Sanet, Àugust. Oper.^ U VIII, p
choses spirituelles, mais pour les ohoses matérielles, eetle épreuve et toute autre semblable, quoique faite sur des objets sensibles et par rentremise des sens , ne se fait pas en dehors de la raison et n'appartient qu'à l'homme. L'œuvre d'une raison plus haute encore , c'est de juger des objets corporels d'après des règles idéales et éternelles. Ces règles , éî elles n'étalent pas au-dessus de la raison humaine, elles ne seraient pas immuables, et si notre intelligence n'y mettait pas quelque chose du sien , nous ne pourrions pas d'après elles juger des objets matériels; or, nous en jugeons, suivant des rapports de proportions et de formes que l'esprit sait toujours subsistants. »
Mais cette beauté de la matière, cette perfection de la forme, dont Augustin s'est occupé dans d'autres écrits, n'est pas à ses yeux le principal objet de l'attention de l'âme. Bien que dans l'image qu'elle en conserve , et dans les jugements qu'elle en porte , l'âme obéisse à des règles éternelles dé convenance et d'harmonie , elle a d'autres sujets d'admiration. plus élevés et plus dignes d'elle. Là surtout se complaît la pensée d'Augustin. Les arts ne sont pour lui que le degré inférieur de la grandeur morale ; c'est à cette grandeur qu'il a voué son amour. Voilà ce qu'il exprime avec un charnse d'imagination ou plutôt un mouvement de cœur qui vient animer tout à coup les ab* stractions de son langage : « Quand je me rappelle ^ dit-il , Carthage que j'ai vue , et quand je me figure Alexandrie que je n'ai pas vue, et que parmi ces formes imaginaires ma raison en affecte de préférence quelques-unes, tou* jours les mêmes ; là sans doute s'exerce et brille d'en haut le jugement de la vérité affermi sur les règles incorruptibies qui lui appartiennent ; et s'il est mêlé de quelque ombre des images terrestres , il n'en est pas cependant