‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 38 sur 158 · Sanct. Greg. theolog, Opcr.,.t. I, p · texte numérisé non relu

Sanct. Greg. theolog, Opcr.,.t. I, p

ciiteurs. Copiés par des mains fidèles, ses écrits, comme autrefois ceux d'Origène, étaient en un moment répandus dans toutes les sociétés chrétiennes d'Orient. Du fond de sa cellule, il était le patriarche invisible de l'Egypte; il avait pour le servir, pour le cacher, pour le défendre, cette milice du désert enthousiaste et muette.

La mort de Constance et le triomphe passager du polythéisme suspendirent seuls la proscription d'Athanase. Julien , par une ostentation de tolérance, rappda d'abord tous les évéques exilés par la faction arienne. Le retour d'Athanase * fut dans l'Egypte une fête telle que l'empire romain n'en connaissait plus, depuis l'abolition des anciens triomphes. Un peuple immense se précipitant hors des murs d'Alexandrie, les rivages du Nil couverts de spectate)ttrs , le fleuve sillonné de mille barques, la mer au loin éclairée des feux qui resplendissaient sut les hautes tours du Muséum, ce furent là les moindres honneurs qu'Athanase reçut dans sa patrie.

Le peuple admirait en lui un saint, un grand homme, le défenseur de la foi de Nicée , le rempart des églises d'Orient ; son nom balançait la victoire du paganisme renaissant avec Julien; aussi l'empereur, effrayé de cette puissance , et croyant voir dans Athanase la destinée du christianisme, se hâta de l'arracher d'Alexandrie par un nouvel exil.

Les décrets du prince respirent la hain^ et l'inquiétude; il s'indigne de l'audace de celui qu'il appelle Tennemi des dieux. « L'impie, il a osé, dit-il, sous nlon empire, baptiser encore des femmes grecques d'une illustre naissance. » Et il ordonne de le bannir d'Alexandrie et de toute l'É^ gypte. Mais le patriarche, un moment fugitif, revint se cacher dans Alexandrie même, sous la complicité du silence

J. Sanct. Greg. theolog. Oper,,u ï, p. 405.

^t du respect d'un peuple entier. L'épreuve Tut courte cette fois, et impuissante comme le passage même de Julien dans le monde. A sa mort espérée et prévue dans toute rËglise, Âtbanase reparut vainqueur et comblé d'hommages par le nouvel empereur, lovien, qui régna peu.

Une dernière persécution l'attendait sous l'empire de Yalens,zélé pour l'atianisme. Il fut encore banni, et passa quelques mois caché aux portes d'Alexandrie, dans le tombeau de son père; mais il fallut le rendre aux vœux d'un peuple dont il était adoré, et qui ne pouvait croire l'idolâtrie abattue et le christianisme vainqueur, en l'absence d' Atbanase. Il revint s'asseoir sur la chaire pontificale; et désormais trop grand pour être persécuté ou protégé par l'empire, après tant d'épreuves, il mourut en paix dans son lit, nous dit la légende romaine.

Son éloge funèbre fut pronoïicé par les plus illustres orateurs d'Orient, par Jean Chrysostome, dont le discours, digne d'un tel sujet sans doute, n'est pas arrivé jusqu'à nous, et par Grégoire de Nazianze, que l'élégance d'un génie trop orné et les découragements d'une rêveuse tristesse ne préparaient pas à retracer avec assez de grandeur l'austère simplicité et la foi toujours agissante d'Athanase. Sa mémoire resta vénérée dans TEglise, non comme celle des martyrs qui, les premiers, avaient cimenté de leur sangla croyance chrétienne, mais comme celle d'un fondateur d'empire; car il avait affermi et pour ainsi dire fondé la tradition môme, dont il fut pendant un demisiède le puissant interprète et l'incoriuptible témoin, sans jamais s'inquiéter du péril>, se lasser du combat, ni s'eni-, vrer du triomphe

