jpurs. Ce p'«st qpe 44Ps lesi parp(es mêmes 4'Augustin qu'pp peut retrouver toute isa dopr leur, pt ('élévation 4p p^nsée^ religieuses qui avait été cpmwe pu prp^septipient ôb çpttp doujeur. Son entretien ftyec sa iQèfe f^ upp f^pêtre de |a piaispn d'Ostie , d'où la vue s'étepdait ^ur les jardins pt )e rjvage, Télan mutuel de leprs limes au d^)^ de tqps les objets visibles de la terre e\ dp cipl , ]ppr vœu popr qpp tppf ^e taise dans la pa^ ture , que Tftp^p ellermême se ^i^e pt s'ouWie , et que Pieq seul ^oit enten4u dap^ le ^ilepce de Jops les dtres et dans le rs^yU^em^pt dp la pensée qui Ip contemple, ce Ifmgage pp ^apr^it ^tre ég^léi Les derpiprs jpurs de Monique, sa confiance en Pjeu, le courage d'Augustin luttant ^t vaincu par p ne si gran4eaf(lictiop, le sprupule qu'il ^ devant Dipp d'avoir pleuré sa mère morte si saintement , pt )a prière fpryepte qp'il a4Fesse popr elle, l^ipp de^ années après, en la pleurant encore, ce sont des choses qu'il faut laisses dans l'effusion du cœur qui les a exprimées avec tant de tristesse et de foi.
Sous l'impression de cette première douleur , Augustin
différa son départ pour TÂfrique , et s'arrêta près d'une annéQ dans Rome, occupé de méditations, de doctes en* tretiens , et étudiant par ses yeux quelques grandes inslitutiohs monastiques qu'il contribua plus tard à propager dans sa patrie. Toujours philosophe, et portant la métaphysique dans la religion, il reprît ce problème de l'essence et de la destinée de Tàme, qui est le plus grand intérêt de l'existence , et le plus naturel emploi de la pensée, quand elle s'élève. Il le discutait avecÉvode qu'une longue méditation avait préparé, et il résumait dans un dialogue écrit les traits principaux de leur entretien. Rien de plus vaste et de plus précis que le sujet tel qu'il est indiqué par les premières paroles d'Ëvode. « Souvent , dit-il à son amis et sur diverses questions que je t'adressais, tu m'as découragé par je ne sais quelle maxinae grecque qui nous défend de nous enquérir des choses au-dessus de nous. Mais je ne crois pas que nous-mêmes soyons audessus de nous. Si donc je t'interroge aujourd'hui sur l'âme, je ne mérite pas de recevoir pour réponse : Que nous importe ce qui est au-dessus de nous? mais je dois apprendre de toi ce que nous sommes. » Et il demande d'où vient l'àme , quelle est sa nature , son étendue, pourquoi elle a été donnée au corps, comment elle est modifiée en s'uriissant à lui , et comment, lorsqu'elle en est séparée? Augustin, dans un dialogue entrecoupé d'objections, parcourt ce cercle entier , rectifiant parfois la question , y répondant toujours : « Dieu, dit-il*, est non-seulement le créateur, mais la patrie de l'âme, » ce quia sans doute inspiré l'expression sublime de Malebranche: « Dieu est le lieu des esprits, comme l'espace est le lieu des corps. >»
i. Sanct. August. Oper.^ 1. 1, p. 401.
