‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 36 sur 158 · Sanct, Athan. Oper.y 1. 1, p · texte numérisé non relu

Sanct, Athan. Oper.y 1. 1, p

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pas^ dit-il; mais le corpa meui t, quand elle s^en éloigne. L'àme est à elle-même son propre moteur. Le mouvement de l'âme, c'est sa yje. Lors même qu'elle est prisonnière dans le corps, et comme attachée à lui, elle ne se rapetisse pas à ses étroites proportions.^ elle ne s'y renferme pas ; mais souvent, alors que le corps est gisant Immobile, et comme inanimé, elle reste éveillée par sa propre vertu ; et sortant de la matière, quoiqu'elle y tienne encore, elle conçoit, elle contemple des existences au delà du globe terrestre ; elle voit les saints dégagés de l'enveloppe des corps, elle voit les anges et monte vers eux dans la liberté de sa pure innocence., Tout à fait séparée du corps, et lorsqu'il plaira à Dieu de lui ôter la chaîne qu'il lui impose, n'aura- t-elle pas, je vous prie, une bien plus claire vision de son immortelle nature? Si aujourd'hui même, et dans les entraves de la chair, elle, vit déjà d'une vie tout extérieure, elle vivra bien davantage après la mort du corps, grâce à Dieu qui par son Verbe l'a faite ainsi. Elle comprend, elle embrasse en elle les idées d'éternité , les idées d'infini, parôe qu'elle est immortelle. De même que le corps, qui est morte), ne perçoit rien que de matériel et de périssable, ainsi l'âme, qui voit et médite les cltoses imnwrtelles^, est nécessairement immortelle elle-même, et vivra toujours : car les pensées et les images d'immortalité ne la quittent jamais, -et sont en elle comme un foyer vivant qui nourrit et assure son immortalité. »

Ces hautes spéculations , familières sansdo^teà l'école philosophique d'Alexandrie comme à son école chrétienne, ne sont pour Âlhanase qu'un premier p$is vers le dogme dont il est le plus exigeant interprète. 11 ne les compterait pour rien, si elles; ne 4ç ponduisaient pas au symbole de Nicée tout entier : c'est ainsi. qne de ce discours contre les

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N TABLEAU m u'tioùmm» chrétienne

idolâtres, ehefi-d'œiivre. da bon sens spoial et de logique, il passe immédiatement aux profondeurs de la théologie et à la proscription absolue du rationalisme d'Arius.

Telle fut la grande œuvre accomplie par la j énie d'un homme, et consacrée par vingt ans de persécution. C'est pour cela qu'il lutta contre tous les chefs da l'empire, de« puis Constantin jusqu'à Julien, depuis le protecteur inté^ ressé dérËgiise juèqu'à son my&tique adversaire. C'est par là qu'il a été non-seulement le promoteur le plus efficace de la foi et du culte , mais un des plus hardis précurseurs de cette politique religieuse qui gouverna le monde au moyen âge. Roma adit en canonisant Grégoite VII, « qu'il n'avait pas existé, depuis le temps des apôtres, plus puis* sant défenseur de l'Ëglise. » Si , dans les mille années qui séparent ceç deux dates mémorables , il fallait citer un homme qui tint de l'ancien monde et dii nouveau, qui rap^ pelât l'enthousiasme du christianÎBme naissant et ftt pressentir la puissance du christianisme adulte, qui fût le premier citoyen de la cité chrétienne, un législateur, un héros, un saint, Rome ne trouverait pas de plus grand nom quo celui du patriarche et du banni d'Alexandrie, que ceini du Grec Athanase.

L'effort de sa vie, la subtilité de son génie, la constance de sa volonté, l'entraînement desapersuasion, ses combats et ses facriflces se concentrèrent partteulièirement sur la sublime métaphysique du christianisme, la partie divine de la croyance; mais cela même était le christianisme tout entier, et l'avenir religieux du monde.

Les sectes nombreuses fijt bigarres ^ produites dans lets premiers temps du christianisme par l'ébullitiou de l'esprit oriental, commençaient à disparaître ; mais une secte noun velle s'élevait, plus méthodique , plus simple , plus faite pour devenir universelle : c'était la doctrine d'Arius, doctrine encore enveloppée à sa naissance de subtilités scola-

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stiques, mais qui recelait au fond 1q pur théisme, quoique désavpué par elle,

Un siècle plus tôt, cette s$cte, en décr^di^ut le poly*tbéisme et en donnant à la. philosophie qui le combattait 4a forme e| Vascendant d'un culte, eût aidé peii|t-étre à la rapide diffusion du cbristianisn^e, et facilité son empire; mais alors elle effsçfiit le caractière distinctif de te foi nouvelle , elle détruisait sa victoire ; elle la faisait rentrer, elle ^eqsev^lissait, pour ainsi dire, dans la croyance plus ou moins confuse, mais générale, dont se rapprocbaieni tpus c^uii ipéme qui n'étaient pas chrétiens,

Ces motifs font d'autant mi^ui^ comprendre les efforts extraordinaires opposés à Tarianisme', et le génie de l'homme qui terrassa plus que tout autre cette puissance nouvelle protégée souvent par les empereurs.

