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la Sicile et se préparait à envahir l'Afrique, pour y fonder le siège de son empire , et faire de Carthage la capitale de Rome et d'une partie de l'Occident. Mais assaillie par une tempête dans le court passage de Reggio à Messine ^ sa flotte à demi détruite est rejetée sur le rivage. Frappé de ce désastre et atteint de maladie , il meurt, laissant l'Afrique à conquérir par un autre barbare moins généreux que lui. Ses lieutenants, inquiets pour sa conquête d'Italie et pour sa cendre, le font ensevelir dans le lit d'un^ rivière dont les flots , un moment détournés , reviennent cacher sa tombe. Carthage , toute remplie de fugitifs de Rome, qui oubliaient leur malheur en se pressant aux jeux du cirque et du théâtre , n'a plus à craindre l'invasion du vainqueur d'Italie , et jouir» pendant quelques années encore de son luxe et de la paix. Près de six cents évêques s'y rendirent , divisés en deux partis presque égaux de catholiques et de donatistes. Afin d'éviter les orages d'une assemblée si nombreuse , par un ordre du tribun Marcellin qui devait la présider, dix-huit évêques sont choisis de chaque côté pour soutenir ou conseiller le débat , et en assurer la reproduction fidèle.
En acceptant cette épreuve, les évêques catholiques, dans une lettre écrite par Augustin au tribun Marcellin , avaient annoncé , s'ils étaient vaincus , l'intention d'abandonner l'épiscopat et de se laisser conduire par ceux auxquels ils seraient redevables du bienfait de la vérité ; et s'ils étaient vainqueurs, s'ils prouvaient qu'en Afrique et au delà des mers l'Église n'avait pas failli, ils offraient d'y recevoir à leur rang les évêques donatistes , de partager avee eux l'épiscopat ^ ou de l'abdiquer en commun pour le tenir d'une élection nouvelle. Mais dans cette lutte , égale en apparence , l'avantage était tout d'un côté. Malgré l'habileté de quelques adversaires sortis du barreau de Carthage pour entrer dans la hiérarchie doQatiste ,
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Augustin domina par sa parole une controverse où les dogmes fondamentaux n'étaient pas engagés , et où le dissentiment naissait tout entier d'une querelle de discipline. La discussion, demeurée célèbre sous le nom de Conférence de Carthage, fut terminée après trois jours par une décision du tribun Marceilin , qui déclarait les donatistes convaincus d'erreur et ordonnait leur réunion à rÉglise, en même temps que l'interdiction de leur culte. A l'issue de ce débat , Augustin s'en &t rhistorien dans un récit abrégé que la passion du temps rendait populaire. Puis il reprit avec ardeur l'œuvre laborieuse de ramener h sa conviction, de gagner, d'adoucir ceux dont la sentence impériale avait proclamé le retour. Mais sa vie entière ne devait pas voir le terme d'un tel effort. Le procès se ranima le lendemain du jugement ; et la réunion imposée suscita des haines plus fortes. Ce fut alors qu'Augustin eut le plus de violences à déplorer et de rigoureuses punitions à prévenir ou à tempérer par ses prières. 11 n'y manqua jamais; et quoique sa doctrine, d'abord si favorable à la tolérance religieuse et n'admettant que la persuasion, sans contrainte, eût fléchi devant l'ardeur des uns et les fautes des autres , son cœur généreux ne changea pas ; et, à défaut d'un principe de liberté de conscience invoqué naguère par les chrétiens , mais oublié depuis leur victoire , et peu compris de tout le monde, il garda le zèle de la chariCé. Par là, sans doute, il exerça sur les âmes plus d'empire que tout autre : des villes où dominait depuis longtemps la secte donatiste, touchées par la parole d'Augustin, revinrent à la communion dont il était l'apôtre. Dans une de ses lettres , il félicite d'un changement semblable les principaux habitants de la ville de Cirthe. Mais longtemps après, dans d'autres villes importantes, telles que Césarée, il retrouvait ses adversaires de la Conférence de Carthage encore puissants sur les
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esprits, et lui opposant leurs réponses ou la protestation de leur silence devant un peuple divisé ;• et il avait sans cesse à recommencer une controverse qui ne s'arrêta que sous le joug accablant des Vandales.
