‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 132 sur 158 · Ibidem t. Ilfp · texte numérisé non relu

Ibidem t. Ilfp

commencement, sans postérité, qui est comme le père tout-puissant delà nature, il n'est personne assez déraisonnable, assez aveugle pour ne pas lé reconnaître avec, certitude ; eh bien ! les vertus de ce Dieu répandues dans Tœuvre de la création , nous les invoquons sous des noms divers, parce que nous ignorons le nom propre qui lui convient à lui-même. En effet , le mot Dieu est un nom commun à tous les cultes; ainsi, tandis que nous adressons à des parties de ce grand être diflëreilts hommages, nous paraissons Tadorer tout entier. » A ce langage élevé le philosophe de Madaure mêle un reste du dédain littéraire dont s'étaient armées les écoles païennes contre le culte nouveau. Il répugne aux noms peu poétiques de quelques saints honorés dans les églises de-Numidie. Il s'indigfte à Tidée de voir préférer à Jupiter foudroyant Mygdon , à Junon , à Minerve , à Vénus , à Vesta Sanaes, à tous les dieux immortels Tarchimartyr Natnphanion, Les honneurs qu'on rend à leurs tombeaux lui semblent des apothéoses décernées à des coupables; et quand il voit des insensés abandonner les temples et négliger les mânes de leurs ancêtres pour ce culte profane^ il reconnaît, dit-il, le présage du poète :

Rome devant ses dieux a jurô par les ombres.

« Il croit voir renaître cette guerre d'Actium , où les divinités monstrueuses d'Egypte lançaient contre les dieux romains des traits qui ne pouvaient les atteindre. » Malgré cette illusion de rhéteur prêtant à des souvenirs d'étude la puissance d'une conviction religieuse, il hésite, il s'inquiète, et il consulte Augustin , qu'il appelle un sage, et dont il semble tout à la fois irvvoquer et craindre le génie. Il le prie de mettre de côté son éloquence, ses arguments empruntés à l'école de Chrysippe, sa dialectique

qui ne laisse de certitude à personne , et de lui faire connaître en réalité quel est ce Dieu que les chrétiens revendiquent pour eux seuls, et qu'ils voient présent dans leurs mystérieux sanctuaires. « Pour nous, dit-iP avec* vtn retour d'orgueil païen , nos dieux, nous les adorons au grand jour, au vu et au su de tous les mortels; nous les rendons propices par de gracieuses offrandes, et nous tâchons que notre culte soit connu et approuvé de tous. Mais je suis trop vieux pour m'engager dans ce combat , et je m'en rapporte volontiers à la sentence du poète de Mantoue :

.... Trahit sua quemque voluptas.

«( Cependant je ne doute pas, homme illustre, déserteur de ma religion , que cette lettre , si par hasard elle tombe dans des mains étrangères, ne périsse parles flammes, ou de toute autre manière; s'il eh arrive ainsi, on aura détruit un papier, et non ma doctrine, dont Foriginal subsistera dans tous les cœurs religieux.

« Puissent te conserver les dieux, par l'entremise desquels, nous tous mortels qui habitons la terre, nous honorons et nous adorons sous mille modes divers, et dans une discordante harmonie, le père commun des dieux et des mortels. ». Malgré la gravité de ces dernières paroles, Augustin trouva la lettre peu sérieuse; il ne s'arrête pas à cette profession de foi théiste , cachée sous le superstitieux respect des fables qu'avait consacrées l'antique poésie ; et il répond aux raisonnements et au dépit du vieux lettré avec cette supériorité qui permet l'ironie. Quant à la dérision jetée sur la rudesse obscure et barbare de quelques noms chrétiens, il là renvoie sans peine à tant d'ignobles déités du paganisme romain ; et puis ,

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