‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 117 sur 158 · Ihi^f · texte numérisé non relu

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de ce tout, comme cela est en effet, et si uo tout se compose de parties. Dieu, créateur du tout, ne peut manquer de tenir compte des parties. Il y a donc une raison commune à la masse des hommes, qui n'est pas en propre à Thomme, quoique par un merveilleux enchaînement tout revienne à Tunité. • Bien des choses sont comprises dans ces paroles, Funiversalité de la raison, et l'individualité des âmes, la nature semblable de celles-ci, et leurs traits divers, le produit de chaque intelligence et le travail commun des intelligences, et le rapport de l'un à l'autre. Longtemps après, ce problème d'une raison universelle distincte de Died, ou unie et confondue en Dieu revenait, dans une lettre d'Évode, s'offrir aux méditations d'Augustin. Sa réponse ne nous est pas connue, et sans doute elle ne levait pas toutes les difficultés qui avaient agité son esprit. Mais dans Tintei^alle Augustin était devenu l'évéqué d'Hippone, le guide révéré des chrétiens d'Afrique, et Tautorité suppléait à la science. Pendant son séjour près de Tagaste , il ne faisait encore que se préparer par l'étude à cette grande vocation qu'il ne souhaitait pas , mais où il était attiré de toute part ; il commentait la Genèse contre les manichéens ; il étudiait les prophètes , et se pénétrait du génie de saint Paul, dont il admirait l'éloquence autant que la morale. Gependan|, au milieu de ces austères pensées, d'autres études le charmaient encore. Dans les premiers loisirs de sa retraite , il avait commencé un ouvrage sur la musique ; il en écrivit six livres dans la forme de dialogues entre le maître et l'élève, et comme le résumé des leçons qu'il donnait à son fils Adéodat. Les détails en paraissent d'abord tout élémentaires et techniques ; et d'après les conditions particulières aux langues modulées des Grecs et des Romains, ces détails touchent plus à la versification qu'à la science musicale. La durée des syllabes, leur

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valeur et leur mélange , tous les effets du rhythme, toute s les variétés du mètre, toutes les formes du vers sont expliqués avec une curieuse exactitude qui ressemble à celle de Quiutilien dans quelques chapitres, ou d*un compatriote d'Augustin, de Térentianus Maurus, dans son poëme didactique. On ne s'étonnera pas que cette science de nombre oratoire et poétique, à laquelle Cicéron attache tant de prix dans ses traités sur l'éloquence, ait si fort occupé le brillant rhéteur de Carthage. Mais enfin ce n'est qu'une partie, et la partie matérielle de Fart. Six autres livres devaient traiter de la mélodie, et auraient compris sans doute, avec les vues morales de Platon sur la musique et la poésie, ce que l'inspiration chrétienne y ajoutait encore.

Augustin raconte, dans ses Confessions^ avec quel ravissement d'esprit dont s'inquiète son scrupule , il écou* tiit le chant religieux nouvellement introduit dans l'Ëglise de Milan. Il croit plus sage la sévérité d'Athanase, qui ramenait le chant des psaumes à un débit accentué; et bien qu'en se souvenant des larmes qu'il a versées aux premiers jours de sa foi , il espère avoir été touché moins par l'harmonie que par les pensées mêmes , ce n'est pas sans hésitation qu'il approuve cette sensible puissance que l'art venait mêler à la religion. 11 l'admet cependant comme un secours à l'âme faible pour s'élever aux sentiments de la piété; il y voudrait seulement une simplicité , dont sans doute il eût donné les règles et l'exemple dans la suite de son ouvrage. Mais il n'acheva pas ce travail pendant sa retraite près de Tagasté; plus tard, il en fut distrait par les soins du sacerdoce; et, comme il le dit, en homme passionné pour les arts, «« toutes ces délices lui échappèrent des mains. » Encore tout Romain par la science et le goût, il ne ^supposait pas que cette belle langue, qui s'altérait autour de lui dans la rude po-

pulation de la province d'Afrique, changerait bientôt par tout Tempire ; que dans le mélange des peuples elle se hérisserait d'accents étrangers, et que les chants de r£* glise, dans raccroissement populaire du culte, remplaceraient par des consohnances la variété savante des mètres poétiques. De là, pour lui, tant de minutieux détails sur cette prosodie que le monde chrétien allait oublier. Mais on y sent par intervalle aussi Tesprit nouveau dont ce monde s'animait, et qui devait, au milieu même de la barbarie t faire briller des rayons d'une flanune si pure, et ramener par la contemplation à la poésie.

