‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 127 sur 158 · SancU ArigusU Opef.» 1. 1, p. 62S · texte numérisé non relu

SancU ArigusU Opef.» 1. 1, p. 62S

dans le même mouvement d'àme il achève d'énoncer la doctrine qui, reportant toute reconnaissance vers Dieu, attend de lui tout secours. « Les hommes, dit -il, doivent donc tout à Dieu, et d'abord ils lui doivent ce qu'ils sont, en tant qu'ils existent, puis tout ce qu'ils peuvent devenir de meilleur, s'ils le veulent, et tout ce qu'ils ont reçu pour le vouloir. Personne n'est responsable de ce qu'il n'a pas reçu; mais on est justement responsable de n'avoir pas acquilté sa dette, et l'homme a une.dette s'il a reçu une volonté libre et une faculté suffisante. »

Ces dernières paroles indiquaient tout ce qu'Augustin aurait à développer et à défendre dans les longs combats sur la prédestination et la grâce ; nous ne l'y suivrons pas. Mais il fallait marquer le moment de sa vie où le philosophe est devenu non pas seulement chrétien, mais théologien, mêlant à la spéculation métaphysique la foi la plus ardente. Cette foi , qui le soutenait dans l'explication de l'énigme humaine, lui apportait un nouveau problème qu'avait entrevu l'antiquité. L'homme n'est pas seulement faillible, mais déchu; et la liberté n'a pas seulement à se défendre d'une faiblesse présente, mais à se relever d'une corruption originelle. Le devoir n'en est pas diminué; re£Ebrt n'en est pas moins possible ; mais le secours divin en est plus nécessaire; et le prix immense, mystérieux du sacrifice qui a racheté l'homme , exige encore l'appui de la grâce qui le soutient. Là s'ouvrait tout un monde de spéculations insolubles. Augustin n'y entre pas cette fois, et satisfait d'avoir répondu aux principales questions de son ami, il l'avertit que, dût-il s'en présenter de nouvelles à son esprit, l'étendue de ce livre oblige de le finir et de se reposer quelque temps de semblables débats.

Et en effet, prêtre et bientôt coadjuteur d'Hippone, Augustin se sentait entraîné dans tous les devoirs actifs de la parole sainte et de la charité, l'enseignement du peuple,'

la controverse avec les dissidents, la direction choisie de quelques âmes, l'ascendant sur toutes, une part dans le gouvernement civil d'alors, la correspondance, les consultations, les voyages, la vie d'apôtre et de juge, de chef de l'JÊglise et de défenseur de la cité. Dans un tel travail, le temps semblait manquer pour approfondir les problèmes illimités de la spéculation chrétienne, à moins que, devenant la cause de quelque dissidence nouvelle , ils ne rentrassent pour ainsi dire dans la vie commune.de la religion, et ne fissent d'une méditation abstraite un intérêt populaire et passionné. Mais avant qu'il en fût ainsi du libre arbitre et de la grâce, le génie d'Augustin avait à s'exercer ailleurs. Sa première puissance devait être ce queTévéque d'Hippone avait cherché en lui, la prédication, non pas ornée et savante, comme celle de Basile et de Chrysostome, mais une prédication courte et familière , appropriée à ce peuple laborieux qui, debout dans l'église, y restait peu de temps, et retournait au travail des champs. La multitude de ses sermons nous fait comprendre celte puissance. C'était, comme il le remarque, le secours qui avait toujours manqué au culte païen, non que la société fût privée de morale, car elle n'aurait pu vivre, mais la religion n'en avait pas. « Il convenait, dit-iP, à des dieux tutélaires de ne point cacher aux peuples qui les adoraient les règles d'une vie honnête, mais de les leur communiquer à haute voix , et d'annoncer publiquement des peines pour les coupables et des récompenses pour les justes. Quelque chose de semblable a-t^il jamais retenti dans les tem* pies des dieux ? » Et signalant alors toutes les impiétés superstitieuses des cérémonies païennes, tous les mauvais exemples que le culte donnait aux mœurs, il prévient la seule défense que le polythéisme pouvait tirer de quel-

Page 1