Ibidem, p
C'est le travail des esprits que nous marquons parce détail , et non la démonstration des vérités religieuses. Les deux réponses d'Augustin ne sont pas ce que la conviction et la science les auraient faites dans le siècle de Bossuet et de Leibnitz. Le raisonnement est moins sévère par cela même que la foi est plus vive. Mais on est frappé de Taffectueuse tolérance d'Augustin dans l'ardeur de cette foi ; il aime la sincérité de Volusien ; il ne blâme pas cette libre conférence ; il en discute les hardiesses ; et puis il esquisse à grands traits ce qui répondait à tout, le spec- .tacle dont le monde était saisi , et qu'il se donnait à luimême par son changement de croyance. « Le Christ vient; dans sa naissance, sa vie, ses paroles., ses actions, ses souffrances, sa mort, sa résurrection, son ascension, s'accomplissent toutes les annonces des prophètes. Il envoie ï'Jîsprit-Saint ; il en remplit les tidèleà assemblés dans une maison, en prière et en attente du don qui leur était promis. Animés de l'Ësprit-Saint , ils parlent tout à coup les langues de tous lés peuples; ils accusent hardiment l'erreur; ils publient la vérité , ils exhortent à la pénitence, et promettent la bonté divine. Leur prédication de la vraie religion est suivie de signes et de miracles. L'infidélité se soulève violemment contre eux; ils souffrent selon les prédictions; ils espèrent selon les promesses; ils enseignent selon la loi. Peu nombreux , ils sont partout dissétninés; ils convertissent les nations avec une merveilleuse facilité ; ils se multiplient au milieu des ennemis , croissent par la persécution, et s'étendent par les entraves jusqu'aux extrémités de la terre. Du sein des plus ignorants, des plus humbles et des plus isolés sortent la lumière, la gloire , la foule , les plus éclatants génies et les plus éloquentes paroles. Toutes les habiletés des logiciens et des (locteurs, ils les soumettent au Christ , et les font servir à prêcher la voie du salut. Dans les alternatives du malheur
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el de la prospérité , ris pratiquent sans cesse la patience et la moclépation. Dans le déclin du monde, qui fatigué touche à son. dernier âge, ils attendent avec plus de certitude qu'il n'est prédit Tétemel bonheur de la cité céleste : et cependant l'infidélité des nations frémit contre l'Ëglise du Christ. Celle-ci triomphe en souffrant, et professe sa foi au milieu des cruautés qu'on lui oppose. Pour faire place à l'immolation de la vérité révélée, et longtemps cachée sous le voile des promesses mystiques, les sacrifices qui en étaient la figure sont tombés avec la ruine même du temple. Réprouvée par les infidèles, la nation juive, arrachée de ses demeures, est dispersée dans tous les lieux du monde , afin de porter partout les livres saints , et pour que le témoignage de la prophétie qui avait annoncé le Christ soit fourni par ses adversaires, et qu'on y lise la prédiction de leur incrédulité même. Les temples et les statues des démons, les rites sacrilèges sont tour à tour abolis. Les hérésies contre le Christ, et cependant au nom du Christ, se multiplient , comme elles avaient été prédites, pour exercer la doctrine de la religion sainte. Tout cela se voit accompli tel qu'on l'a lu dans les prophètes, ou est attendu tel qu'ils l'ont annoncé. Quelle âme éprise de l'éternité et touchée de la brièveté de la vie présente lutterait contre la hauteur et la lumière de cette divine autorité? »
Dans sa réponse au tribun Marcellin , au magistrat dont ses conseils avaient plus d'une fois inspiré la modération,' il triomphe par l'objection même qui lui est faite. Cette douceur, celte abnégation de l'intérêt privé qu'on reproche au christianisme est le principe d'union que les plus sages législateurs cherchaient pour la cité. Bien compris, il fonderait, il consacrerait l'État mieux que ne Tont fait les plus grands hommes. C'est une réponse anticipée à l'assertion réfutée par Montesquieu, que des chrétiens parfaits
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ne seraient pds de bons citoyens. C'est en même temps l'annonce de ce nouveau droit des gens introduit dans le monde avec le christianisme. « Si la république terrestre *, dit Augustin, observait les préceptes chrétiens, la guerre même ne serait pas faite sans humanité , et sous l'accord paisible de la religion et de la justice, les vaincus seraient plus facilement ménagés^ » Puis il ajoute admirablement : « Si la loi chrétienne blâmait toutes les guerres, il eût été dit aux soldats qui, dans l'Évangile, demandent la voie du salut , de jeter leurs armes et d'abandonner la milice. Mais il leur a été dit seulement : Ne rançonnez personne ; ne faites dommage à personne; que votre solde vous suffise. Celui qui prescrit de se contenter de sa solde n'a pas interdit la guerre. Que ceux qui croient la doctrine chrétienne contraire à TÉtat forment une armée de soldats tels que le veut cette doctrine, qu'ils donnent des sujets, des maris, des pères, des fils, des maîtres, des serviteurs , des rois , des Juges , des gardiens du trésor et des receveurs d'impôts , tels que la loi du Christ a commandé de l'être, et qu'ils osent dire qu'elle est ennemie de l'État, ou plutôt qu'ils avouent que bien obéie elle en est le salut. » Mais ces sages maximes ti'étaient pas toujours entendues comme le demande Augustin; et le changement de croyances , la transfusion d'un nouveau principe dans tout l'ordre social, et le passage de la contemplation rehgieuse à la vie active et guerrière s'accomplissait plus lentement que la ruine de l'empire. Le christianisme rencontrait une société affaiblie par un long despotisme , et où la division intolérante des sectes Jetait encore un affaiblissement né de la réforme même.
Tandis que les disciples de Chrysostome étaient persécutés dans là Grèce, que les restes de Tarianisme agitaient