Par ce caractère ) l'ouvrage d'Augustin, même incomplet, demeure un précieux monument. Nous voyons dans sa correspondance que ses amis le lui demandaient, et qu'on l'étudiait dans les petites réunions de chrétiens lettrés que comptaient quelques villes d'Afrique. Aujourd'hui plus d'un passage de cet écrit offrirait sans doute à l'ar^ tiste érudit de curieux indices pour l'histoire de la musi-* que chez les Romains. Ce qui doit nous y intéresser, c'est la philosophie d'Augustin , cette tendance à l'idéal qu'il portait partout. Elle se mêle par des traits de lumière à l'aridité même de ses premières définitions , et elle occupe une grande place dans le sixième livre. C'était comme une préparation à la théorie poétique et musicale qu'Augustin avait réservée pour l'autre moitié de Bon ouvrage. Il y prélude en remontant à l'origine des nombres et en indiquant, au delà des rapports sensibles d'harmonie qui frappent l'oreille , un rapport plus caché qui produit l'émotion. La mémoire ne recueille pas seulement ce qu'Au^ gustin appelle les sensations matérielles de Tàme; elle reçoit aussi en dépôt des perceptions toutes spirituelles. « ]'en parlerai brièvement, dit Augustin K Plus ces mou-

« 1. SantL Auf/uit, Ûper., 1. 1, p. 6S8.

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vements spirituels sont simples, moins ils demandent de paroles, et plus ils ont besoin de la pure lumière de Tàrae. Cette harmonie qui dans le» nombres sensibles ne se retrouve pas certaine et constante, mais dont nous reconnaissons ici-bas comme Tlmage et l'écho fugitif, ne serait pas désirée par l'âmesi la notion n'en existait quelque part. Or, ce n'est pas sur un point de l'espace et du temps. L'un est Inégal et l'autre passager. Où la places*tu donc, dis-le moi, si tu le peux? Ce n'est pas dans les formes corporelles, dont à la seule vue tu n'oseras pas affirmer l'exacte proportion. Ce n'est pas dans les divisions du temps. Nous ignorons si elles sont plus étendues ou plus courtes qu'il ne faudrait. Où sa trouve donc cette harmonie que nous souhaitons dans la forme et le mouvement des corps, mais pour laquelle nous ne lious fions pas. à eux? Elle se trouve dans ce qui est supérieur au corps, dans Tàme ou dans ce qui est au -dessus de

Aindi Dieu est la source idéale de l'art, comme «celle de la vertu. L'imagination d'Augustin ne peut s'élever à cette hauteur spéculative, sans s'étendre encore; ou plutôt toutes les parties de sa métaphysique se tiennent tellement que lorsqu'il touche à une d'elles dans le point où elle se rapporte à une question de morale ou d'art, les autres semblent répondre, et le système apparaît tout entier. A cette harmonie suprême qui règle d'en haut les efforts de l'art viennent se lier dans sa pensée l'harmonie du mouvement des astres et le rapport de la terre avec les cieux. Puis , à cette harmonie matérielle réglée par une divine sagesse se joint l'harmonie morale, qui fait que toute chose, même le mal , est à sa place dans l'univers. Une théodicée, une théorie d'optimisme rapidement esquissée sort pour lui de cette contemplation , où il paraissait ne chercher que la source la plus élevée de l'art.

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Rien ne saurait mieux marquer le mouvement de son génie que la digression involontaire où il est entraîné, après avoir montré dans le plaisir que donne Timitation harmonique le besoin de chercher ailleurs la joie suprême de Tàme , cette joie qui la soutient et la règle. « Quelles sont, dit-il \ les choses supérieures? Ce sont celles où réside la souveraine, Timmuable, Téternelle harmonie, où le temps n'existe pas, non plus que le changement, et d*où le temps émane et prend son cours, tandis que le mouvement du ciel s'accomplit sur lui-même, ramène les corps célestes au même point, et sous une loi d'harmonie et d'unité voit se succéder les jours, les mois , les années, les lustres et toutes les révolutions des astres. Ainsi la terre obéit au ciel, et les astres, dans le cercle harmonieux de leurs périodes, sont associés au concert de l'univers.

« Bien des choses dans ce mouvement nous paraissent irrégulières et désordonnées, précisément parce que nous sommes attachés à cet ordre selon notre portée , et sans savoir quelle beauté peut tirer de nous la divine providence. C'est ainsi qu'un homme placé comme une statue dans un coin du plus vaste et du plus magnifique palais ne pourra connaître la beauté de cet édifice dont il fera lui-même partie. C'est ainsi qu'un soldat sur le champ de bataille ne peut voir l'ordonnance de toute l'armée.. C'est ainsi que dans un poème, si chacune des syllabes, pendant la durée de temps où elle est prononcée, recevait Tintelligence et la vie, cela ne leur suffirait pas pour se complaira dans l'harmonie et la beauté de l'ouvrage entier qu'elles ne pourraient saisir dans son ensemble, formé qu'il serait de leur succession passagère. Ainsi l'homme pécheur est ordonné de Dieu, comme un mal

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