Il n'est besoin de dire que dans les écrits inspirés au patriarche d'Alexandrie par les vicissitudes d'une lutte si longue, rinstruction morale occupe peu de place, quoiqu'il ait donné parfois aux préceptes sur les mCBurs une admi-

lOi^ TABLEAU Dff. l'ÉLOQUBNGK CHIETIENNE

rable: expression vde sévérité chrétienne oonforme à sa vie entière. Mai» il fut avant tout un chef religieux; et pour la ckMniiiaJtioH comme pour la résistance, le dogme abstrait, et surnaturel' est bien plus puissant que lasimpie prescription morale. C'est pour les choses diffîciies à oomprendre,.. élevées, inaccessibles, qise les esprits- se soBt le plus passiennési C'est par lesmot&mystérieax et sacrés que les peuples semènent et s'agitent; etla morale- in^e la- pinspure est une chose trop naturelle pour suffire toujours à» ce besoin qu'éprouve un ardent génie d'imposer sa eonvictien, et d'entraîner les âmes à sa suite.

L'intrépide, le magnanime Atfaanase a donc souvent cempli ses ouvrages d'une ^ineuse sGolastique^ A> part le récit animé de se» épreuves, qu'il déonit du même cœur qu'il les a souffertes, à part l'accent àfiergique de son in* flexible volonté, ce n'estpas l'iéloquence qu'ilfaut chercher en lui, mais^ la sévère exactitude du langage dans Texposîtion des dogmes^ Son génie précis et in^périeux se trouva singulièrement approprié à Tâge même de la religion, pour ainsi dire,^à cette époque de crise et demain^ rrté, où, toute-puissante, mais divisée, elle avait àse rendre, compte d'elle-même et à oonôrmer, en les développant,. ses do^iûfts vainqueurs.de llidolàtrie, mais de toutes parts attaqués dans le sein même de l'Église, et sur les- ruinée qu'ils: avaieat'faites. On dirait, à d'entendre, un législateur plutôt qu'uni apôtre!,' tant iLanalyse et àisceme avec une subtile rigueur les* (déments de la croyance* dont il éolaire les âmesJ C'est: le dialecticien des mystères. Mais^ cela ^ même, oe choix exaot des termes, hors desqu^ cDRimence l'erreur, cette immuable gravité de la parole théologique tient au caractère- d' Atfaanase autant qu'à sat doetrinfe; Ce Alt le secnetdeisa puiasanœ. Sn meltimr tout:le Christian nisikie dans l'ônto/o^w divine, en ^rejetant parmi lesioqiies quieonqae n'admettait pessl'onlre entier des vérités^iatffib^

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Mes , en laissant tin abime ihfrancbîssaUe entre Artu^ et rÉglise, il arma Tunité chrétienne jpour des siècles ; et par la consistance qu'il donnait à la foi , il prépara la persuasive et confiante ardeur des orateurs sacrés de son temps. Qu'il reste done en tête de cette grande époque ! et quMl y soit inscrit pour quelque chose de plus rare encore que Péloquence, pour l'élévation de Tàmè, la persévérance des desseins et la grandeur des résultats. Né pour Faction et pour Tempire, il est le maître de ceux dont la picole surpassera la sienne; et il inspire leur génie, comme il a fixé leur symbole.

On regrettera seulement quIT ne se soit pas conservé quelques-uns des discours que dut prononcer Atbanase au retour de ses fréquents exils, au milieu de Tenthousksme populaire. On y chercherait par quels ressorts le primat d'Egypte agissait sur ces races mélai^gées, sur cette population multiforme qui remplissait Alexandrie; comment il disposait des passions die cette multitude, qui parfefs se décimait elle-même pa^ des guerres nationales d'un quartier à l'autre, qui livrait bataille diEtns les rues, aux soldats romains, égorgeait, dans son palais^ l'archevêque arien, et sous un patriarche moins pur qu'Atfaanase, traînait dans une église et immolait prés de Tautel la belle Hypathîe, arrachée de sa tribune savante.

