‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 3 sur 158 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

et une nouveauté conforme à Tétat des esprits. Quelques traits choisis de la transformation du polythéisme, l'image de ses efforts contradictoires pour s'épurer par la morale et s'aviver par la suparsUtion , l'idée du progrès social mêlé dès l'origine à la ferveur spéculative de la foi chrétienne , attachaient à la lecture de oies considérations sur Symmaque et saint Ambroise , sur Julien et Marc-Aurèle, sur la philosophie stoïque comparée au christianisme du même temps. Quelques souvenirs de la vie, quelques analyses du génie de saint Âthanase , de saint Grégoire de Nazianze et de saint Basile , de saint Chrysostome , de Synésîus, de saint Jérôme et de saint Augustin, plaisaient d'autant plus que ma fidélité laïque et littéraire laissait aux pensées recueillies dans leurs ouvrages la hardiesse et la poésie , que les scrupules trop respectueux du XVII* siècle croyaient devoir affaiblir, et que le siècle suivant avaient dédaignées. On me savait gré d'un jugement plus libre et d'une admiration impartiale , et par divers motifs , on approuvait cet essai dans une voie nouvelle.

Mais depuis, les esprits ont fait de jgrands pas dans cette voie , même en paraissant occupés de toute autre chose. Le sentiment religieux est devenu plus sévère. L'érudition a pris plus de place dans les lettres. Ce besoin d'examen ne saurait être satisfait par l'étude seule des beautés morales qui animaient Téloquence de quelques hommes puissants par la conviction et les œuvres. Et dans un temps où les monuments de cette éloquence redeviennent pour des communions dissidentes un objet de méditation dogmatique , toute autre manière de les considérer peut paraître étroite et superficielle. li ne faut pas y renoncer cependant. On ne peut méconnaître qu'il y a dans les pères de l'Église encore autre chose que la doctrine théologique , et que cela fut un des instruments de leur puissance. De

préfàcb. m

même qu'après le moyen âge « diverses sciences morales que la théologie avait attirées» et comme enveloppées, n'ont pris leur grandeur qu'en se séparant d'elle, ainsi des controverses religieuses du iv* siècle on peut tirer tout un ordre de vérités historiques qui marquent le travail de la raison commune , en même temps que le bienfait de la loi chrétienne. Seulement, pour traiter ce siyet, il ne suffirait pas de développer, comme je l'ai fait, mon premier travail , d'y comprendre d'autres noms de la même époque, de peindre avec plus de détail quelques grands c^*ractères , et de multiplier les témoignages de leur action immédiate sur les âmes et de l'immortelle grandeur qui reste à leurs écrits. Il aurait fallu entreprendre davantage , raconter la lutte des deux sociétés dans tous les rangs et sous toutes les formes , dans le pouvoir et dans le peuple , dans la législation , la philosophie , les lettres , à travers cette variété de climats, de conditions sociales et d'instincts indigènes, que rassemblait l'étendue de Tempire.

Dans un tel enchaînement de faits et d'idées , la parole des orateurs sacrés , au lieu d'être le sujet d'une étude , serait un des événements d'un vaste récit, ou plutôt en serait l'âme. On ne semblerait pas citer par fragments leur génie ; on ferait entendre leur voix pour accuser ou pour défendre, pour consoler, pour secourir au milieu de ce monde mobile et passionné d'Alexandrie, d'Àntioche, de Cartilage , de Milan. La vie romaine du iv* siècle se déploierait comme ces grands drames dQ la muse antique sur un théâtre ouvert et retentissant , que dominait de son harmonie le chant religieux du chœur redisant aux puissants et au peuple des conseils de prudence et de vertu.

Dans un tel tableau, fait pour montrer avec éclat ce que sentaient diversement les âmes sous l'inspiration et le joug de la plus grande révolution, celle de la société, de la nation et de l'homme intérieur , tout ce que l'érudition a

Page 1