‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 147 sur 158 · Sanct. Àugusf. Oper , t. VID, p · texte numérisé non relu

Sanct. Àugusf. Oper , t. VID, p

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une partie de lui-même qui regarde l'autre, comme une partie de nou&-méme, nos yeux, regardent d'autres parties de notre corps. Mais quoi de plus absurde à dire ou h peu* ser? D'où se séparerait Tftine, sinou de soi? devant qui pose*t-elle, sinon devant elle-même? Autrement , elle ne sera donc plus là où elle était, quand elle ne se voyait pas. Mais, si elle se déplace pour être vue, où se fixe^ t^elle pour voir? se dédouble-t^eUe en quelque sorte de manière à être Ik'où elle peut voir, et là où elle peut être vue, spectatrice d'elle»- même et spectable pour elle , etc., etc. ? 11 reste à supposer que cette vue de Tâme est conforme à sa nature , et que lorsqu'elle se inédite , elle ne se déplace pas , mais rentre en soi par un retour insensible , et que lorsqu'elle ne se médite pas , elle ne se voit pas , il est vrai , elle n'a pas intuition d'elle-même , mais elle se sait, comme par un souvenir qui lui est resté, de même que pour celui qui possède plusieurs scienoes , elles sont en dépôt dans son souvenir, et il ne s'en présente quelque chose à son esprit que lorsqu'il y pense, le reste demeurant enveloppé dans cette notion mystérieuse de la mémoire. »

£n méditant ainsi sur ces facultés humaines élevées si haut par leur imparfaite ressemblance avec Têtre divin, Augustin rencontre plus d'une inspiration de la sagesse antique ; ses souvenirs le ramènent à ce traité de Horten-^ sius , première passion de sa jeunesse, où l'enthousiasme de l'orateur philosophe avait éveillé celui du chrétien et de l'apôtre. Il l'admire, il l'aime encore; mais il a maintenant une certitude plus haute que les espérances qu'il avait recueillies dans cet ouvrage. Cioéron, au milieu de sa noble ardeur, avait gardé ses doutes; et, en aspirant à l'immortalité de son nom, il n'était pas assuré de celle de son âme. « Si ce qui est en nous le sentiment, la raison, disait-il, est mortel et éphémère, il y a grande

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apparence qu'après les devoirs de la condition humaine remplis, la fin sera douce et qu'il n'y aura rien de pénible à s'éteindre et à se reposer de la vie; ou si, comme l'ont voulu les sages antiques, les plus grands et les plus célèbres, nous avons des âmes immortelles et divines, plus elles auront été actives dans leur carrière, c'est-à*dire dans le perfectionnement de la raison et la recherche de la vérité, moins elles se seront mêlées aux vices et aux erreurs des hommes, plus le retour au ciel leur sera facile. Ainsi, soit que nous voulions nous éteindre en pajx après avoir vécu dam de telles pensées, soit que nous espérions passer sans retard dans un séjour meilleur, mettons à ces nobles études tout notre effort et tout notre soin. »

Ces dernières et nobles paroles, où se retrouvait une moitié de la vie d'Augustin, n'obtiennent pas grâce, on peut le croire, pour le doute exprimé par le philosophe. En honorant cet amour de la vérité donné pour but à l'existence , Augustin n'y voit pas un appui suffisant aux malheureux mortels; et son dernier livre n'est plus rempli que de sa foi et de sa confiance au Dieu qu'il s'est démontré à lui-même. »

Mais pendant que la controverse et la méditation se partageaient ainsi les plus grandes âmes , pendant que les sectes luttaient avec autant de violence que de subtilité, et que les docteurs d'Afrique étaient profondément occupés dé ces débats, l'empire d'Occident, abaissé par la prise de Rome, tombait en pièces de toutes parts.

Les Goths régnaient dans la Grèce et la moitié de ritalie; les Vandales désolaient l'Espagne; les Francs ravageaient les frontières de la Gaule ; et les Huns étaient en marche pour écraser peuples civilisés et peuples bar* bares.

L'Afrique ne pouvait échapper à tous ces fléaux. Le

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comte Boniface, gouverneur de cette province, et Tun des premiers généraux de l'empire , fut calomnié dans la cour de Ravenne , où les soupçons et Tintrigue s'augmentaient en proportion de la faiblesse. Ce gouverneur romain, ayant perdu sa femme, voulut entrer dans la vie reli^ greuse; mais quelque temps après , il prit en mariage une nièce de Genséric, roi des Vandales établis en Espagne. Cette alliance augmenta les mécontentements de la cour de Ravenne, qui destitua le comte Boniface, et sur son refus de se soumettre , le fit déclarer ennemi de l'empire. Le Romain otfensé prit les armes, et, pour se défendre, appela les Vandales. Ces barbares passèrent en Afrique au printemps de l'année 428, sur des vaisseaux prêtés par le gouverneur romain, lis prirent possession de la Mauritanie, qu'il leur cédait; mais bientôt, peu satisfaits de leur partage , ils désolèrent les cantons voisins , et menacèrent toute la province alors florissante.