Parmi tant de doctes traités; de protestations et <fe lettres d' Athanase , il ne se trouve rien de ses sermons , des paroles évangcliques ou miiitantès dont il entreteniût le zèle de ce peuple mobile etfaroache qui, pour lui- seul, fut toujours si fidèle^ Mais il nous est resté un écrit d'Athanase, monument curieux de son temps, de son gérne et de ses instincts populaires On le conçoit en effet: précisément parce qu'il fut le grand doetieur de la foi, Atha»nase jie dut pas la considérer seulement dans ses hauteurs théologiques, mais la suivre aussi dans ses^ applications

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pratiques. Une des plus puissantes œuvres du cbrîstianisme/un de ses plus éloquents exemples , c'était la vie des solitaires de la Thébaïde. On voit , par un passage des Confessions d'Augustin, quelle curiosité, quelle émulation ces ^nerveilles du désert excitaient dans la société civilisée, parmi le$ oisifs des villes de Gaule et d'Italie. De plus près , cette prédication silencieuse agissait plus fortement: elle ravissait le peuple qui en était témoin, qui y touchait, pour ainsi dire, par la vie pastorale et le travail des champs. Athanase qui, dans sa jeunesse , avait passé du désert au concile de Nicée; qui, danssespersécutions, avait éprouvé la foi constante des pieux ermites, et mesuré par la fuite la profondeur de leurs solitudes, devait leur garder un grand souvenir et compter pour beaucoup l'appui que leurs pénitences extraordinaires donnaient à TËglise. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'il ait écrit, dans le palais patriarcal d'Alexandrie, une vie de l'ermite Antoin^e, de cet humble et puissant coopérateur qu'il avait suivi longtemps au désert^ «lui versant, dit-il naïvement, l'eau sur. les mains, pour le laver. »

Athanase recueillit ces souvenirs durant une des trêves de sa vie, sous le court et tolérant empire de Jovien, entre l'avortement de la restauration idolàlrique de Julien et les persécutions nouvelles dei'hérétique Valens. 11 adressait 8on récit sous forme de lettre aux religieux d'un monastère de Gaule ou d'Italie, qui lui avaient demandé cette faveur, et dont le messager, venu d'au delà des mers, attendait sa réponse, pour se rembarquer avant la saison orageuse , et rapporter en Occident ces nouvelles du désert.

Écrivant à la hâte , et sans avoir encore le témoignage des.religieux demeurés les derniers près du solitaire, Alba-

]. Sanci^ Athan. Oper.^ L I> p. 794.

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nase conseillait de compléter son travail par des questions à tons les voyageurs qui revenaient d Egypte. Tant la Thébaïde et ses austérités cachées étaient alors l'entretien du monde ! Cette histoire d'un ermite , racontée par un . des pïus grands hommes publics de l'Eglise, est un monument singulier d'élévation d'esprit et de crédulité. On sait comment Antoine V né d'une famille égyptienne et chrétienne , après une éducation plus pieuse que lettrée, se trouvant libre et riche , un jour sous Timpression plus vive ^e quelques versets entendus à l'église , avait tout quitté, vendu ses terres, et distribué sa fortune aux pauvres, sauf une part réservée à sa sœur qui se fit religieuse. Pour lui, réduit à l'indigence, travaillant de ses mains, s' appliquant à imiter les privations de quelques anachorètes dispersés dans les oasis du désert, il se préparait à de plus rudes austérités, et s'avançait graduellement vers te grand désert, où la vie religieuse ne s'était pas encore étabhe, et dont elle n'avait, pour ainsi dire, touché que les bords. Son ardeur voulait aller plus loin : et là commencent les obstacles que les retours de la nature et la puissance même d'une ima> gination austère mais brûlante suscitaient au jeune néophyte. Athanase les décrit tels que le peuple les racontait, et tels sans doute que le solitaire les avait isentis , c'està-dire comme des tentations du malin esprit qui fatigue de mille enrfbûches, obsède de mille fantômes une vertu qu'il trouble, mais qu'il ne peut vaincre. Rien n'étonne le pieux panégyriste dans les'prodiges incessants qu'il rapporte. Antoine, encore voisin des villes, mais déjà solitaire, habitait la nuit un tombeau. Là, durant sa veille pénitente, il luttait corps à corps contre plusieurs démons, sans doute comme l'enthousiaste Luther imagina qu'il disputait toute une nuit contre Satan lui-même, dont il croyait entendre la voix dans les doutes de sa conscience et les violentes agitations de sa pensée*

