Symm, EpisU, 11b. X, episu
TABLEAU DE L*ÉLOQ. GHR. 3â
514 DE SYMMàQUE et de SAim* ÀMBROISB.
ne veut pas se faire suppléer ni déléguer à personne le soin des choses divines, « dans un temps, ditMl, où s'éloigner des autels est une manière de solliciter. » Il annonce avec joie la résolution, prise entre les pontifes, de prolongep le temps des fêtes et d'en augmenter la pompe, pour attirer la protection des dieux sur les citoy^s; il a presque les inquiétudes d'un ancien aruspice, en apprenant que , dans une ville d'Italie , dés sacirifices réitérés n'ont pas encore expié un présage funeste. Enfin , cherchant à rétablir la croyance par la rigueur, il invoque la sévérité des anciennes lois contre une vestale , coupable d'avoir enfreint ses vœux.
Ce zèle parait sincère. Dans le secretd'une lettre, comme dans un discours public, Symmaque s'écrie : « Dieux de la patrie, feites; grâce à notre négligence des cérémonies saintes! ti et cependant ce paganisme ainsi pratiqué, et rappelé sans cesse par quelques mots, par la mention d'un usage, par un souvenir d'enfoncé, ou par un devoir cruel, s'est empreint d'un nouveau caractère et date évidemment d'une nouvelle époque^ C'est encore l'ancien culte romain ; ce n'est plus la croyance peufenne. L'expression abstraite de la divinité revient plus souvent, La miséricorde divine est invoquée en termes presque chrétiens, et au nom des œuvres accomplies pour la mériter^ Sous les images conservées des dieux , on sent une autre doctrine. Au milieu du scrupuleux respect pour le rituel antique, le pontife de Jupiter donne à deux de ses amis cette louange toute philosophique , d'être investis du saoerdeoe des lettres et de la vertu , expression qui sans doute aurait étonné les anciens prêtres daliens. Quelquefois même un peu de scepticisme se mêle à son zèle de magistrat idolâtre. Ce silence des oracles , cette interruption avouée de la puissance merveilleuse des temples, qui désespérait Libanius et les païens mystiques d'Orient, fait sourire le sénateur
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dé Rome ; et , dans une lettre où il s'excuse de n'avoir pas répondu à Un ami, « Ne vois-tu pas, dit-il S que les oracles d'autrefois ont cessé de parler ; qu'il ne se lit plus de réponses écrites dans Tantre de Cumes; que les feuillages de Dodone ne parlent plus , et qu'on n'entend phis de poèmes sortir des soupiraux de Delphes? Souffre donc que, faible mortel fabriqué des mains de Prométhée, je cesse de confier au papyrus ces paroles fugitives , que depuis longtemps tm ne lit plus sur les feuilles des sibylles. » Certes , il y a loin de cette facile résignation et de ce raisonnement ironique aux invocations et aux sacrifices par lesquels Julien et ses amis espéraient forcer le silence des dieux, et rendre à l'oracle de.Daphné la voix prophétique que lui avait ôtée , disaient les prêtres idolâtres , le voisinage profane d'une sculpture chrétienne,
Symntaque n'a rien de ces illusions fanatiques. Satisfiait des traditions pontificales, et y cherchant une forme de culte plutôt qu'un enthousiasme, ii n'a pas, comme quelques nobles Romains de ce temps, joint à son sacerdoce les dignités et les croyances de la secte orientale de Mithra. Il n'imite pas en cela l'homme que du reste il admire le plus, le préteur d'Italie, 1§ docte Prétextât, que les témoignages contemporains nous montrent initié à tous les mystères de Grèce et d'Asie , en même temps que profondément instruit des antiquités religieuses de Rome, véritable illuminé du polythéisme , communiquant autour de lui la foi à sa vertu encore plus qu'à ses dieui^, et cher au peuple romain comme une grande image de l'anciennç patrie. Cette manière de. ranimer le culte en le chargeant de superstitions nouvelles ne va pas à la prudence de Symmaque. Il évite toute innovation ainsi que tout excès. Il n'a pas contre les chrétiens même d'expression plus forte
U Symm. EpUt^^ Ub. IV, epist. 33.
