‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 129 sur 158 · Sanct, AugusU de Civitate Dp(^ Itb. T1, cap. vn · texte numérisé non relu

Sanct, AugusU de Civitate Dp(^ Itb. T1, cap. vn

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Iftirfe, Augustin s'y déiroua comme à la science qu'il avait tant aimée. Les occasions en étaient fréquentes. Le christianisme vainqueur était de toutes parts entouré des images de la vie païenne. A Garthage et dans les autres villes d'Afrique , la mémoire des martyrs était célébrée par des festins sur leurs tombeaux et des libations poussées jus*qu'à rivresse. Augustin, qui par une lettre pressait Aurèle, évêque de Garthage, d'interdire cette profanation dans son Église, la fit cesser dans celle d'Hippone. Ge fut un grand effort, et pendant deux jours une sorte de débat entre la sévérité du prêtre et Timpatience du peuple, qui voulait sa fête accoutumée^ Augustin remporta par ses exhortations et ses larmes. Telle était Témotion qui dominait son âme et faisait sa puissance sur les imaginations d'Afrique. La parole chrétienne était le gouvernement de ces hommes mobiles et passionpés. Tantôt elle ne faisait que corriger une coutume grossière ; tantôt elle inspirait une admirable charité : elle était à la fois , sous la dictature et la conquête, une tribune amie du peuple et la voix du censeur qui réprimait les fautes que la loi n'atteint pas. Elle allait plus loin , s'attachailt à la pensée de l'homme et élevant des natures incultes et violentes à l'idée de perfection et de sacrifice. G'est ainsi qu'Augustin fut quarante ans le guide de l'Église d'Hippone, et de là le consolateur de beaucoup de souffrances dans cette province romaine, souvent déchirée par les sectes, Tanarchie et l'invasion barbare.

Hippone Blême était divisée en deux partis religieux, et les donatistes y avaient un évêque qui , dans sa communion , comme Valère et Augustin dans la leur, il'était pas seulement pontife , mais arbitre et juge d'une foule d'intérêts civils. Le premier acte d'Augustin , évêque , fut une avance envers lui. Se retranchant le titre qu'il ne lui donne pas , il ne met en tête de sa lettre que ces inots :

cr Augustin à son honorable et très-cher seigneur Procuiéien ; » mais il lui propose de chercher ensemble la vérité, ou dans une discussion publique, devant des juges choi-sis et le peuple assemblé , fin dans une conférence sans témoins, ou par des lettres qui seraient lues aux fidèles des deux communions. Le combat ne fut accepté sous aucune forme. Mais il faut croire que la vertu d'Augustin adoucissait près de lui ceux que ses écrits combattirent tant de fois ailleurs ; car la violence des sectes troubla ra-» rement Hippone. Aimé de tous, infatigable dans la charité comme dans, l'étude, il veillait à l'éducation des jeunes enfants, au soulagement des pauvres, à la paix de la cité, en même temps qu'il travaillait pour la chrétienté d'Occident. Il ne quittait jamais Hippone pour longtemps ; mais de ce modeste asile ses regards se portaient sur l'Afrique et sur le monde. Rien nej)eut donner Fidée de cet ardent apostolat: prédication morale, traités dogmatiques, controverses avec les sectaires , les docteurs de sa communion et les païens , il suffisait à tout,

Nous avons parlé de ses discussions avec le solitaire de Bethléem , et de l'espèce de trêve que lui demandait ce puissant contradicteur. Près de lui , Augustin trouvait d'autres luttes, sans cesse renaissantes. Dans ce siècle où tout le monde était passionné de théologie, la petite ville d'Hippone, habitée par des mariniers indigènes et des familles romaines , devenait un amphithéâtre scolastique où quelque docteur manichéen se présentait pour entrer en lice contre le célèbre évéque. C'était un grand spectacle. Le peuple y assistait avec cîiriosité. Des greffiers pubhcs recueillaient les objections et les réponses.