Il ne s'est rien conservé des écrits d'ÀriuSi tes Vfun* queur^ ont ^oli les nionuments de leur adversaire; mais le fondateur d'une s^cte si fameuse , l'homme qui tant de fois chargé d'anathëmes sut gagner à.sa cause un nombreux parti dans I^ peuple, dans les évéques, à la cour des princes, et qui divisa le «bristianisnie triomphant r était sans doute doué de tous les talents qui font un grand seotairet Cependant il fut surtout aidé par le sentiment secret qui commençai^ ^ rendre redoutable aux empereurs la puis** sapçe et Tascendant du sacerdoce chrétien. L'impérieux Constfintin, apràs avoir si utilement pour sa grandeur in-» voqué cet appui, en avait été bientôt jaloux el lassé; et c'est par là surtout qu 'il faut expliquer sa préférence pour les prêtres ariens, et sa tendance à faire prévaloir dans la religion qu'il avait actoptée une seete dissidente qui , pluf faible dQ nombre et moins sévère de doctrine, gênait mems son ambition et ses viees. Constance, son fila^ moins pnis^

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sant ei moins autorisé' sur le trône d'Orient, redoutait encore plus la tutelle de l'Église. Les évêques accusés d'arianisme, la minorité vaincue dans le concile de Nicée, montraient plus de complaisance pour le pouvoir impérial , ei cherchaient son appui contre les censures de leurs orthodoxes et rigoureux collègues. Constance aima mieux protéger les ariens que d*obéSr aux catholiques.

Athanase resta dès lors en butte à tout le travail de haines et decalomnies qu-inspireTesprit de secte. Ce n'est pas seulement d'erreurs, mais de crimes qu'il était accusé ; et de quels crimes.^ de viotences impures, de meurtres et d'opérations magiques. Justifié avec éclat dans un concile de Tyr, il n'en fut pas moins dégradé comme coupable et retenu dans la vill^ de Trêves. Rétabli par le fils aîné et le premier successeur de Constantin, il est banni de nouveau sous Constance , qui partage l'empire avec son troisième frère, ami des catholiques comme Constance l'étafldes ariens. Bientôt les guerres civiles élevées dans Tempire par les compétiteurs des deux fils de Constantin mêlent* des intérêts de parti politique aux intérêts de secte. L'empereur d'Occideot est tué par Magnence> que les soldats revêtirent de la pourpre impériale. Constance venge son frère, renverse Magrïence qui menaçait d'envahir aussi l'Orient, et devient seul maître de l'empire. Aussitôt lès catholiques et les ariens s'accusèrent mutuellement près du vainqueur d'avoir favorisé son rivxil.

Les ariens d'Egypte dénoncèrent Athanase, que sa puis* sànce sur l'esprit des peuples rendait assez suspect à l'empereur. Ils 4ui reprochaient d'ancîeins efforts pour calomnier Constance près de son frère , et des lettres écrites à Magnence pour lui livrer la province d'Egypte; A ces graves accusations se joignait, selon l'esprit du temps, un crime purement théologique: Athanase. était aiccusé d'à-

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voir tenu l'assemblée des fidèles dans une église qui n'était pas encore consacrée.

Condamné dans Antioche par un synode d'évéques ariens, absous dans Alexandrie par un synode d'évéques orthodoxes, absous de nouveau dans Rome par un concile que présidait le pape, et auquel souscrivit dans Sardique une assemblée des évéques d'Orient et d'Occident, Athanase est frappé par un dernier concile tenu dans Milan, sous les yeux d'une cour arienne , et il reçoit du gouverneur d'Egypte l'ordre de quitter son siège. Pendant qu'il prétexte des retards, et qu'il cherche à faire parvenir des apologies à l'empereur, des troupes sont envoyées sur Alexandrie pour enlever l'archevêque du milieu du peuple. Athanase, par son génie, par sa prévoyance, par les soins qu'il prodiguait aux malheureux, était le bienfaiteur d'Alexandrie. Il faut l'entendre raconter lui-même la violence qu'il subit. On reconnaîtra sans peine, dans ce récit, avec quel art l'intrépide pontife se rendait populaire.

« Il était nuit*, dit Athanase , et il y avait dans l'église du peuple qui faisait la veille de la fête du lendemain. Le chef militaire Syrianus apparut tout à coup avec des soldats, au nombre de plus de cinq mille, ayant des armes et des épées pues^ des arcs, des âèches, des lances; et il les range autour de l'église. Moi, qui ne croyais pas juste, dans un si grand désordre, d'abandonner mon peuple, et qui préférais m'exposer le premier au péril, m'étant assis dans la chaire, j'ordonnai au diacre de lire le psaume, La miséricorde de Dieu est grande dans les siècles; je diS au peuple de répondre» et de se retirer ensuite chacun dans sa maison ; mais le chef s'étant élancé dans le temple , et les soldats assiégeant de toutes parts le sanctuaire pour me saisir, le peu[)le et les prêtres me pressent, me supplient

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