‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 126 sur 158 · Sanct, August, Oper,^ t. J, p · texte numérisé non relu

Sanct, August, Oper,^ t. J, p

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qu'il connaît existera; elle sera une volonté, car c'est une volonté qu'il a prévue; elle ne ik>urrait pas être une volonté, si elle n'était pas en notre puissance ; il a donc prévu également cette puissance. Sa prescience ne m'ôte donc pas lé pouvoir d'autant plus assuré pour moi que celui dont la prescience est infaillible a prévu que j'aurais ce pouvoir. ^

Évode cède à Fencbaînement impérieux de ces termes s'interprétant l'un l'autre, pour arriver à mettre la démonstration dans la contradiction même. Augustin continue cependant à expliquer comment la prescience divine n'agit pas sur ce qu'elle voit, et assiste à ce qu'elle ne fait pas. Mais à part cet appareil logique, la meilleure réponse est dans le sentiment intérieur de l'âme qui s'atteste à ellemême sa liberté morale, en même temps qu'elle ne peut méconnaître la toute-science de Dieu, et qui, comprenant également ces c[eux vérités d'ordres divers, n'a pas besoin de les concilier pour les croire.

Augustin va plus loin ; il veut ôter tout prétexte à la plainte de l'homme, et épuiser les preuves de la justice de Dieu dans la destinée qu'il nous a faite. Deux vues bien différentes le soutiennent dans cet effort, l'exaltation spiritualiste et l'humilité, la croyance à la grandeur de l'âme et la conviction de ses misères : l'une lui fait regarder le bienfait de l'existence morale, le don de la pensée immortelle comme trop grand pour être jamais dégradé de son prix par les fautes de la volonté libre; l'autre lui fait bénir Dieu dans tout ce que l'homme peut souffrir. « Cette âme pécheresse, dit -il, est supérieure à tout ce qui manque de raison et de liberté pour faillir. Dans son abaissement, elle l'emporte encore sur la plus éclatante splendeur de ces astres, que par une grande erreur quelques-uns adorent comme la substance de Dieu même. » 11 poursuit cette idée jusqu'à sa dernière limite, s' attachant

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à démontrer que la Vie de Tlntelligence est un bien Incomparable, plus fort que tous les maux, et dont la possession est chère à cent môme qui se donnent la mort. Mais, dirat-On, ce n'était pour DieU ni une difficulté, ni un travail, de disposé!* tout ce quil à fait dans un tel ordre que nulle créature ne fût amenée au dernier excès du malheur. Tout-puissant il le pouvait ; tout bon, il ne devait pas l'envier à rhomme. La réponse semble déjà l'enfermer cette théorie dé Yoptimismé qu'illustra Leibtiitz et qu'il conciliait également avec le dogme religieux de la chute de l'homme. L'ordre des créatures est réglé par une gradation si équitable que nul chailgement n'y doit être souhaité, et que les inégalités concourent à l'unité de l'ensemble. Mais alors si les fautes, sans être Commandées par la prescience de Dieu, sont nécessaires à la perfection de son ouvrage, pourquoi sont- elles punies?

La solution se devine sans peiné ; et il n'étaii pas besoin de tout le génie subtil d'Augustin pour se démêler dans ceà détours que le bon sens éclaire. Ce n'est pas la faute, mais la puissance de faillir qui prend place cômtîie un élément ilécéssaire dans le plan de la création. L'innocence et le boiiheur, la fauté et la peine contribuent également à l'harmonie de cette œuvre; mais l'alternative était libre ; et c'est le mauvais choix de la volonté qui emporte avec lui la punition que seul il a rendue nécessaire. Ce qui dérangerait l'ordre du rnondé, ce serait qu'il y eût la souffrance durable sans là faute, oU la faute sans la peine. Augustin donne à ces vérités simples une énergie siiigulière. Je ne sais si la mélancolie amère et méprisante de sôii plus éloquent disciple a jamais surpassé la comparaison qu'il fait de l'homme pécheur au milieu du monde avec l'esclave chargé par châtiment de nettoyer l'égout de la maison , et servant ainsi à l'épuration par l'opprobre. Mais dans les méditations de l'âme sur un si grand sujet,

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il siérait mal de s'arrêter à reipression, et de tN^aMér Ift lame brillante et affilée du trail cftli pénètre le cdeUf ; Ce qu'il faut étudier surtout daàs cet ouvrage, ée t^nl est pliis instructif et pltis salutaire à Tàme qile le àédaih ttilsatithropique pour la nature humaine, c'est \û piété cotltëm^ plative , Tadmiratibu de Dieu dan^ les fautes qu1l pëi*met comme dansles vertds qu'il inspiré) TAVeu de stt ptoiridëtlcë partout manifeste) le recours à sa gràttë toUjUurs espérée, le sentiment de sa grandeur bujôtii^ feëoiinùe. Gat< on ne peut Ui louer le bien sans remonter A lui, ni blâmer le mal sans dire qUe le mai^ d'est l'altération du modèle qù« la main divine avait tracé.

A cette hauteur de méditation, Àugustib Mfuve le edlme et la lumière; il ne désespère pas l'homme ( il ne l^élàve pas orgueilleusement. Quoiqu'il li'énotiée pâS encore ta doctrine de la grâce avec la pt^écisiou qu'il lui donnera dans la suite, il en pose le principe; et rien n'est plus Ibiti du fatalisme que la manière dont il conçoit l'œuvre du Créateur et la liberté de Thdmme; Il n'y a rieti dans son langage de la dureté que Rousseau reprbcUait à celui qu'il appelle le rhéteur Augustin, tout en ithitant sa passion et sa logique. On y sent plutôt cet abandon de reconnaissance envers DieU, cette humilité tendre dont Rousseau sW inspiré plus d'une fbis. « Diéu^ dit-ilS dans le résumé de «a réponse aux griefs du péohé et du malheUr, Dieu ne doit rien à personne ^ il donne tout gratuitement î quel* qu'Un prétendtBit-'il que quelque ehose lui est dft pai" Dieu à cause de ses mérites 7 certainement l'etistence du moins ne lui était pas due; et pui6 quel mérite as-tu ft t'élevel*s vers ton auteur, pour devenir meilleur par la grâce de celui qui t'a fait viVi^e? Que lui as-tu donc avancé que tu puisses réclame!' Comme une dette? » Et

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