Athanase affirme même que ces >ut)tes terribles laissaient le jeune ermite accablé de contusions et deble»^ sures, quoique vainqueur, et que souveol le conabat n'avait cessé que par un secours direct de Dieu, par un rayon de lumière qui perçait la sombre voûte du sépulcre, par un ange invisible qui descendait des cieux et disait à rinùrépide lutteur : <c J'étais là; j'attendais, regardant ta résistance, 6 Antoine; et puisque tu n'as pas été vaîncn, je serai toujours ton auxiliaire. » Antoine avait alors trentecinq ansd'âge et de pureté; et les feux d'une vie abstinente, sous le ciel d'Egypte, la lutte de la chair eoa^e la volonté expliquent assez te prestige de ses soufiEfances elle mérite de sa victoire- Fort de ces épreuves, il s'enfonc» enfin. dans te désert, et vient habiter une ruine, d'où les amis qui s'approchaient pour le visiter entendaient souvent scfrtir comme te retentissement d'une lutte et tes eri&d'adversaires acbarnéat. Mars quand ils pénétraient jusqu'à lui , la vision bruyante s'était tue ; et ils le trouvaient seul , (entant qiidk}ite psaume de bénédiction et dé délivrance'.

Antoine vécut là vingt ans*, attirant les- âmes an désert, multipliant par son exemple et ses conseils tes ermitages et les monastère^. Aux pauvres moines qui venaient te contempler et s'instruire près de lui , il faisait de pieuses instmictions en langue>égyptienne. Tel était l'habile et profond partage dla prosélytisme chréUen;. la vie du désert^ imitation ou débris, de la gravité mystérieuse de l'antique Egypte, dont elle conservait la langue dégénérée en idiome de pâtres et de laboureurs, attachait puissamment le peupte à la foi chrétienne, tandis que dan& les ports et dana les cités, dans tes concile», les églises, les écoles, la langue greeqiie conqioérait à cette même foi Jes pmsaaatSv tes^ sauvants, tes étisangersr et la^jeunesse.

Athanase a traduit, et conservé, ua de Ges^ disooui» de

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rertnite Antoine, du successaur des prêtres de Tantiqae religion , àsàs Pidiome populaire issu de leur langue sa* créiez C'est une belle ptofession d'humilité, de simpHcité, de ferveur et de bon sens, terminée par cette idée fixe de démons tentateur^ que le saint anm^horète ne cessait de voir oa de. redouter, quoique les repoussant toujours. Son but est de fortifier ses pieux visiteurs dan» le détachement du monde et Tamour du désert , sans leur conseiller ni rélude-, ni la direction active des âmes , ces deinc soutiens de la vocation religieuse. « En fait dé science , leur dit-il, c'est assez des saintes Écritures. Mais pour la foi il est bon de nous y fortifier par des exhortations mutueHes. Ainsi ^ donc; mes fils., dite9*moi comme à votre père ce^que vous ave^dans Tâme ;.et moi, comme votre ancien, je vous dirai ce que j'ai appris de rexpérience : et d'aboHl,.ayonfttous pour premier souci de n&pas abandonner notre eeuvre, de ne pa&céder à la peine, de ne jamais dire : 11 y a- longtemps* que nous povtonsi le poids de la vioasoétiqna; mais plutôt de croître en ardeur, comme si chaque jour était notre premier jour. La vie de rhorame est tnès^courte comparée aux siècles; à venir; ]a> pins longue» i^est rien devant Téternité. Dans le mondé , tonte chose se vend' à juste prix, et les échanges se. font entre i^ienrs égaler;* raaîs^ la vie élemeUe S'achète àvil pris. L'Écriture noqs diti^neffet: Les jour» de la vie de l'homme soift.de srâMtntb eLdix.ans; dMis les plus fort» de qaatre-vkïgts ansT^ etaB delà, peine et douleur; Si donc nous pevsévértm^pendaiit qijatrei^vingtsi^aaB^ou cent ans au pkis- dans là^^n^ aacét»*que, pouc ces cent ans^ ncms n'auronspasEseuleonut cent anes.de béatitude, maïs l'éternité *. nous aurons tnnnîtlé sor iarterre^ et nou^ hériterons dan^le cîel.