2« Ibidem»
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« L'âme, dit-il encore, autant que la chose créée peut se rapprocher de son auteur, a quelque ressemblance avec Dieu : elle est incorporelle ; elle voit les choses invisibles. Elle sent par le corps ; elle connaît par elle-même. Les animaux ont la sensation ; Thomme seul a la science et la raison. L'âme a plusieurs degrés, dont le moindre est de participer à la vie terrestre et d'animer la matière. Vieni)ent ensuite, comme autant de progrès naturels de Tâme qui la reportent à sa céleste origine, la domination sur les sens j les travaux de l'esprit et le génie des arts, la bonté supérieure à la science , l'amour de Dieu et le sentiment de sa providence , la pureté parfaite et l'aspiration vers Dieu , enfin la contemplation de Dieu dans la pure lumière de la vérité. »
On s'étonnera sans doute de voir mêlées à ces sublimes espérances des définitions mathématiques, et même des figures de géométrie. Dans un siècle bien plus savant, Euler , chrétien zélé et profond géomètre, fit parfois le même usage de la science. C'est le caractère d'une vive conviction de tout ramener à elle ; et la volonté , cette grande partie de la foi , domine trop l'esprit pour ne pas faire servir à la chose qu'il croit toutes les choses qu'il sait. Ce qu'on doit admirer dans Augustin , c'est que l'activité de son génie spéculatif n'ait rien perdu à la sincérité de sa foi, et que même sous une forme inexacte et contrainte il veuille appuyer par la science ce qu'il recevait de la tradition. En dehors de ces emprunts faits à la géométrie pour expliquer un ordre de vérités non moins certain, n()ais différent, il tire du raisonnement pur de belles définitions, qui sont^elles^mêmes des preuves.^» La raison , dit-il . est le regard de l'âme voyant la vérité par elle-même, et non par le corps. » Et cependant,- il faut l'avouer , un peu de confusion et d'incertitude se mêle encore à la philofophie d'Augustin.
4dfe TABLEAU riE t*ÉlbQfafeNCfe CËfeÉTIBNNE
w La raisbri^ se détnàndë^t-il ; h'est-elle fias là cbntëmpl^tion tnèmë de k Térité? X)n n'ê^Wllë pas là véritë ellemême? Qubi qîi'll eh soit, Târtië life pourrait là contempler, ëi elle îi'âVait lin poihi d'àfBHilé avec elle. Cette ttnton de Tâme tjdl éotitërtipiè^ et de la vérité qui est cOnteniplée; Supposé dli qué Tâmë ëfet le ^ujët, et que la vérité est eh ellëj bu qde la vérité est le sujet, et que rôthè #t éh elle , bii Qu'elles forhient deux substarices. Dans la prènlière sbpjlbèllibil , râitlë est aussi itnmortelle iiuë la raison tiniversëllë; dans te seconde, ihême néëes- Silé. Si cette vérité <ju*bn appelle la ràisoh est iniiiiuable , ebmme il apparaît,- rlëii de ëë *Jbi est en elle iié petit Changer ; tiJtite là difficulté éSt pour là dëhiière hj^bthèse. Si, en eflTet , Tâme est une substance et la ràisoil uiié autire Stibstttnfce à laquelle Tâme s'Ubit, 6ti jpëbt croire sa As absurdité que Ttitië (Btistant, Taiitre petit cesser d'être; Mais il est manifeste qué taht qUë Tâttle tie se sépare pas de là raison et s'y attaché , elle ddil durer et viVrë. Pttr qUélle forcé, en effets peut-^elle en être Réparée? par une force co^pbtéllë moins puissante qu'elle, ffbrigitié inférieu^ë; de ëbndltidti diverse? Gela né Se peut, etc., etc. Il faut donc oii qile la râisbtt rejette l'âme Idiil d'elle, oii que rftibè s'en élbigne par Sa Vblonié. Mais la taison b'à pas dahs Sa hàtiirë de ttiotif de se l'efuser et comme de se déwbet â Tâbfie. »
Malgré ce que la suite du Jraîsonneniënt petit oflTrii' d'incomplet , iië feënt-on {jas dans ce passage, àVec utië Singulière hatdiesSe d'hypbthèfee ëotrigéé plU^ tard, un flbble effort d'esprit (Jtii rappelle et ^\ï\ dëvahçait plus d'tma médltatioii profbnde de là scienëe nibdèrrié?