Ce qui se passait à Hippone se renouvelait dans d'.autres villes d'Afrique. Augustin avait sur divers points de la province romaine des amis et des correspondants qui ne sont pas indignes de lui , et qui font comprendre cette çivili -

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sation qu'avaient propagée Rome et TÉvangile. Ce n'étaient pas seulement quelques évéques instruits en Italie, ou quelques grands officiers, un proconsul, un tribun militaire apportant à Carthage Tesprit de la cour de Milan et des grandes familles de Rome; ce n'étaient pas seulement quelques hommes élevés avec Augustin , ou formés dans son Église, Nébride dont il eut sitôt à déplorer la perte, Âlype qui fut évéque de Tagaste et sans cesse près de lui, Évode qui , longtemps après leurs doctes entretiens , lui posait dans ses lettres de nouveaux problèmes sur Dieu et la raison, Possidius, le témoin de sa vie et appelé à répiscopat dangereux d'une ville encore idolâtre. En dehors de ces rangs et loin de Carthage et d'Hippone, à Milève, à Conslantine, presque dans tous les diocèses qui couvraient l'Afrique romaine, il se conservait trace de science, il y avait dans l'évéque et dans quelques prêtres romains ou schismatiques un goût d'études spéculatives. C'était l'œuvre de la controverse religieuse , entée sur la civilisation romaine et devenue l'éducation presque générale.

Dans ces villes de la Numidie , dont la victoire retrouve aujourd'hui l'enceinte marquée par des ruines, étaient ordinairement réunis des indigènes gardant leur vieille langue comme une liberté dernière, des Grecs amenés de loin par la navigation et le commerce, ou venus de la Cyrénaîque par l'intérieur du pays, des Juifs qui se croyaient dans leur patrie sous ce ciel brûlant , et conservaient avec leurs rites sacrés l'usage encore intact de teur idiome national ; enfiix des Romains d'Afrique issus d'anciens colons. Au nulieu des constructions du pays qui portaient ce nom de mapalia que leur donne Virgile, s'élevaient, comme le signe de la conquête , les gradins du cirque, le prétoire , quelques temples aux divinités de Rome ou de l'ancienne Afrique, et à Hadaure les statues des dieux encore debout sur la place publique, ptiis Téglise chrétienne , et presque

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toujours deux églises partagées entre deux coi^muQiûns dissidentes. Dans Tune d'elles souvent un déb^t s'engageait entre Tévêque et quelque docteur étrange. .

Augustin, dans ses missions hors d'Qipponie, reQçoqtra p}ust d'une fois cette épreuve et la soutînt devant up auditoire partial et tumultueux. Quelque chose de Tintérét profond qui , dans la France du xvu* siècle, attachait aux controverses r^iigieusefî les esprits \^ plus élevés d'une société polie , occupait avec plus de véhémence les habitants d'une ville d'Afrique, ou plutôt l'attrait qu'ont aujourd'hui tant d'âmes pour oes questions dominait alors, mais sans partage, aaus autre soin social e| comme le seul enseignement, la* seule passion du tepfips.

A ces éléments de lutte intellectuelle que la division des sectes jetait dans la province romaine d'Afrique, il faut joindre les débats intérieurs qui s'élevaient dans son Église; l'inQuence des monastères y commençait, et elle entraînait des abus à réformer. L'ardeur d'imaginatioa tournée eu ?^ustérité qui, sous le ciel d'Egypte et de Syrie, dévouait tant d'hommes à la contemplation et à l'ascétisme , ne devait pas être moins puissante en Numidie. U ne s'était pas cependant formé dans les sables du désert une autre Thébaïde, et les hauteurs de l'Atlas pe recelaient pas de solita.ires comme les montagnes voisines d'Antioche. Mais des couvents s'établissaient dahs les villes ; et à Carthag^, cette Rome d'Afrique, ils étaient nombreux. Dans quelques-uns, les religieux vivment du travail de leurs mains, selon le précepte de l'apdtre littéralement interprété : « Celui qui ne veut pas travailler nç doit pas manger; » mais dans d'autres ils étaient oisifs et vaulaient vivre d'offrandes, alléguant ces paroles de l'Évangile : <( Yoyez les oiseaux du ciel, ih ne sèment pas; et les lis. des champs, ila ne filent pas. » Les Imques même pranaient part à cette question du travail pu de Toisiv^ des

moines, et leurs débats violents troublaient l'Ëglise de Carthage. Augustin, à la prière de l'évêque, écrivit pour blâmer une erreur de discipline que condamnait sa vie entière. A cette pieuse paresse , il oppose les rudes occupations de répiscopat chargé de tant de soins, de l'embarras de tant d'affaires à concilier ou à juger. S'il est exempt lui-même de cette tftcbe qu'il impose aux cénobites, com.bien n'aimerait-il pas mieux quelques heures de travail matériel , et Je reste du temps libre pour la prière et la lecture!

