Sanct, Àugust, Oper,^ t. U, p
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qu'on ne peut arriver à la vie heureuse que par la voie qu4i a montrée; et, sans refuser de le suivre, tai;des-tu seulement? Ou penses-tu qu'il existe soit une, soit plusieurs autres voies pour arriver à ce bien si précieux? voira ce que je désire savoir, sans être importun, je pense; car je t*aime pour le motif que j'ai dit; et je crois, nob sans raison, être aimé de toi. »
Celui auquel s'adressait ce langage d'une si affectueuse tolérance répond avec une vénération un peu timide à son respectable seigneur et très-saint père Augustin : « Tu m'imposes , dit-il S un grand fardeau et une mission difficile , par la nécessité de répondre à tes questions dans ce temps^, sur de tels sujets, et avec les principes de mon opinion, c'est-à-dire d'homme païen. »
Il l'essaye cependant ; et selon le système des mystiques rénovateurs du polythéisme, il remonte non pas à la sagesse de Socrate , ni à quelques livres hébreux , dit-il , mais aux traditions d'Orphée et de Trismégiste , et à une révélation primitive faite par les dieux aux trois parties du monde, à la naissance des siècles, « avant, dit-il encore, que l'Europe eût un nom , que l'Asie en reçût un , et que la Libye possédât un homme de bien comme tu l'as été et le seras toujours; car de mémoire d'homme, à moins que tu ne prennes pour vrai le fabuleux récft de Xénophon , je n'ai ouï citer, ni rencontré dans les livres, ni vu mortel , ou s'il en est un, personne après lui, qui comme toi travaille incessamment à connaître Dieu, et qui, par la pureté de l'âme rejetant le poids du corps , puisse aussi facilement s'éFever à lui et le posséder par l'espoir d'une conscience irréprochable, et tion par une douteuse croyance. »
Paraissant ainsi envelopper l'évêque chrétien lui-même dans cette doctrine orphique, qui consiste tout entière
K Sancl, Àugust, Opér,^ t. Il, p. 846.
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à se rapprocher de Dieu par Texaltation et la pureté de rame, il ajoute humblement : « Par quelle voie arriver jusque-là? Il t'appartient plus de le savoir et de me l'indiquer à moi-même, sans secours étranger, que de l'apprendre de moi. Comme je m'avoue trop faible encore pour m'acheminer à cette demeure du souverain bien où m'appelle mon sacerdoce , dans Tespérance de le pouvoir un jour cependant, je rassemble les provisions du voyage.
ff La sainte et antique tradition que je garde, la voici en peu de mots : La meilleure voie vers Dieu est celle de l'homme de bien qui, pieux, pur, équitable, chaste, véridique dans ses paroles et dans ses actions, éprouvé sans être séduit par les changements des temps, fortifié par la compagnie des dieux, et mûri par les puissances de Dieu, c'est-à-dire pénétré parles vérités de l'unique, de l'universel, de l'incompréhensible, de l'inefiable et de l'infatigable Créateur, par ces vertus que vous nommez des anges, hâte sa course vers lui de toutes les forces du cœur et de la pensée. Telle est la voie par laquelle, purifié selon les pieuses maximes et les expiations saintes des antiques mystères , l'homme s'élance avec une constante ardeur.
«Quant au Christ, le Dieu matériel et spirituel de ta croyance , par lequel tu es sûr d'arriver à cet Être suprême et bienheureux , véritable père de toutes choses, je n'ose et je ne puis te dire ce que je pense, parce que là où j'ignore je crois très-difficile de définir. Mais comme tu as bien voulu , en retour de mon respect pour tes vertus, me laisser voir depuis longtemps que tu m'aimes, j'ai pour témoignage d'une vie pure mon soin vigilant de ne pas te déplaire, à toi dont l'âme communique chaque jour avec Dieu, et la certitude qui t'est donnée que , pour être heureux de t'aimer, j'observe fidèlement la règle et
la ligne de ton jugement sur moi. » En même temps, il lui demandait ses écrits, et dans des paroles presque chrétiennes, il lui souhaitait de continuer à jouir de l'amour de Dieu et à lui plaire par une constante sainteté.