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que celle de rivaux des choses saiBtes. Il craint de les offenser ; et , lorsqu'il s'agit d'honorer par des hommages publics ce même Prétextât tant célébré dans ses lettres ,. il s'inquiète que les pontifes aient permis aux vestales de lui consacrer une statue dans Rome ; il voit dans ce témoignage, « avec Toubli des conditions du temps présent, dit-il, une infraction au calme sévère et à la vocation sublime de ces vierges saintes, » et ce scrupule, fondé sur le respect qui leur est dû, n'est pas sans doute un ménagement pour elles seules.
Enfin, à cette prudence il joint la tolérance, si rare surtout alors. Il a des amis parmi les chrétiens. Si , en recommandant avec instance un chrétien de Césarée qui réclamait contre une charge arbitraire imposée par le fisc à ses concitoyens, il a soin d'ajouter : « Je suis gagné à sa cause et non à sa secte ; » ailleurs il écrit à un homme puissant : « Je vous présente mon saint ami, Tévêque Sévère, estimable aux yeux de toutes les sectes, et dont je ne dis rien de plus, par désespoir d'atteindre à son mérite et par crainte d'olfenser sa vertu. »
On croira sans peine, cependant, que -ni cette modération , ni les talents de Symmaque ne pouvaient le préserver toujours au milieu des vicissitudes de l'empire et dans la lutte inégale des deui^ cultes qui divisaient l'Occident. Sa parole applaudie avait quelquefois offensé. Plusieurs de ses lettres , malgré la réserve habituelle du langage, le font voir inquiet et menacé, cherchant la retraite, déplorant ce qu'il appelle les disgrâces amères de ses discours, ou même invoquant le nom stérile dès lois, et se plaignant qu'une oppression militaire pèse sur son domaine. Avant môme cette crise de sa fortune et lorsqu'il occupait encore la préfecture de Rome, il fut en butte à des inimitiés puissantes qui tenaient au grand débat de la société romaine entre le pouvoir croissant du christianisme, maître
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du palais et d'une partie du peuple, et les païens d'Italie, nombreux encore et rassurés à dessein par ia présence de magistrats de leur culte. Il fut accusé d'être persécuteur et de vouloir venger Tinjure des temples par des outrages à la loi chrétienne. Chargé de Texécution d*un édit impérial qui ordonnait de punir les dommages faits aux murs I de Rome, on supposa qu'il en abusait pour livrer à la
! prison ou aux tortures les chrétiens dont le zèle n*épar-
> gnait pas toujours les monuments profanes marqués à leurs yeux de Tempreinte d nn culte sacrilège. 11 en avait,
I disait-on, fait arrêter plusieurs, et fait amener à Rome
( des évêques enchaînés. Un ordre public de l'empereur ,
> désignant avec sévérité le magistrat objet de ceà plaintes, I vint tout à coup prescrire une enquête, et mettre l'accusé \ en demeure de se défendre.
i Le devoir était facile, et la réponse irrésistible. Le préfet
i de Rome, se défiant des conséquences de Tédit, n'avait
i fait encore aucun acte. « J'ai prévu , dit-il , quels soup-
i çons les rivaux pourraient former, et j'avais remis sous le sceau , à la préfecture du prétoire, les ordres sacrés de
i l'empereur. Ma conjecture ne m'a point trompé ; car je
f suis accusé d'avoir, exécuté avec rigueur ce qu'évidem-
t ment je n'ai pas commencé. » En même temps il alléguait,
I avec l'enquête favorable du prétoire, les lettres et l'auto-
) rite de l'évéque de Rome , du pape Damase , qui déclarait
i que nul des siens n'avait souffert la moindre injure , que
^ nul des sectateurs de sa foi n'avait été détenu ni chargé
^ de chaînes; et enfin il affirmait que, même pour toute
, autre cause, et parmi les accusés dé divers crimes, il ne
se trouvait pas un seul chrétien dans les prisons de Rome.
La justification était complète ; mais le grief était ailleurs,
moins dans les actes que dans l'invincible contradiction
des croyances ; ou plutôt il tenait à un seul acte de la vie de
Symmaque, et au seul grand souvenir qui soit resté de lui.