Mais ce qu'il combat surtout avec une vivacité d'expressions qui rappelle les âpres censures de saint Jérôme, c'est la fainéantise de moines errants qu'on s'étonne de voir ainsi multipliés, et ainsi décrits à cette époque de ferveur primitive , et en présence de sectes rivales , dont la censure ne devait rien pardonner. Augustin redoute cet exemple pour l'honneur de la vie religieuse, qu'il voudrait propager par toute l'Afrique : « Serviteurs de Dieu, dit-il en s*adressaut à l'évêque Aurèle et aux religieux qu'il représente, soldats du Christ, méconnaissez-vous les ruses de l'insidieux ennemi qui a dispersé en tout lieu, sous l'habit de moines, tant d'hypocrites parcourant les provinces, sans mission , sans résidence , ne s'arrêtant nulle part? Les uns portent des reliques de miirtyrs , ou prétendues telles, et les font valoir ; d'autres vantent leurs amulettes et leurs préservatifs; d'autres, ne se faisant faute de mentir, racontent qu'ils ont des parents et des proches dans telle ou telle contrée, et qu'ils vont les visiter. Tous demandent, tous exigent qu'on leur donne, ou pour subvenir aux besoins de leur pauvreté lucrative , ou pour récompenser leur feinte vertu, v

Mais le grand combat d'Augustin , la lutte de sa vie eatièv^ était contre les sectes. Celle qui par ses bizarres doctiînes s'éloignait le plus de la foi chrétienne , tout en

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lui dérobant, comme plus tard le mahométisme, une partie de ses traditions, le manichéisme , qu'on vit ailleurs et dans d'aulres temps pousser aux plus grandes violences ses fanatiques sectateurs, était alors paisible en Afrique. Il y formait plutôt une société mystique qu'une religion popuKiire. La hiérarchie de ses élus, astreinte à la diète pythagoricienne , semblait , par quelques-unes même des rêveries dont elle ét^it préoccupée, incliner à un esprit de douceur et de paix.^Blle recherchait les discussions savantes en y portant Félégance et la subtilité qu'Augustin avait remarquées dans la parole de Faustus. D'autres exemples prouvent que le manichéisme avait d'habiles interprètes, même parmi les simples auditeurs. Mais c'était surtout contre ses prêtres que discutait Augustin. Rien n'expliquera mieux que le titre seul d'une de ces conférences à quel point la rigueur des anciens édits de l'empire était oubliée, et la libre discussion publiquement reconnue. " Le cinq des calendes de septembre, sous le consulat des hommes très-illustres Arcadius Auguste, consul pour la seconde fois, et Ruffin, cette discussion a été soutenue contre Fortunat , prêtre des manichéens, dans la ville du territoire d'Hippone, dans les bains de Sossius , en présence du peuple. »»

Quelques années après , Augustin , évêque , renouvelait la même épreuve contre Félix , autre manichéen ; et en même temps il réfutait par ses écrits d'anciens ouvrages de Manichée ou de ses. premiers disciples , et un livre de Faustus contre le christianisme. Les objections de ses adversaires, ou recueillies aux débats, ou transcrites de leurs ouvrages, ne sont pas, sauf la vérité, trop inférieures à ses réponses , pour la méthode , l'expression et même la connaissance des livres saints. Il y avait donc dans cette secte si erronée dès l'origine , et si dégradée au moyen âge , un degré de culture savante que la persécution étoufià dans