Cette division des sectes fut le fléau de T Afrique romaine; elle y fomentait les rivalités des grands officiers de Tempire , comme elle y attirait Tinvasion barbare. Au milieu du triomphe de l'Église sur les donatistes, le tribun Marcellin , son zélé défenseur , succombant aux calomnies du parti qu'il avait vaincu pour elle, était condamné comme coupable de trahison et périssait à Carthage-, pleuré et consolé par Augusiin. Mais, pendant que les donaiistes opprimés étaient encore assez puissants pour se venger dejeurs ennemis par la main même. de l'empire qui prohibait leur culte , une autre secte s'élevait, et, en peu de temps, de Carthage elle touchait à Jérusalem, et elle agitait les Églises d'Orient et d'Occi* dent. C'était la doctrine de Pelage , ce nouveau travail de la pensée humaine sur elle-même , cet effort de la volonté libre prétendant se soustraire à l'appui même de Dieu , rêve d'orgueil et de force qui vient se jeter entre les invasions des Goths et des Vandales. Cette doctrine, rapidement portée de Rome en Orient par un moine de la Grande- Bretagne, n'excitait pas, comme la secte desdonatistes, une sorte de guerre civile; elle ne devait pas, comme l'arianisme , diviser le monde romain et devenir l'ini liation chrétienne d'une partie des peuples barbares ; elle semblait une abstraction toute morale qui commandait d'autant plus la vertu à l'homme qu'elle lui en reconnaissait la puissance ; enfin, elle touchait de près à l'opinion qu'Augustin avait défendue dans le traité du Libre arbitre, en revendiquant l'action spontanée de l'âme sous le regard éternel de Dieuj mais là il s'était arrêté ; et cette âme, que la prescience de Dieu n^enchaînait pas^ il la conce-
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yait et la voulait soutenue par sa grâce, afiu qu'elle fût reconnaissante autant qu-eile était libre.
Survenait Un logicien sévère qui de la liberté de Fàme concluait sa force absolue, et prétendait que la volonté se suffisant à elle-même rendait superflu tout secours delà bonté divine^ Mais si l'âme créée hbre était par elle seule capable de tout bien» si sa nature même faisait sa vertu , elle ne naissait donc pas affaiblie et déchue ; ainsi sous les noms de la liberté et de la grâce s'agitait la question entière du christianisme. Le principe de la liberté de l'âme était le foodement de la morale ; mais la croyance au secours divin, l'eflbrt pour le mériter, l'espoir de l'obtenir était le lien même du culte. Par là s'explique l'infatigable ardeur d'Augustin contre la doctrine de Pelage, ses lettres, ses écrits , ses Appels au pontife de Rome pour faire censurer ceux qu'il appelle de subtils et émin^euts génies, d'autant plus égarés qu'ils se sont avec plus d'orgueil confiés à leurs forces. Pour lui , comme s'il eût été dans la vocation de son génie méditatif de combattre sans cesse, il commença sur ce problème abstrait de la grâce une controverse qui ne cessa plus. Ce dernier combat devint même le titre principal et le caractère dominant de sa théologie^ C'est qu'en effet nul sujet de contemplation n'était mieux approprié aux deux puissances diverses de sa nature, la sagacité métaphysique et la tendresse de cœur. Par l'Une , il portait dans cette question l'étude attentive des facultés de Tâme; par l'autre, il s'élevait à Dieu avec Ces élans de confiance et d'amour que la science âe donne pas. A la fois philosophe et mystique , plus il étudiait l'homme , plus il sentait la nécessité du secours divin.
Ne vous étonnez donc pas que , dans Tactivllé de sa vie épiscopale et le calme de sa conviction , il ait gardé le génie curieux et spéculatif de sa jeunesse. Pour lui le tra-
vail métaphysique se mêlera toujours à la foi religieuse. Il osera chercher dans rintelligence humaine , non pas seulement Tidée , mais la similitude de Dieu et concevoir le mystère de la nature divine à Taide des puissances unies et diverses qu'il aperçoit dans Tâme. Et ce ne sera pas seulement une image , un symbole rapidement jeté dans un pieux discours. Il s'y arrêtera par une décomposition savante des phénomènes de Tâme , des impressions qu'elle reçoit par les sens, de la science intime qu'elle porte en die et de la pensée qu'elle produit par la parole. Combat^ tant à cdté de la secte naissante de Pelage les restes puis*sants de l'arianisme, il écrit un nouveau traité sur le dogme qu'avait défendu avec tant d'ardeur Hilaire de Poitiers. Sa foi n'est pas moins vive; mais son langage est différent. Ce que la tradition impose, il veut le démontrer à la raison. Et il remplit une grande part de son ouvrage par l'analyse des facultés intellectuelles et morales de l'homme. L'intelligence * se connaît et s'aime ; et cette connaissance , cet amour font partie de son unité. Ce sont des conditions inséparables. L'âme s'applique tout entière à chacune d'elles en restant elle-même indivisible ; et en même temps l'idée qu'elle conçoit dans les choses spirituelles, étant conforme à une vérité nécessaire, est comme un verbe éternel qu'elle enfante. C'est là pour Augustin une première image de l'essence divine; il croit en reconnaître une autre dans les éléments mêmes de l'âme, la mémoire, la pensée, la volonté, trois formes du même être qui se pénètrent et se confondent. Cette comparaison , que Bossuet a reproduite avec toute la puissance de son langage et le respect majestueux de sa foi , n'est pas dans Augustin un simple élan mystique , un effort de rimaginatioh pour atteindre l'incompréhensible. Elle lui