SAINT ATHANASE
Le premier nom qui s'offre à nous dans les faàtei chrétiens du IV' siècle, c'est Athanase. Sa vie, ses combats, son génie servirent plus à l'agrandissement du christianisme que toute la puissance de Constantin. Cet homme lutta tour à tour contre les païens, les sectaires, les évéques jaloux de sa gloire, les empereurs offensés de son altièi*e indépendance ; et, dans cette orageuse carrière , il n'eut pas un moment de repos ou de faiblesse. En lui se montre un caractère nouveau, et qui n'appartenait pas aux premiers temps du prosélytisme chrétien , celui d'une politique aussi profonde que l'âme était intrépide. Ce n'était plus cette première ferveur d'enthousiasme qui courait au-devant de la mort, ou la recevait avec joie. Athanase cherche le triomphe, et non le martyre. Tel qu'un chef de parti, tel qu'un général expérimenté qui se sent nécessaire aux siens, Athanase ne s'expose que pour le succès , ne combat que pour vaincre, se retire quelquefois pour reparaître avec l'éclat d'un triomphe populaire.
Élevé au milieu des querelles religieuses, renommé dès sa jeunesse dans le concile de Nicée , dont il rédigea en partie les décrets, élu patriarche d'Alexandrie par le suffrage d'un peuple enthousiaste , exilé dans les Gaules par Constantin, proscrit par Constance, poursuivi par Julien, menacé sous Valens, il mourut sur ce siège patriarcal d'où il avait été cinq fois violemment banni, et d'où il fut vingt années absent. Vous jugez bien que les écrits d'un tel
AD QUAtRIÈMË ilÈËllS. 91
homtn^ ne Èêtont pa6 fielilement des (itivl^geé de théolo'gleil. S'il combat souvent sur des dogmeé obscursi, itnpé^ nëtrables, son but édatant et simple est de fonder cette unité Religieuse que Ift victoire même dès chrétiens et que le partage de Fempire en deux vad^tes États fendaient plus difllcile ; il en a, dès le premier jour, éttlculé la pUis^ Àance ; et il poursuit sans cesse raécomplissëment de cette oeuvre.
Quoique prédèëtiné surtout k défendre et à célébrer h pure doctrine du christianisme, Atbanase lutta contre lldo^ latrie , qui , de don temps , par les illusioits et le génie dé Julieh, faillit reprendre l'empire. Le lieU même de sa nàii^ sance et dé ses premiers travaux 16 portait îi cette cotttrô^ Verse. Car si, de bonne heure, la foi chrétienne avait de ta Judée gagné l^Ëgypte, si même un des apôtres avait pa^sé dû premier synode de Jérusaleni au siège naissant d'A-< lexandrie, nulle part cependant le polythéisme n'était plufi tenace et plus inépuisable que sûr cette terre deë Pha-» raons, où rien ne périssait, ni la réalité, ni lé mensôtigë, où l'antiquité mystérieuse des moiiuments conservait IW tiquité des croyances, où là vie était si forte qu'elle sem'<> blait une émanation divine partout répandue, et où l'imagiilation superstitieuse du peuple faisait incessamment pulluler de liouVeàul' dieux, comme les fanges échaûiiëes du Nil multiplient les reptiles.
Le génie grec, en venant s'imposer à l'Egypte par là coU*quéte et par lés colonies , loin de détruire ces Vieui ferments de crédulité, y mêla feulement les divitiités gra*^ cieuses de l'imagination et de la poésie; et quatïd leur culte vint à faiblir avec l'amour même de l'art, quaiîd la philo-* sophre et le christianisme eurent commencé à dëeréditëi^ des dieu*, que leur élégatide rendait cdrrûptètlfts, les divinités monstrueuses de l'ancienne Memphis n'en reprirent que plus de puissance. Sérapis Ûnvfk plus qû^Afiollôn.
92 ' TABLEAU m L*£LOQUENCE CHftÉTlBNNE
ïns|>iré par la vue de ce panthéon bizarre de TÉgypte , le discours d*Athanase contre les Grec?*, <;'est-à-dire contre Tidolâtrie, se distingue enire les ouvrages des autres apologistes par la méthode savante et la sagacité habile à décomposer tout l'édifice des fables païennes, en assignant à chaque erreiur sa date et son primcipe. Cette analyse toujou,rs nette et vraisemblable a parfois beaucoup d'élévalion philosophique. Arrivé à la dernière forme d'idolâtrie, l'apothéose des hommes après celle des astres, des éléments, et presque de tous les êtres de la nature, ♦* on se rejettera peut-être, dit-iP, sur cette al légation que certains inventeurs sont devenus dieux pour avoir fait du bien aux hommes, Jupiter en trouvant la poterie, Neptune la navigation,. FWmm l'art de forger, Minerve le tissage, Apollon la niusique, Diane la chasse, Junon la parure, Cérès l'agriculture,.et d'autres les autres arts. Mais ces arts et leurs analogues, ce n'e^ pas à quelques hommes, c'est à la nature çomniujie de l'humanité qu'il faut les attribuer; car les hommes les déôouvBent, en se dirigeant d'après elle : de là cette maxime vulgaire,, que l'art est une imitation de la nature. Si donc quelques-uns excellent aux choses où ils s'appliquent, il ne faut pas pour cela les croire des dieux, mais bien plutôt des homtnes. L'homme, en effets naissant capable de scierice , il n'est pas étonnant que quelques hommes, attentifs à l'instinct de leur propre nature, aient inventé les arts. »
En même tempg; que le philosophe chrétien enlève ainsi à l'idolâtrie son meilleur prétexte, il flétrit la pire des apothéoses, celle où l'homme cherchait la consécration de ses vices qu4l transférait aux dieux. A cette corruption Athanase oppose les grandes idées de T unité d'un Dieu suprême et de rimnsortalité . de l'âme humaine. « L'âme ne meurt