‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 43 sur 158 · Sanct. Basil Oper., tJlI, p · texte numérisé non relu

Sanct. Basil Oper., tJlI, p

lis TABLEAU DE L'ÉL0(^KNC£ CHIVÉTIEr^NE

longtemps te réunir à nous, que ta résolution était |Mrise; mais j'y crois difficilement., 4ifprès tant de fausses» promesses. D' ailleurs, pressé de miUe soins, je ne pouvais attendre. Il faut que je reto»rfle dans la province du Pdnt ; et là peut-être, *i Dieu le veut, je terminerai mes courses. Ayant une Ibis perdu les vaines espérances, ou plutôt les songes que je me faisais sur toi ( car j'aj^rouvè celui qai dît que Tespérance est le rêve d'un homme éveillé), je suis allé dans le Pont, pour chercher te. vie qu'il me Smi, Dieu m'y a fait trouver un asile conforme à mes goûts.. Ce que n«U8 avons scmvent pris plaisir à nous figurer en imagination , il m'est donné de le voir dans la réalité : c'est une haute montagne enveloppée d'une épaisse forêt, arrosée du côté du nord par des sources fraîches et limpides. Au pied s'étend une plaine incessamment fertilisée par les eaux qui tombent des hauteurs : la forêt qui jette à l'entour ses arbres de toute espèce , et plantés au hasard , lui sert, pour ainsi dire , de mur et de défense.

tt L'île de Calypso serait peu de chose auprès-, quoique Bomère l'ait admirée plus que toutes les antres pour sa beauté. Ce lieu se partage en deux vallées profondes : d'un côté, le lleuve qui se précipite de la crête du mont forme par son cours une barrière continue et difficile k franchir ; de l'autre, une large croupe de montagne, qui communiqua à la vallée par quelques chemins tortueux , ferme tout passage. Il n'y a qu'une seule entrée , dont nous sOïWmes les malîtres.

« Ma demeure est bètie mt la pointe h plus aiincée d'un autre sommet; de sorte que la vallées découvre et s'étend sous mes yeux , et que je puis regarder d'en haut le cours du fleuve, plus agréable pour moi que le Strymon ne Test aux habitants d'Amphipolrs. Les eaux tranquilles et dormantes du Strymon méritent à peine le nom de fleuve ; m'ais le mien, le plusrapide fleuve que je connaisse.

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se lieuctc coBlre une .roche voisine, et, repoussé par eUa, retombe en torrent qui me donne à la foÎ6 le plufi ravissant spectacle et la plua abondante nourriture, car il a dans sea eaux un nombre prodigieux de poiNsaos.

« Parlerai-je des douces vapeurs de la terre, et de la fraîcheur qui s'ei.bale du fleuve? Un autre admirerait la variété des fleurs et le chant des oiseaux ; mais je n*ai pas le loisir d'y faire attention. Ce qu'il y a, de mieux à dire de ce lieu , c'est qu avec rabondance de toutes choses , 9 me donne le plus doux des biens pour jmoi , la tranquillité. Non-seulement il est affranchi du bruit des villes , maïs il ne reçoit pas nrême de voyageurs., excepté parfois quelques chasseurs qui viennent se mêler à nous ; car nous avons aussi des bétes fauves, non pas les ours et les loups de vos montagnes, mais des troupeaux de cerfs et de chèvres sauvages, des lièvres et d'autres animaux semblables. Pardonnez-moi donc de fuir vers cet asile, Âlcméon lui^ même s'arrêta, quand il eut rencontré les îles Êchinades. »

Ces agréables peintures, ces poétiques allusions ne sentent pas l'austérité du cloître. 11 n'est pas douteux cependant que saint Basile ne suivit dès lors, avec quelques amis , une règle de vie religieuse , dont il était Le fondateur, et qui s'est pei^pétuée de noà jours dans les monastères de la firèceet de TOricnt. ]\iais cette règle, mêlant à la vie conteoqplative les travaux des champs et^ l'étude, s'éloignait également des rigueurs impitoyables et de l'indolente quiétude de quelques moines d'Orient , vrais fakirs du ckrifitianisme.

