‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 146 sur 158 · Sanct August. Oper,^ t. Vni, p · texte numérisé non relu

Sanct August. Oper,^ t. Vni, p

AU QUATIIUMS SIÈQU^. 487

obscurci et troublé* M^î» voici pe qui iinporte (lavaO'i tage : resterai-je 9oit au-dessous , soit au milieu dQ peci vapeurs, et coiuq^q ei^clu de la clarté des cieui^, ou, C0R)m^ ou réprouve au sommet des plus bautes o»oat«gp^S| jouissant de Fair libre et pur , verrairjQ la lumière la plus sereine sur ma tête et Tépaiss^ur des nuages à mes pieds? D'où vient en effet que mon cœur «'enflamme d'une ardeur fraternelle, quand j'apprends qu'un bomme a souffert pour la beauté et la vérité de la foi? Si cet bomm^ m'est montré, je veux l'attirer à moi, la connaître , l'engager par l'amitié. Si j'en ai Toocasion, je m'approche de lui, je lui parle, je prolonge l'entretien ; je lui exprime mon affection dans Ijes termes les plus forts. Je yeux en lui le même sentiment, la même expression qu'il trouve en moi; et je forme par la confiance cette union spirituelle, ne pouvant si promptement recbercber et voir le fond du cœur. Je l'aime donc fidè|e et courageux, lui portant, un pur et fraternel attachement. Mais s'il avoue dans nos en-* tretiena ou révèle sans le vouloir qu'il a sur Dieu quelque croyance grossière , qu'il en attend une récompense charnelle , qu'il a souffert pour cette erreur, ou par l'espoir d'une somme d'argent , ou par le vain désir d'une gloire humaine, mon affection, heurtée et comme repoussée, se détourne de qui ne la mérite pas , et reste attachée au modèle idéal qu'elle avait cru voir en lui^, et pour lequel je l'avais aimé. »

Rien de plus éloquent que cette analyse en action dp la puissance du sentiment moral. Et on n'a jamais mieux peint cette sympathique perception de la vertu, semblable à celle du grand et du beau dans les arts , et plus infaiU lible encore. Mais l'école de Platon suffisait pour inspirer ce langage. Cherchons sur quel autre point le philosophe chrétien se sépare du sage d'Athènes, et ce qu'il ajoute aux traditions de l'Acadénue. Il faut l'entendre discuter

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cette doctrine de la réminiscence par laquelle Platon expliquait les germes de vérité naturels à Tàme humaine , en donnant pour preuve des connaissances qu'elle avait acquises dans une vie antérieure l'exemple de cet enfant qui, interrogé sur quelque problème de géométrie, avait répondu comnie s'il possédait cette science. « C'est que sans doute , dit Augustin , les questions étant posées graduellement et avec art, Tenfant voyait ce qu'il fallait voir, et disait ce qu'il avait vu. Si c'était le souvenii* de choses connues dans une autre vie , tous ou à peu près tous ne seraient pas capables du même effort , en étant interrogés par la même méthode ; car tous n'ont pas été géomètres dans cette autre vie. Mais il faut croire plutôt que la nature de l'intelligence est ainsi faite, qu'à la suite de vérités intellectuelles enchaînées naturellement, par une disposition du Créateur , elle voit telles conséquences , à la clarté d'une certaine lumière incorporelle , de même que l'œil discerne les objets placés dans le rayon de la lumière matérielle qu'il perçoit et pour laquelle il est conformé. » C'est là combattre Platon avec une forme d'imagination qui semble lui avoir été en partie dérobée. Restait à expliquer le travail intérieur de cette âme créée capable de trouver la vérité, ou plutôt en ayant déjà le dessin et la trace en elle-même. Pour Augustin , si la vérité n'est pas une réminiscence, elle est une intuition primitive, une inspiration ; et par la il touche de bien près à l'opinion qu'il a contredite. L'homme trouve en lui-même la vérité, mais il ne peut la trouver que par la réflexion, par l'attention interne de l'âme sur elle-même. Jusque-là il la possède sans la connaître , ou plutôt il la connaît sans y penser. Il croit l'avoir découverte au moment où ill'a comprise; et il la remet en dépôt dans la mémoire. « Mais, dit Augustin , il est une autre et plus secrète profondeur de la mémoire , où, lorsque nous y avons pensé pour la pre-

mière fois, nous avons trouvé cette vérité, et où s'engendre le Verbe intérieur qui n'est d'aucune langue , science venue de la science, vision dérivée de Timmortelle vision , conception qui se manifeste par. la pensée, mais émane d'une conception qui résidait dans la mémoire et s'y cachait. » Ne sont-ce pas là les idées innées comme les entendait De^cartes et comme les reconstruit l'analyse moderne,- le rapport mystérieux de Tàme avec les vérités nécessaires , et sa puissance naturelle de les reconnaître et d'y croire? S6us le symbole religieux dont Augustin enveloppe cette étude des facultés de Tàme, il porte même une grande précision de langage.

«< Lorsque l'hommeS dit-il encore avec une profondeur pleine de clarté , commence à réfléchir sur la nature de son esprit et* à trouver le vrai, il ne le trouve pas ailleurs que dans lui-même , et il trouve non ce qu'il ignorait , mais ce dont il ne s'avisait pas. Que saurions-nous, en effet, si nous ignorions ce qui est dans notre âme, nous qui ne pouvons rien savoir que par elle? Mais telle est la puissance du travail de la pensée que l'âme ne se met en présence d'elle-même que lorsqu'elle se pense; et il est tellement vrai que rien n'apparaît à l'esprit sans la réflexion , que celui qui pensé tout ce qu'on peut penser ne peut se voir qu'en se méditant. Dire comment l'esprit qui ne peut se séparer de lui-même ne se voit pas cependant, lorsqu'il ne se médite pas, comme si son essence était autre chose que sa présence, je ne le puis. On le dit avec raison de l'organe de la vue. L'œil occupe une place marquée dans le corps, porte ses regards.au dehors, les élève jusqu'aux cieux et ne se voit pas, si ce n'est devant un miroir; il n'en est pas de même de l'esprit qui se place en sa propre présence , en pensant à sor. Dirons-nous qu'alors c'est

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