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la suite. Augustin , tout en la combattant avec force , en reprochant des folies à sa doctrine et des vices honteux à quelques-uns de ses affiliés, a par moment quelque retour d'intérêt et d'indulgence pour des erreurs qu'il a partagées. D'autre part, les manichéens, tout en accusant sa désertion , l'admirent et le regrettent; mais ils lui reprochent de défigurer leur doctrine et même d'altérer le christianisme , dont ils se prétendent les plus véridiques interprètes : « Tu te fâches contre la vérité, lui écrivait l'un d'eux, comme Horlen^ius contre la philosophie. En lisant et en relisant tes écrits , j'ai trouvé partout le grand orateur, et presque le dieu de l'éloquence; je n'ai trouvé nulle part le chrétien. Je t'ai vu armé contre tout, en n'affirmant, rien . Enfin je ne puis le taire à ta sainteté très-patiente, tu m'a$ paru, et c'est un fait assuré, n'avoir jamais été manichéen , n'avoir pu connaître les dogmes secrets de ce mystère, et poursuivre, sous le nom de Manichée, Ânnibal ou Mithridate. Je l'avoue, les marbres dont resplendit le palais de la famille Anicia brillent de moins d'art et d'élégance que tes ouvrages. Si tu voulais te mettre d'accord avec la vérité , quel ornement lu serais pour nous ! » La naïveté de' ce langage est instructive : on y voit qu'à part même la croyance religieuse , ce qu'il y avait de sobre et de sensé dans la philosophie d'Augustin déplaisait aux imaginations ardentes des manichéens. Pour eux , celui qui rectifie le doute illimité, mais admet l'examen , est sceptique. Évidemment, c'est le débat de rilluminisme contre la religion.

Augustin combattit cette secte une grande partie de sa vie ; et il n'est presque aucun de ses ouvrages où il ne se souvienne du manichéisme pour le réfuter ou pour se prémunir contre toute opinion qui en approche. Sa doctrine de la gr^ce est une réponse à (^erreur fondamentale des manichéens. Son livre contre Faustus est une défense mé-

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thodique du christianisme, dont cet habile rhéteur de Milève acceptait les monuments et niait la doctrine. Les objections extraites de son ouvrage et les réponses se suivent comme dans un débat public ; et elles remettent sous nos yeux, dans sa plus vive image, ce libre conflit de croyances où s'agitaient les esprits en Afrique, au iv siècle. Augustin semble s'y plaire , comme Bossuet dans les controverses de son temps; et quoiqu'il ait eu plus d'une fois à défendre la ville d'Hippone de quelque invasion manichéenne , il n'invoqua jamais pour la repousser d'autre force que la discussion.

Plus nombreux et plus puissants,. les donatistes ensanglantèrent souvent l'Afrique, où leur secte était née, et où elle se renfermait, comme une passion locale, comme une haine renouvelée de Carthage contre Rome. On est tenté de croire à cette lutte instinctive , quand on voit dès l'origine Tardent apologiste du christianisme , Tertullien , se séparer si volontiers de l'Église romaine •, et la résistance à la chaire pontificale se mêler à l'orthodoxie même du martyr saint Cyprien. La première dissidence des donatistes ne portait également sur aucun des dogmes de la foi ; elle était une prétention d'orgueil et de sévérité plutôt qu'un dissentiment de croyance. Elle commença par une protestation contre quelques évoques , qui , dans des temps de persécution, avaient livré le dépôt des Écritures saintes , et n'avaient pas été pour cette faiblesse irrévocablement condamnés par la sage indulgence de Rome. Deux hommes du nom de Donat, l'un évêque de Calame, et appuyé sur le crédit d'une femme riche et puissante de Carthage, l'autre devenu évêque de cette ville, étendirent successivement ce schisme, qui d'abord était la lutte des rigoristes contre les modérés. Bientôt, quoique accusé d'â^voir aussi dans son sein des hommes qui avaient cédé dans les jours d'épreuve, ce parti divisa toute la province.

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Lorsque la puissance impériale eut changé le culte et substitué la faveur pour les chrétiens à la persécution, les donatistes, par une destinée commune aux opinions extrêmes, se trouvèrent encore ses adversaires. Constantin , en les frappant de restrictions et d'amendes , les fortifia. Leur schisme devint pt^r moments une guerre civile. Enlevées par des édita, reprises par des émeutes, leurs églises finirent par leur être laissées. Et cette secte , si voisine de la communion romaine que ses affiliés venaient demander Tappui d'Augustin contre le manichéisme, demeurait profondément séparée de TÉglise , dont elle avait tous les dogmes.