Rien de plus curieux pour l'histoire que le langage d'Augustin à ce général romain qui perdait son pays par ambition et par colère. On y voit quel pouvoir l'esprit religieux exerçait sur des hommes emportés par les passions les plus violentes. Augustin, après quelques pieuses paroles , arrive ainsi à la cruelle apostasie du gouverneur d'Afrique :

« Souviens-toi \ lui dit^il, quel tu étais, tant qu'a vécu ta. femme de religieuse mémoire, et. dans les premiers jours de sa mort ; à quel point la vanité du siècle te déplaisait , combien tu désirais le service de Dieu. Nous en sommes témoins , nous à qui tu ouvris alors ton âme et tes pensées ; nous étions seuls avec toi , moi et mon frère Alype; car je ne pense pas que les soins terrestres, dont tu es occupé, aient eu assez de pouvoir pour effacer

1 Sanct, August. Oper., t. II, p, 8l4.

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entièrement ces choses de ion souvenir; lu voulais abandonner tous les emplois publics pour te retirer dans un saint repos , et vivre dans cette vie où les solitaires se consacrent à Dieu.

« Qui t*en a détourné, sinon la réflexion que tu as faite, d'après nos avis, que tu serais bien plus utile aux églises, en continuant à les défendre du ravage des barbares, et en ne prenant toi-même du monde que ce qui est nécessaire au soutien de la vie , sous le bouclier d'une austère continence, et défendu au milieu des armes temporelles par les armes de Tesprit, qui sont plus fortes et plus sûres. »

Après avoir rappelé ces promesses oubliées, Augustin touche avec un art singulier à la trahison du gouverneur : « Que dirai-je de la désolation de TAfrique, du ravage que font les barbares, pendant que tu es retenu par des intérêts de famille, et que tu n'ordonnes rien pour détourner ces maux? Qui aurait supposé, qui aurait craint que Boniface, comte du palais et de l'Afrique, occupant cette province avec une si grande armée et un si grand pouvoir, les barbares deviendraient si hardis, avanceraient si loin, désoleraient un si grand espace, et rendraient déserts tant de lieux habités? Qui n'aurait dit, quand tu prenais la puissance de comte , que non-seulement les barbares seraient domptés, mais qu'ils deviendraient tributaires de la puissance romaine? et maintenant tu vois à quel point l'espérance des hommes est démentie ; et je n'ai pas besoin de .t'en parler davantage; car tu peux penser à cet égard plus que je ne puis dire. »

Augustin combat le ressentiment que le général romain avait contre' les ministres de l'empire, li n'oppose point à sa colère des principes de devoir politique et de fidélité , mais seulement le t)aTdon des injures prêché par l'Ëvan-

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gile. « Ne sois pas tenté *, dit-il, d'être un de ces fléaux, par lesquels Dieu frappe les hommes qu'il veut punir. Songe qu'il garde des peines éternelles à ces méchants qu'il emploie pour infliger aux autres des peines temporelles. Tourne-toi vers Dieu ; contemple le Christ qui a fait tant de bien, et souffert tant de maux. Tous ceux qui veulent faire partie de son royaume aiment leurs ennemis, font du bien à ceux qui les haïssent, et prient pour ceux qui les persécutent. Si tu as reçu de l'empire romain des bienfeits, quoique terrestres et périssables , car il ne peut donner que ce qu'il a lui-même, ne rends pas le mal pour le bien : si au contraire tu en as reçu d'injustes traitements, ne rends pas le mal pour le mal. Laquelle est vraie de ces deux suppositions , je ne veux pas l'examiner, je ne puis le juger ; je parle à un chrétien , et je lui dis : Ne rends pas le mal pour le bien, ni le mal pour le mal »

Ces idées de perfection religieuse, seules puissantes à cette époque , agirent Sur le cœur du général romain. Il rompit sa coupable alliance. Il rentra sous le pouvoir de l'empereur, et prit les armes pour chasser les Vandales. La guerre fut affireuse; ces barbares, animés par une haine de secte qui servait de prétexte à leurs rapines et à leurs fureurs, saccagèrent toute cette côte d'Afrique remplie de cités commerçantes. Ils massacraient les prêtres et les femmes. Trois villes seulement , Carthage , Hippone et Cirthe , échappèrent à leurs ravages.

Dans ce chaos de misères, Augustin prodiguait les exemples de courage et de charité. Une de ses lettres donne mieux que toutes les histoires une idée des maux de l'Afrique. Elle s'adresse à des prêtres qui demandaient s'il leur était permis de. fuir, et de quitter leur diocèse, à l'approche de l'ennemi. Sa réponse est qu*îls ne doivent

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