‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 115 sur 158 · Sanct. Âugm't Oper., t. ï , l). 70i · texte numérisé non relu

Sanct. Âugm't Oper., t. ï , l). 70i

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hioralé, tout en déifiant lés passions et les vices, avait fait rapotfaéose de là sagesse et de la bonté. Elle avait dit : « Faire du bien aux hotfltnes, c'est être dieu. » Le cliristianisme disait ; « Là charité ètivers les hommes est lô pltis sûr progrès dans l'anidur de Dieu. » C'est ce principe de bienfaisahce , d'humanité pieuse , qui fait le fond des mœurs que décrit Augustiii.

Il h'ajoute pàâ âans doute à la prédication primitive ; tnais il montre comment elle était obéle , ce qu'elle avait accompli de changements dans Tancienne société, ce qu'elle devait phehdrè de puissance sur la société barbare. Ce n'est pas seulement, il le dit, un culte plus pur, l'adoration dit Vhil Difeu , l'aspiration à l'étei'nelle vérité , une religion contemplative; c'est un changement de Id Vie, un pi'o^t^èfe de là feociétë et de l'humanité entière. S'adrèssàrit â tiettfe Église dont il' n'est, encore que le Simple fidèle, il dériombi»e dâhs uta langage plein d'enthousiasme Ibus les bienfaits , toutes les puissances qtl'it reconnaît en elle : « C'est toi, dit-il, qui, offrant douceur à l'enfahce, forte discipline à la jetiriesse, et repos à là vieillesse, diriges et enseignes, selon l'âge du corps él l'âge de l'esprit, tu soumets par Une chaste obéissance là féràme au mari , non pour le plaisir des sens, mais pour la naissance des enfants et la société domestique. Tu donnes le pouvoir aux maris sur les femmes , non pour la dépression d'Un sexe faible , mais sous la loi d'une sincère amitié, fù siibordonnes les fils aux pères par une libre dépendance, et tu confies aux pères sur les fils une autorité sainte, tii réunis les frères par un lien de religion plus fort et plus étt-oit que celui du sang. En respectant tous les engagements de la nature et du choix, tu doubles par la charité les liens de parenté et d'alliance, tu instruis les esclaves à s'attacher aux maîtres moins par la nécessité de leur condition que par le senti-

ment du devoir. Tu rends les maîtres indulgents pour les esclaves par la considération du grand Dieu,, père commun de tous. Tu réunis les citoyens aux citoyens , les nations aux nations, et tous les hommes '^ntre eux au nom de leurs premiers parents., les rapprochant non par la société seulement, mais par la fraternité. Tu instruis les rois à veiller au bien des peuplées, les peuples à se soumettre aux rois. Tu enseignes à qui est dû Fhonneur, à qui TafTection , à qui le respect, à qui la crainte , à qui la consolation ) à qui les avertissements, à qui les conseils, à qui les censures et les reproches , à qui la punition , montrant comment tout Le monde n'a pas droit à toute chose, et comment à tous est due la charité, et à personne l'injustice >»

Quoique ce tableau fût mêlé de quelques ombres , et que dans cet écrit même Augustin déplore plus d'une erreur et plus d'un vice de la société chrétienne, il est impossible de ne pas reconnaître la fidélité des traits principaux. Le christianisme ne demandait pas encore Tabolition de l'esclavage, mais il en allégeait la rigueur, il en changeait le caractère; il améliorait la famille; il humanisait la cité. Il n'était pas seulement une loi extérieure et publique, un culte solennel substituant à la licence des fêtes antiques de purs et austères symboles. 11 était surtout une loi intérieure de perfectionnement qui, réglant même le désir et la pensée, n'abandonnait au caprice et à Tégoïsme aucun des rapports de Thomme avec ses semblables. 11 faisait en cela deux grandes choses : il prescrivait comme obligation vulgaire , au nom de l'humanité, ce que la philosophie avait réservé pour les âmes d'élite; et en même temps qu'il appelait tous les hommes à la vertu , il les comprenait tous dans la charité. Son action politique n'était pas moins puissante que sa discipline morale. 11 jetait les fondements d'un droit

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public , d'un droit des gens qui devait ensuite exister à part de lui, et devenir l'attribut même de la société civile.

Tout était faible contre une telle influence; elle triomphait de tout, excepté des barbares, qu'elle devait lentement transformer , mais dont elle ne pouvait prévenir la victoire. Ge qui dans le même siècle nous avait frappés sur un autre point de Tempire, dans ces provinces grecques soumises à Rome, maïs plus chrétiennes que romaines, se retrouve même en Italie, et près du foyer des anciens vainqueurs. Le sentiment romain s'était affaibli par la sympathie cosmopolite. Les institutions guerrières étaient négligées. Une autre milice attirait les âmes. Ce ne sont pas seulement les nombreux anachorètes d'Orient que célèbre Augustin, ce ne sont pas seulement ces milliers de religieux disséminés dans les déserts d'Egypte. A Rome, et dans toute Tltalie, un grand nombre de communautés religieuses étaient formées, quelques-unes sous des règles extrêmement austères. C'est la seconde partie du tableau tracé par Augustin. Après avoir indiqué Taction générale de la foi chrétienne dans la société , il montre sa domination à part , ses .colonies au milieu du monde romain , et les eflbrts de zèle, les excès de rigueur sur elles-mêmes dontelles étonnaient le reste des hommes.

Devant ces grands caractères de la société chrétienne, ces exemples de vertu solitaire, et cette influence communicative de douceur et de charité, là discipline du manichéisme paraissait hypocrite et corrompue, ses mystères suspects. Ce n'est pas que cette secte n'eût aussi le précepte * d'aimer Dieu et l'humanité, mais enveloppé de fables et d'erreurs grossières. Puissante , elle né sut rien fonder; persécutée, elle s'affaiblit proraptement, et se dégrada dans les épreuves où avait grandi le culte chrétien.

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