Prétendant qu'elle avait seule, par la fermeté de sa discipline, gardé le dépôt de la vérité, et qu'elle était l'Ë^^ise univerâelle, elle nommait un évéque de Rome, et le faisait résider à Rome , comme le représentant de son droit absolu; en même temps, par une autre conséquence extrême de son principe , elle baptisait de nouveau toqt chrétien qui passait dans se^ ri^ngs. Bientôt, et du temps même d'Augustin , les donatistes comptèrent en Afrique non pas autaqt de sectateurs, mais autant d'évéques qu'en avait l'Ëglise romaine. Telle était leur puissance, et le fonds d'orthodoxie conservé par eux, que- ceux de leurs évéquaa qui revenaient à l'unité étaient admis avec leurs titres , leurs honneurs et sans ordination nouvellev Mais cet exemple était rare; et les deux communions, rapprochées par le symbole , divisées par la discipline , quelquefois en présence dans un orageux concile , plus souvent assemblées à part, luttaient sur presque tous les points de l'Afrique. Cette rivalité n'était ni toujours ni partout la même. Les donatistes, subdivisés eux-mêmes en sectes diverses, et invoquant parfois les rigueurs de l'empire contre ceux qui se détachaient de la secte principale, avaient dans leur sein , comme tous les partis^ des

hommes éclairés et des hommes violents. Les premiers, qui se composaient de beaucoup de membres de ce clergé si nombreux et de riches citoyens des villes , soutenaient des discussions, écrivaient des livres , et s'attachaient surtout à montrer que leur dissidence n'était pas une hérésie. Mais à c6té de ces hommes, et jusque dans Tépiscopat donaliste , il y avait des esprits ardents à la vengeance ; et ils trouvaient pour instrument tout un peuple en qui les souvenirs de la persécution , ranîmosité nationale et l'ardeur du ciel de l'Afrique avaient excité au plus haut degré l'emportement des haines religieuses. C'étaient ceux qu'on nommait circoncellions^ comme pour exprimer énergiquement par un mot cette guerre de barbares rôdant autour des demeures qu'ils incendient.

Ces hommes, presque tous laboureurs ou pâtres des villages de Mauritanie et de Nuniidie , n'avaient qu'un fanatisme farouche, entretenu par les discours de quelques prêtres plus féroces que leurs ignorants sectateurs. A certaines époques ils abandonnaient par troupe leur demeure , erraient dans les campagnes , dévastaient les propriétés de la secte dominante, et quelquefois massacraient les prêtres catholiques qui tombtûent dans leurs mains. Ils se croyaient alors visités par l'esprit divin , et prenaient leurs meurtres pour des holocaustes agréables à Dieu.

La Irigueur des lois, et même là cruauté des soldats romains , ne pouvaient ri«n sur ces hommes ; on les tuait sans les émouvoir. lU se vantaient du nombre de leurs saints. Souvent, parmi eux, des hommes et même des femmes se donnaient la mort par le fer, ou en se précipitant, ct»mme pour devancer le martyre.

Augustin passa la plus grande partie de sa vie à combattre la doctrine des donatistes , et quelquefois invoqua contre eux les édits et les magistrats. D veut cependant

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toujours que Ton s'abstienne à leur égard de la peine de mort, lors même qu'ils ont répandu le sang de leurs adversaires. Tel est le vœu qu'il a consigné dans une lettre au tribun de la province , vœu mémorable qui mériterait d'être inscrit dans notre législation moderne.

Augustin' au tribun Marcellin, très-augustb seigneur et très-cher fils, salut en dlbu.

tt J'ai appris que ces circoncellions , et ces clercs du parti donatiste, que l'autorité publique avait transférés de la juridiction d'Hippone à votre tribunal , avaient été entendus par votre excellence ; et que la plupart d'entre eux avaient avoué l'homicide qu'ils avaient commis sur le prêtre catholique ResUtute, et les blessures qu'ils ont faites à Innocent, prêtre catholique, en lui crevant un œil et en lui coupant un doigt. Cela m'a jeté dans une grande inquiétude que voire excellence ne veuille les punir avec toute la rigueur des lois, en leur faisant souffrir ce qu'ils ont fait!

« Aussi j'invoque par cette lettre la foi que vous avçzen Jésus -Christ; et, au nom de sa divine miséricorde, je vous conjure de ne point faire cela, et de ne point permettre qu'on le fasse. Quoique nous puissions en effet paraître étrangers à la mort de ces hommes qui sont soumis à votre jugement, non sur notre accusation, mais sur l'avis de ceux auxquels est confié le soin de la paix publique, nous ne voulons pas que les souffrances des serviteurs de Dieu soient vengées, d'après la loi du talion, par des supplices semblables. Non que nous voulions empêcher qu'on ôte aux hommes coupables le moyen de mal faire, mais nous souhaitons que ces hommes, sans

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