‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 122 sur 158 · SancU Àugwi. Optr.^ 1. 1« p · texte numérisé non relu

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43â TÂBL£AU DE L'ÉLOQUKNCB CHBÉTIKNNE

qu'il est une vérité immuable qui renferme en soi toutes les choses invariablement vraies, et que tu ne peux dire ni tienne, ni mienne, ni particulière à aucun homme, mais offerte et présente à tous , pour être comme une lumière à la fois secrète et publique. Peut-on dire , en effet , que tout ce qui apparaît semblable à tous ceux qui raisonnent appartienne en propre à la nature d'aucun d'eux? Tu te souviens sans doute de ce qui a été dit naguère sur les sens corporels , que les choses dont la perception nous est. commune , les couleurs et les sons que toi et moi nous voyons, nous entendons en même temps, n'appartiennent pas à Tessence de nos yeux et de nos oreilles, mais nous sont communes par la sensation. De môme les choseis que toi et moi nous voyons en commun par l'esprit , tu ne peux dire qu'elles appartiennent à l'esprit de l'un de nous. Ce que voient les yeux de deux personnes n'est dans les yeux ni de Tune ni de l'autre; c'est une tierce substance od se rencontrent leurs regards. »

Il y a donc une vérité extérieure à l'âme , supérieure à l'âme ; il y a donc un Dieu. Nous ne pouvons exprimer avec quel charme d'imagination, quelle extase de langage, Augustin décrit la puissance de cette vérité , l'éloquence de cette muette parole, l'éclat de ce soleil idéal qui éclaire toutes choses et que préfèrent à tout les âmes dont la vue intérieure est assez forte pour en supporter les r-ayons. Il est difficile de réunir une plus vive impression de la nature à une pensée plus abstraite et plus élevée. On sent que les yeux de ce penseur sévère ont longtemps contemplé le spectacle du monde , à la lumière éblouissante de Carthage et de Rome. Il s'en souvient, en cherchant le jour ailleurs ; et ce souvenir qu'il combat , cette splendeur du ciel d'Afrique, dont il est encore assailli, jette sur ses méditations une surabondance d'éclat poétique. C'est ainsi

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qu'après une brillante peinture , où il n*a cessé de comparer à l'attrait idéal de la vérité toutes les puissances matérielles et sensibles de la nature et des arts, rêvant un horizon immense et lumineux, un concert de voix harmo^ nieuses qui se succèdent , il s écrie ' : « S'il pouvait y avoir un chant gracieux et sans terme , et que tous ceux qui s'y plaisent vinssent pour l'entendre, se pressant et se disputant les places, il ne leur resterait rien de ce qu'ils auraient entendu , et ils seraient seulement effleurés par des paroles fugitives. Ce soleil même, si je voulais le contempler, et n j'en avais toujours la puissance, il m'abandonnerait à son couchant, il.se voilerait de nuages par intervalle, et je perdrais malgré moi le bonheur de le voir. Enfin , si j'avais sans cesse le plaisir de voir la lumière et d'entendre le son de la voix, que m'en reviendrait-il de grand ? Mais cette ))eauté de la sagesse et de la vérité , pourvu qu'on garde la constante volonté d'en jouir, elle n'écarte personne par l'encombrement de la foule, elle ne passe pas avec le temps , ne change pas de lieu , n!est pas interceptée par la nuit ou offusquée par l'ombre, n'est pas soumise aux. sens. Dé tous les points du monde , attirant ceux qui la cherchent , elle est près d'eux; elle y est toujours; elle ne manque nulle part et jamais; elle avertit en public; elle instruit en secret; elle transforme tous c^ux qui la voient, et elle n'est changée en mal par personne. » Au milieu de cet enthousiasme, l'admirateur de Platon, et son disciple dans la théorie des idées éternelles et de l'abstraite vérité des nombres, adopte aussi la doctrine et le langage d'un autre philosophe moins spiritualiste , ou plutôt, s'il est permis de le dire, autrement spiritualiste. Il emprunte à Âristote l'idée d'une sagesse, lumière supérieure de Tâme , et faculté nécessaire qui se développe en

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