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A mesure que le christianisme s'élevait en puissance et multipliait ses bienfaits Sur le monde, le défenseur modéré , mais opiuifttre, des oroyances psûlennes devenait plus suspect et moins facile à supporter. En vain sa dignité morale le rapprochait du culte qu'il méconnaissait; vaine« ment aussi la plus grande partie du sénat s'attachait à l'ancien culte comme au dernier de ses privilèges qui pouvait lui rendre les autres» La foi nouvelle , partout libre et victorieuse, était trop ardente pour n'être pas d'abord exclusive. Aux lois déjà rendues pour appauvrir et gêner le culte païen , elle joignait cet ascendant du prosélytisme, plus puissant que les lois. Symmaque, d'ailleurs, en évitant avec précaution de blesser les intérêts et les personnes ) ne savait pas contenir dans son âme des vœux plus offensants peut-être pour la fierté du culte vainqueur. Par une illusion <iommuoe aux hommes, voulant rendre extérieurement à sa croyance ce qu'elle avait perdu en force et en réalité, il avait inspiré l'idée et reçu la mission de réclamer de l'empire le rétablissement de l'autel de la Victoire dans le sénat romain. Défenseur de cette cause, peu de temps avant l'époque où il fut accusé par la défiance du peuple chrétien , il s'adressait au jeune Yalentinien , déjà menacé par l'ambition et la puissance de Maxime. C'était un dernier effort du paganisme, s'armànt d'un péril dé l'empire.
La destinée de cet autel de la Victoire avait été fort incertaine et fort changeante. Placé au milieu du sénat de Rome , il avait subsisté même sous Constantin ; il fui enlevé par Tordre de Constance, son fils; Julien le rétablit; Yalentinien, grand et heureux capitaine, respecta, maigré son zèle pour l'Église , une dernière superstition qui se confondait avec celle de la gloire; Gratien, son successeur, parmi les sévérités qu'il exerça sur le culte pmen, dont il supprima les pensions et les privilèges , détruisit
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d6 nouveau cet autel qui choquait la vue. des membres chrétiens du sénat. La plus grande partie de l'assemblée réclama dès lors par le conseil et la voix de Symmaque ; mais la protestc^tion des sénateurs chrétiens avait déjà prévenu l'empereur, et Symmaque ne fut pas même écouté. On ne voit cette discussion reparaîtra que quinze ans plus tard, et dans la faiblesse du règne de Yalentiniep IL
Un célèbre écrivain de nos jours, saisissant tout ce qu'il y avait de poétique dans le choix d'une pareille divinité , a placé sur upe scène animée par son éloquence le débat de celte grande question, à laquelle il donne pour auditeurs et pour juges le i^énat et Dioplétien. Dpns la fiction de son ouvrage , le çbristiapisme est encore opprimé , et cependant il élèvQ une voii^ libre coutrt' la reli^ gion de l'empire, qui s'appuie tout à 1^ fois sur les raisonnements d'une philosophie sceptique, sur les tra4itions de la Fable, sur les souvenirs et les monuments de la gloire de. Rome. Dans la vérité historique, cette fameuse controverse pour l'autel de la déesse , autrefois si chère à Rome , ne s'est pas élevée sous les yeux d'un empereur païen et victorieux qui, dans le culte d'une semblable idole, aurait voulu défendre et respecter sa propre gloire. Ce n'est point l^ christianisme encore faible et persécuté, qui vient ébranler le piédestal de la puissante déesse, devant le trôn,^ guerrier de son adorateur ; c'est l'idolâtrie qui, cent ans plus tard, vaincue, terrassée, n'osant plus défendre tous ses dieux ^ ne chercbant plus à les expliquer par dje subtiles allégories, s'attache obstinément à un souvenir moins religieux que politique , et, recon-^ naissant déjà le triomphe et la possession paisible du culte nouveau, cherche à se ménager un étroit asile et une dernière tolérance dans J'orgueîl du prince et la dignité de l'empire.
Sous ce rapport, le discours de Synamaque peut servir