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qui ne gâte pas Tunivers. 11 est devenu, en effet, coupable par la volonté , en s'écartant de cet ordre universel auquel il tenait, s'il fût resté soumis à Dieu : et il est alors ordonné à part, afin que n'ayant pas voulu exécuter la loi , il soit puni par elle. Or tout ce qui est conforme à la loi est juste , et tout ce qui est juste ne saurait être considéré comme un mal. Car même dans les mauvaises actions des hommes se manifestent les bonnes œuvres de Dieu. »
De ces vues si hautes , de cette chaîne harmonique de vérités, qui vibre tout entière dès qu'un anneau seul est touché, devait jaillir une clarté nouvelle sur tout le mécanisme de l'art. Les sons ne semblent plus qu'un voile derrière lequel apparaît la pensée. Ces vers , ces chants, dont la cadence a été si exactement mesurée, ont besoin de plaire par une autre et indéfinissable harmonie. Après avoir compté les ïambes du premier vers de l'hymne d'Ambroise :
Deus Creator omnium. . . .
cherchez-y tout ce qu'il renferme, c'est-à-dire l'harmonie de tous les sentiments, de toutes les images que fait naître ou que rappelle ce vers , la joie que l'âme éprouve à cette harmonie, et le jugement qu'elle porte de cette joie , d'après les nombres cachés qu'elle écoute au dedans d'elle-même : la musique, c'est l'art d'exprimer tous ces souvenirs , toutes ces émotions, toutes ces idées, tous ces nombres enfin qui se lèvent dans l'âme , au son d'une parole. Mais à côté de cet idéal pris dans la grandeur des ouvrages de Dieu, et dans l'aptitude de l'âme humaine à les comprendre et à les sentir, il est une proportion qui ne doit pas être dépassée entre la nature de Thomme et les moyens que l'art emploie. Cela môme est une appli-
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cation de la loi d'harmonie. « Que cberchons^nous dans la lumière, principe de toutes les couleurs? dit Augus* tin ^ Que cherchons^nous dans la lumière et les couleurs? le point qui convient à nos sens. Nous nous détournons d'un éclat trop vif ; nous ne voulons pas regarder une nuit trop noire. De même pour les sons; un son trop retentissant nous blesse; nous n'aimons pas un son trop faible, et comme un chuchotement; et cela ne tient pas seulement à Tintervaile de temps , mais au son môme qui est la lumière des nombres , et qui a pour contraire le silence, comme les couleurs ont pour contraire l'obscurité. »
Ainsi l'art se rapporte à l'homme, est en proportion et en affinité avec lui; mais le principe de l'art se rapporte à Dieu , et fait partie des lois de l'univers, Ici la pensée d'Augustin se tourne en élans de piété. Jusque-là il était surtout platonicien. Il empruntait à son maître la théorie des idées éternelles. Maintenant, ce qui l'occupe, ce n'est plus seulement la métaphysique de l'art ; c'en est , pour ainsi dire, la religion. Il s'effinye à Tidée de ce pouvoir donné à une âme d'agir sur d'autres âmes , ses associées et ses égales , de les dominer par la pensée et l'harmonie. Quelle tentation pour l'orgueil ! Quelle chance de perdre la vérité , et de s'éloigner de la contemplation de sa pure imagel II faut donc que l'âme, en proportion môme de cette force physique, de cette puissance, dont elle dis^ pose pour agir par des signes sensibles sur les autres Âmes , s'afiranchisse et s'épure pour remonter vers Dieu, Cette beauté , cette perfection cherchée dans les arts est bonne en soi ; mais il ne faut pas y mettre tout notre amour, et encore moins dans Us honneurs et dans les louanges qui s'obtiennent par elle. Aimer Dieu de toute
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son âme, et les autres ftmes comme la sienne, c'est pour rhomme se conformer à l'ordre. Hors de là tout TaflliibUt et l'abaisse ; mais inspiré d'un tel amour, il règle et il élève les choses inférieures dont il se sert : m Ainsi , dit Augustin , avec son gracieux enthousiasme , ne rejetons pas des œuvres de la divine providence ces harmonies liées à nos jours d'épreuve et de mortalité , car elles ont leur beauté, et ne les aimons pas comme si de tels biens donnaient k bonheur. Qu'elles soient pour nous une planche sur les flots , que nous ne repoussons pas comme un poids incommode , que nous n'embrassons pas comme utf stable appui, et dont nous nous passerons, en sachant bien nous on servir. »
Ainsi tout ramenait Augustin à la pensée désormais dominante de sa vie. Pour lui l'esthétique finissait par la prière, et Pamour de Fart se confondait avec l'enthousiasme religieux ; un autre caractère de son génie sera d'être profond et subtil pour les sages, accessible et pathétique pour les simples. Mais cette dernière puissance lui vint surtout avec l'épiscopat , avec le besoin de parler souvent au peuple, de se donner tout à lui, et d'obtenir moins ses applaudissements que ses larmes. *
Pendant sa retraite de Tagaste, il est encore et surtout philosophe , mais philosophe chrétien , se fortifiant par la méditation dans cette foi que plus tard il se rendra familière par les œuvres , n'en prenant encore que les grandes et premières vues , et les éclairant par des idées générales, ^ par des analogies savantes, plus qu'il ne les démontre par la méthode purement théologique. Il semble que dans la sphère même du dogme et de Tautorité , il ait besoin de respirer Tair libre de la pensée spéculative. Cela parait dès l'abord dans le traité de la Vraie Religion , adressé à son ami Romanien , dont il avait auparavant égaré vers le manichéisme la conviction chancelante, et qu'il voudrait
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fixer désormais au culte chrétien. Là , Platon* est célébré, est invoqué comme le témoin de ces vérités aperçues directement par Tàme , comme le révélateur de cette pure lumière qu'une sagesse divine est venue manifester aux hommes, et qu'elle a consacrée par son sacrifice. Seulement ce qui était la pensée abstraite et réservée du philosophe est maintenant aux yeux d'Augustin la confession publique; et l'œuvre commune, depuis que de la seule contrée de la terre où le Dieu unique ét^iit adoré, sont partis des hommes qui, par leurs vertus et leurs paroles, ont partout répandu le feu de l'amour divin.
Frappé de ce grand spectacle , et touché de cette flamme, Augustin n'essaye pas un exposé dogmatique, une démonstration rigoureuse. Il croit, il parle à des croyants; et sa conviction s'indignerait d'une lente analyse. Mais son esprit a gardé en dehors de cette pieuse certitude la même curiosité savante, le même amour spéculatif des arts. Si, dans les Dialogues sur la Musique^ l'aspiration vers Dieu et le sentiment de sa grandeur infinie venaient animer les détails de versification et de rhythme, dans le Traité sur la Religion y la pensée du philosophe épris de l'ordre et de la beauté qu'il cherche dans Dieu s'échappe incessamment vers cet horizon lumineux que lui ouvrent les arts, et qui lui semble éclairé d'un reflet affaibli de la splendeur divine. II s'arrête à l'idée d'un monument d'architecture ; il s'en explique les effets et la symétrie par une loi suprême de convenance et d'unité. 11 trouve la cause de ce qui plaît aux yeux et à l'âme dans un prin- ^ cipe antérieur aux impressions qui se produisent ici-bas. En découvrant Dieu partout, il s'élève à lui comme à la source idéale de la perfection dans les arts, en même temps qu'il l'adore présent sur la terre , et associé aux