Augustin se plaisait à ce tràVaîl, et exerçait pë^ de telles épt'euvës Tësprit de Sbn cher Adëodàt. On le vbit dans le dialogue du Maître qu'il écrivit à ëëtté époque, et où il reproduit les questions ^ et, dit^ll; les exprëSfeidns
Ai) QbATRiÈtaB siÈcLs. 407
méhies de boii tiis, dôHt le génie |)récdt;e itlsplrail il sa tendresse une sbÛé de terreur. Là quéàliori ëtâît liâilië et subtile. Il s'agissait de rechercher le rapport des sighéfe et des idées, là puissarice dé l^idéé que le signe fié Irahshiet pas réellement , ihais quHl i^^veillë dans Târtie & laquelle il s'adresse. C*ékit donc là question mènie dé l'oWgitaè Aeà conhàiis^ahcés huiHâiHëè , de l^âptitUdè de Tesprit à coiicévoir , et de l^ôrdire de vérités quil conçoit hécessâiréniénl ei qui Idi est iiiné où conforme. C*étiâit là doëtriiie de là réminiscence de J?latoh, lîiais réduite à Une forme tiibifis poétique, et preriâflt tantôt une sévèire précisioii, el tantôt une majesté religieuse.
Commençant pai^ dé subtiles "analysés dii langage , ce dialogue Relève à des vues ti'ès-haùtés, el t^eIi^érme tôUtë là théorie qù*a développée ]ttàiel)raiiché sur la pirésencé de Dieu dans Tâme humaine. La doctrihé des idéeë éternelles eii Fait lé fond sans doUtë, car c*étiàit la ferôyanté qu'AùgusIih àVait rèçiiè deS platoniciens; niais il y ajouté par l'observation et par la foi. « Si |)oUr jUj*éi* des coliledrs, dit-il, et de tout autre objet, nous consullôtis là lumière, les éléhfiénts de ce monde, lés objets eux-riiéhiés fet les sens qui nous servent d^ihterprètés; pour les chôséé intelligibles, c'est là vérité Jhtèriehi*é que notice ràîsôii interrogé. ïôut ce que nous percevons, en éËet, iioùs le percevons ou par le sens corporel ou par l'âiné; i'iiri perçoit les choses sehsibles, l'autre les chôàës întelligmlës. Lorsqu'il §'àgit des choses que hobs vôyoiis parl'ânië, c*ei5t-à-dirè pai^ llritéllîgeiice élla raison, hous éxpritnons ce que nous percevons à celte lutnièrè intérieure de là vérité, doiit l'être qu'on appelle homrhé est éclairé. Mais celui qui nous écoute , s'il voit aussi les mêniës choses du regard simple et secret dé l'âme , les apprend réellement non de mes paroles, mais de sa propre contemplation. Ce n'est pas moi qui, même eii disant la vérité, la lui eh-
seigne, puisqu'il lu voit. Il est instruit non par mes discours, mais par les choses mêmes, Dieu les dévoilant au dedans de lui ^ »
Cette conformité de l'âme humaine avec la vérité estelle en effet une science antérieure ? Est-il vrai de dire que l'âme n'apprenne point par cela seul qu'elle est prédisposée à savoir? Faut-il également interpréter par l'action immédiate de Dieu ce que l'esprit éprouve sous l'influence de la vérité qui lui est annoncée par la parole et l'exemple? Ne suffit-il pas que la raison soit l'attribut dont Dieu a doué sa créature , et la grâce divine est-elle nécessaire pour Tintelligence comme pour la vertu ? Bien des questions peuvent donc naître sur les paroles d'Augustin. Mais qui n'en aimerait la beauté morale? Et au moment où le philosophe se montre tout à fait chrétien , où déjà il a devant les yeux le problème de la prédestination et de la liberté, combien sa théorie des facultés de l'âme prend-elle de grandeur par les espérances de sa foi I Quel accent il donne à la voix intérieure de l'âme , et combien sous d'autres noms il exprime avec force ce que Rousseau disait éloquemment au dernier siècle ! • Sur les principes universels, dit-il, que nous entendons par l'âme, nous ne consultons pas cette voix qui retentit au dehors, mais la vérité qui préside à notre intelligence; et les paroles seulement nous avertissent peut-être de la consulter. Celui qui est ainsi interrogé, et qui enseigne, habite dans le cœur de l'homme; c'est le Christ, c'est-àdire l'immuable vertu de Dieu et sa sagesse éteVnelle, que toute âme raisonnable consulte, mais qui ne s'ouvre à chacune qu'autant que chacune peut la comprendre, selon sa volonté méchante ou bonne. Et si l'âme est trompée, ce n'est pas le tort de la vérité qu'elle consulte, de même