‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 138 sur 158 · llidem^ p* 2S · texte numérisé non relu

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une enceinte de murailles , ni celle que la philosophie appelle le monde et déclare commune à tous les hommes, mais celle qui est habitée par le grand Dieu et par les âmes qui ont bien mérité de lui , celle que tous les cultes poursuivent par des sentiers divers, et que nous ne pouvons décrire par. la parole, mais peut-ôtre atteindre par la pensée. Bien que ce soit là pour nous la patrie qu'il faut surtout désirer et chérir, je ne crois pas quMl faille abandonner celle où nous sommes nés, qui nous a versé les premiers rayons de la lumière , qui nous a nourris , qui nous a élevés, et, ce qui revient surtout à ma cause, qu'on ne peut bien servir sans trouver après la mort un asile préparé dans les cieux. •

Mêlant à ces nobles pensées une exagération de Técole stoïcienne, il argumente de l'axiome que toutes les fautes sont égales pour réclamer une impunité commune; et après une vive peinture des inquiétudes et de Teffroi de ses concitoyens sous Fenquéte impériale, il supplie Augustin , comme s'il était maître tout-puissant , de considérer Dieu , l'opinion des hommes , la popularité qui s'atr tache à la bonté, et de chercher la gloire de pardonner plutôt que celle de punir.

Possidius, dans l'intervalle, avait quitté Calame pour se rendre à Rome. C'était cet évoque lui-même qui, venant près d'Augustin s'embarquer au port d'Hippone, lui avait remis la lettre de Nectaire. Ce fait seul indique assez que,, pénétré des sentiments de son mattre, il allait en Italie solliciter, non des punitions rigoureuses, mais des secours. Il n'y avait pas. à craindre pour les païens de Calame cette colère de la puissance que Chrysostome avait redoutée pour Antioche. Augustin .peut répondre avec calme aux vives supplications du zélé patriote. Eq relevant son paradoxe sur régalité absolue des iautes, exagération qui , d'ailleurs , dans le stoïcisme élait un prin-

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cipe de sévérité et non d'indulgence , il l'avertit d'invoquer plutôt la douceur de la loi chrétienne; et en maintenant la nécessité de punir > il foit espérer une modération que sans doute il inspira.

Nulle rigueur, en effet, n'ensanglanta Calame. Revenu de Rome , et désormais en paix avec les païens, Possidius se vit en butte aux complots des donatistes. Sauvé de leurs violences, il intervint en leur faveur, et fit atténuer la peine qui frappait un de leurs chefs. C'est ainsi que dans cette ville, divisée en sectes ennemies, il passa de longues années, calmant les haines par la charité, et surmontant lès périls par le courage, jusqu'au jour où l'invasion des Vandales ne lui laissa plus d'asile qu'Hippone assiégée.

Cette modération qu'Augustin communiquait autour de lui, il la portait dans les idées comme dans les sentiments, et il s'en servait pour résoudre la foule de questions que Tardeur du zèle et l'ignorance faisaient naître incessamment. Quelques exemples seuls peuvent en donner l'idée. Un riche citoyen d'Afrique, Publicola» écrivait à l'évoque d'Hippone une lettre * pleine de ces scrupules dont se trouvait hérissée la. vie du chrétien. Sur une frontière de la province, les harbares, qui se chargent de transporteries contributions, s'engagent dans les mains du tribun ou du décurjon par un serment à leurs dieux ; ils s'obligent sous le même serment à garder les moissons des métairies voisines et à conduire les voyageurs. N'y a-t-il pas péché pour les chrétiens qui acceptent cet engagement? Les moissons n'en sont-elles pas infectées ,. et le propriétaire atteint de la faute de ses métayers, quand ceux-ci sont chrétiens? Les difficultés n'étaient pas moins grandes pour l'intérieur de la province, où le chrétien rencontrait non plus l'idolâtrie grossière de quelques

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