‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 144 sur 158 · Sanct. Àvgust Oper., t VÏII, p. 8t · texte numérisé non relu

Sanct. Àvgust Oper., t VÏII, p. 8t

sert à expliquer les attributs de la pensée humaine. On dirait qu'il les voit mieux , et comme agrandis au foyer d'une plus vive lumière, et au lieu de s*éblouir de cet éclat religieux dont il les entoure , il les discerne et les définit en eux-mêmes avec la méthode d'observation la plus attentive. Soit qu'il démontre la nature une et complexe de Tâme , soit qu'il analyse ce qu'elle reçoit des sens, et ce qu'elle perçoit directement, sôit qu'il suive à la trace l'aptitude dont elle est douée pour trouver par ellemême la vérité dans les choses intellectuelles, tandis qu'elle a besoin de l'apprendre d'autrui dans les choses matérielles , soit enfin qu'il expose l'action de l'âme sur elle-même , la manière dont elle se saisit et s^examine , partout il jette sur ces mystères des clartés qu'a suivies ou retrouvées Leibnitz. .

On peut s'étonner sans doute de quelques subtilités qu'il ajoute à la hardiesse de sa première pensée. Les communications de l'homme avec le monde extérieur, l'objet, la perception, l'attention sont encore pour lui une image du type divin , une trinité mystérieuse. Mais lorsqu'il abandonne ce langage figuré, avec quelle précision il détermine la double nature de l'homme , et dégage le principe pensant et de la matière et de la force vitale!

Déjà dans d'autres écrits , où cette science d'observation était le nioins attendue , il avait marqué par des nuances profondes la séparation des sens et de l'âme , de l'instinct et de Tintelligence. 11 avait montré non pas au nom de la foi , mais par l'expérience, que l'âme est une chose distincte, et ses agents corporels, ses instruments, ses organes une autre chose. 11 en avait vu la preuve dans cette puissance de distraction qui fait que l'âme préoccupée n'aperçoit pas l'objet placé devant les yeux, et cesse d'agir par la volonté sur le mouvement môme du corps

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qu'elle anime. En même temps qu'il décrivait le mécanisme des nerfs , il avait montré* comment Tâme , lorsqu'elle veut concevoir Dieu , ou s'étudier çlle-méme , se détourne de toutes les impressions des sens , les jugeant non-seulement inutiles , mais contraires; et comment elle a par elle seule d'innombrables objets d'attention étrangers à tout l'ordre des corps. Enfin dans des observations jetées çà et là sur les facultés des animaux, il avait montré où elles s'arrêtent, et le domaine réservé de Pâme humaine. Ces vues diverses se résument ici dans une page toute philosophique.

<> Voyons, dit-iP, où est placé le point de réunion de l'homme extérieur et de l'homme intérieur. Tout ce que nous avons dans l'existence de commun avec là brute appartient à l'homme extérieur. En effet , ce n'est pas seulement le corps qu'il faut appeler l'homme extérieur, c'est aussi cette portion de la vie qui soutient Torganisme. Lorsque les images des objets déposées dans la mémoire reviennent par le souvenir , c'est encore un acte qui appartient à. l'homme extérieur; et les animaux mêmes peuvent recevoir par les sens l'impression des objets du dehors, en garder le souvenir, et entre ces objets rechercher ce qui leur est utile, fuir ce qui leur est déplaisant. Mais noter ces impressions, les retenir non-seulement sous une sensation immédiate , mais en les confiant exprès à la mémoire ; et lorsqu'elles commencent à s'effacer par l'oubli , les graver de nouveau par le ressouvenir et la réflexion, de sorte que la mémoire ayant d'abord fourni matière à la pensée , ensuite la pensée affermisse la mémoire , se créer enfin une vue fictive des objets, en recueillant et en rapprochant de çà et de là ce qui était dispersé , et dans cet ensemble discerner le vraisemblable du vrai, non pour les

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