Il manquerait quelque chose au caractère de cette lettre et à la peinture de l'état moral qu'elle atteste, si nous ignorions comment raccùeillit Augustin. Ëvidenfiment, cette religion du cœur, distincte des formes de la croyance, le touchait. U se félicite, dans sa réponse au pontife idolâtre , de la semence salutaire qu'il voit croître et s'élever entre eux. « La réserve à nier ou à affirmer sur le Christ lui paraît , dit-Il , un tempérament qu'il accepte volontiers dans un païen. » Il est prôt d'ailleurs à l'instruire et à lui communiquer tous ses ouvrages, mais il veut auparavant éclalrcîr un seul point. Et alors, répétant les paroles mêmes de Lpnginien sur l'efficacité des vertus morales pour s'élever vers Dieu , et en même temps sur l'emploi nécessaire des rites antiques, il rapproche ces deux idées, il en cherche toute la portée, comme si , à la question qu'il avait posée dans sa première lettre en succédait une autre plus générale et plus haute, celle que Platon avait absorbée dons VEutyphron, la sainteté de l'âme considérée à part des formes religieuses. « Je sens dans tes paroles, ajoute- t-il ', qu'à tes yeux il ne suffit pas, dans la voie qui condliit à la Divinité, que l'homme de bien contente les dieux par la piété , la justice, la pureté, la chasteté, la vérité de ses paroles et de ses actes, et s'avance entouré de ce cortège vers le grand Dieu créateur de tout ;. il faut encore qu'il soit épuré par les pieuses cérémonies et les expiations que prescrivent les rites antiques. Je voudrais donc savoir quelle chose , suivant toi , est à épurer par des cérémonies saintes dans celui dont la
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vie pioiise, équitable, pure, véiidique, honore les dieux, et par eux le Dieu unique, le Dieu des dieux. » Alors, insistant sur cette double contradiction d'une purification nécessaire , quand il y a pureté de ïkme , et d'unie purification possible par des cérémonies, quand cette pureté n'est pas , il presse le pontife piuen d'expliquer une telle difficulté, et lui indique encore d'autre questions qui s'y rapportent. « L'homme doit- il être vertueux pour participer aux saints mystères , ou doit-il y participer pour devenir vertueux? La vertu, quel qu'en soit le degré, n'est-elle pas insuffisante pour atteindre à la vie heureuse qui vient de Dieu, si on n'y joint le secours des cérémonies saintes? Ou bien la pratique de ces cérémonies faitelle une partie même de la vertu, de sorte que ce ne soient pas deux choses, et que dans la vie honnête soit comprise la vie sanctifiée? »
Nous n'avons pas la réponse ; mais la demande en dit assez. Il n'y avait pas seulement ici le débat amical du pontife chrétien avec l'interprète spiritualiste d'un culte idolâtre transformé sans le savoir, il y avait la question qui naissait dans le sein même du christianisme , et que l'ignorance a parfois obscurcie , la question de la prééminence des œuvres. La poser, c'était la résoudre ; car c'était dire que la grandeur des pratiques religieuses est surtout dans les vertus qu'elles soutiennent et qu'elles coiisacrent. J'ai peine à croire que le p^aïen contemplatif, dont nous avons cité quelques belles paroles, n'eût pas admis cette vérité, et que sa réponse n'eût pas offert une affinité de plus avec la doctrine de celui dont il sentait si profondément la vertu.
Mais le peuple païen n'entendait rien à ce culte extatique ou rationnel auquel s'élevaient quelques âmes d'élite. Persécuté après avoir été si longtemps oppresseur, il s'emportait à de cruelles violences. A Suffecte , en Nu-
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midie , pour venger le renversement d'une statue d'Hercule, les païens de layille avaient nnassacré soixante chrétiens. Non loin d'Hippone, à Calame, dans une ville qui avait pour évéque l'ami et le biographe d'Augustin, Possidius , animé de la même douceur que lui , un édit de l'empereur Honorius , qui prohibait la licence des fêtes païennes, excita de grands trouUes. Les païens, nombreux dans la ville , ayant formé le bruyant cortège d'une de ces fêtes , le firent passer devant l'église; un tumulte s'éleva , et l'église fut assaillie. Sur la plainte de l'évéque demandant au conseil de la ville l'exécution de f édit, les violences se renouvelèrent. Les membres du conseil, tous attachés à l'ancien culte, hésitaient; et la foule, imputant aux opérations magiques des chrétiens un violent orage qui, dans l'intervalle, avait éclaté sur la ville, attaque de nouveau l'église, y met le feu, poursuit l'évéque et fait plusieurs victimes. L'effroi qu'éprouvèrent ensuite les auteurs de ce désordre, et l'intervention réclamée d'Augustin, nous montrent un nouvel aspect du caractère païen à cette époque , non plus le lettré enthousiaste ou le contemplatif,.mais le vieux citoyen tenant aux anciens rites comme à une liberté locale , et s'occupant de sa patrie plus que des questions religieuses. C'est la pensée de deux lettres écrites par Nectaire , riche habitant de la ville de Calanie, Il ne nie pas les> excès commis par ses concitoyens; il ne peut les excuser devant la loi; mais il réclame rindulgeiice , et croit Augustin le médiateur naturel pour Tobtenir. «L'évéque, dit-il *, ne doit contribuer qu'au salut des hommes, ne prendre aux jugements qu'une part favorable , et mériter devant Dieu par ses vertus le pardon des fautes d'autrui. Je te demande donc, de toute la force de mes prières , qlie celui qui n'est pas cou-