« Ainsi donc; mes^enfantsv ne net» lassenspas et ne-nom pl8igimiis^pii8'de4nip attendre, eu de-trop faire.. Entrer gardant le^mmABr ne croyons paa que nous ayons nenonni

à quelque chose de grand ; car le monde entier n'est rien à côté du ciel. Ujn homme qui donnerait une drachme d'airain pour cent drachmes d'or donnerait peu et gagnerait beaucoup. Ainsi ferait celui qui , maître de toute la terre, y renoncerait pour la promesse du ciel. Que si toute la terre est loin de valoir le royaume des cieùx , celui qui abandonne quelques journaux de terre fait à peine un sacrifice. Songez , d'ailleurs, que si nous n'y renonçons par vertu, il faudra les perdre par la mort, et souvent au profit de ceux qui nous plaisent le moins, comme dit l'Ëcclésiaste. Que personne donc ne se laisse envahir par la cupi* dite. A quoi bon acquérir ce que nous ne pourrons emporter avec nous? Pourquoi ne pas nous donner plutôt ce qui nous suivrait toujours, te prudence, la justice, la tempérance , la force , la charité , l'amour des pauvres , la foi dans le Christ, la douceur d'âme, la bonté hospitalière? Si nous acquérons ces vertus, nous les retrouverons ailleurs pour ïious recevoir et nous introduire dans la patrie des bienheureux. »

£n lisant ces pensées venues de si loin jusqu'à nous, à travers deux idiomes éteints, on conçoit la puissance du solitaire-sur ceux qui tâchaient d'imiter sa retraite, et l'admiration de ceux qui n'osaient y prétendre. La vie du désert, c'était un degré de plus dans le sacerdoce, un progrès de souffrance et de sacrifice atteint par quelques hommes dans ua temps où le sacerdoce même semblait ne pa& suffire à la ferveur du zèle et au besoin d'expiation. Antoine cependant n'y borna pas l'emploi de sa longue vie. Il sortit parfois du désert; il fpt mêlé au monde; il fut, tenté du martyre. Dès le temps du féroce Maximia, il était rentré dans cet espoir à Alexandrie,; mais, épargné ou repoussé du supplice, on ne sait par quelle cause, il revint au désert, s'y enfonça plus avant; et« après une marche de trois jours et de trois nuits au delà de soq ancienne limite , il

arriva près d'une cime aride, au pied de laquelle coulait une source limpide enlre quelques palmiers sauvages. Il y planta sa dernière lente , vivant de quelques pains que lui apportaient les moines du voisinage , ou que lui laissaient les Sarrasins qui traversaient le désert. Puis, afin de n'occuper personne de lui , sur le penchant du mont qu'il s'était choisi, entre le sable et le rocher, il défricha un petit coin de terre, qui ensemencé suffit à sa nourriture. Là encore ses visions l'assaillirent; et à défaut d'hommes, elles lui apparaissaient sous l'image des bétes féroces errantes à travers les sables de sa brûlante solitude. Son âme cependant avait gardé toute sa vigueur. De cette montagne où il était, priant comme Moïse, il allait gouverner les monastères , consoler les affligés, guérir les malades. Dans quelques grands Jours, il redescendait au. milieu du mondé, comme une image de l'Église primitive; et, à la demande d'Athaiiase, qui comprit la puissance d'un tel auxiliaire contre Arius, il vint dans Alexandrie, pour confondre Ihérésiarque. Parvenu à Tâge de plus, de cent ans, son antiquité augmentait encore, dans le respect des hommes, la majesté mystérieuse de sa soHtude. En même temps la fierté de sa foi égalait sa simplicité et l'élevait audessus de toutes les grandeurs passagères. Les deux empereurs, fils de Constantin, lui ayant écrit pour le féliciter des miracles qu'on lui attribuait de son vivant : « Ne vous étonnez pas,- dit-il^ aux religieux dont ce message avait troublé le calme, qu'un empereur, fils d'un homme, m'ait écrit; admirez seulement que Dieu ait écrit sa loi pour les hommes, et nous l'ait envoyée plar son Fils. »

Dans cette ferveur d'un continuel enthousiasme, le p^)triarche du désert atteignit sa cent cinquième année, au milieu des colonies de solitaires formées à son exemple,

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