En face >de son asile, sur l'autre rive de lUris qui, descendu des montagnes d'Arménie, se jette dans l'Euxin, était un bien de campagne héréditaire dans la famille de Basile, et où sa mère et sa scéur venaient de fonder on eoovent de femmes, tandis que son frère aîné habitait un

ermitage aux bords du même fleuve. Ainsi entouré, Basile s'éloignait rarement de sa retraite; il eut enfin la joie d'y attirer, à côté d'autres amis, celui qu'il aimait le plus, Grégoire de Nazianze, qui, dans la vivacité de l'âge et du talent , avec^ un caractère froissé par le monde et tourmenté dans le désert , demandait à la vie religieuse un état intermédiaire, réglé sans être asservi, et calme sans solitude. La petite communauté était pauvre; mais la sobriété et le travail des mains suppléaient à tout : on bêchait, on arrosait la terre; on exploitait des bois et des carrières. Une part des Journées était consacrée à l'étude df»s lettres chrétiennes, à l'instruction de quelques disciples venus de Grèce et d'Asie, à la prière et aux chants religieux; et Grégoire de Nazianze se souvient presque avec un égal plaisir des belles hymnes qu'il avait entendues dans lé chœur de la rustique chapelle, et du platane qu'il avait lui-même planté dans le jardin du monastère naissant.

11 se lassa cependant, et retourna dans sa patrie, tandis que Basile faisait le voyage de Constantinople, pour seconder l'évêque d'Ancyre dans ses luttes contre Eunomius, interprète célèbre et nouveau de l'hérésie d'Arius. Basile n'était pas prêtre encore : il n'avait dans l'Église que ITiumble titre de lecteur, Julien, qui, durant son christianisme apparent, avait porté ce même titre, venait de ceindre le diadème impérial, et à la tête de légions victorieuses, déployant sur ses aigles les images des dieux, il montrait à découvert ses desseins et son génie. Une nouvelle persécution s'annonçait, bien autrement profonde et redoutable que celle des empereurs ariens. Basile Te comprit; et, tout en suivant avec respect Tordre et les délais de la promotion au sacei'doce , il avait hâte d'entrer plus avant dans la cause de l'Ëgliscen péril. Miiis la destinée de Julien s'acheva plus vite encore que la vocation de son

ancien cotidisciple. li eut cependant le temps de s'occuper de Césarée pour lui faire éprouver ses rigueurs. Des temples magnifiques dont cette ville était décorée, avaiît sa conversion au christianisme, il restait encore un temple de la Fortune,- un incendie soudain le détruisit. Julien, doublement irrité de la profanation et du présage sinistre, fit punir de morl quelques chrétiens qui parurent innocents et martyrs. Cela rend d-autant plus douteux qu'il ait à cette époque écrit à Basile les lettres conservées sous son nom , et d'ailleurs peu dignes de lui. Trop de défiance et de haine séparait désormais l'empereur païen et les (Jeux jeunes apôtres. Tandis que, jaloux de s'appuyer contre le christianisme d'une grande victoire sur les ennemis de l'empire, Julien rassemblait ses troupes et s'avançait vers la Perse, en multipliant les cérémonies propitiatoires et les offrandes, Basile prenait les degrés inférieurs du sacerdoce; et dans Césarée, l'année suivante, quand déjà Julien n'était plus, il fut ordonné pi-être par Eusèbe , nouvel évoque de la province. Grégoire de Nazianze aussi , malgré son indécision presque égale à son ardeur, venait d'être engagé dans le sacerdoce , et. en avait reçu le signe de la main même de son père, évoque de Nazianze. Ainsi se trouvaient rapprochés les deux amis. Ensemble ils triomphèrent de la délivrance du «hrislianisme, Grégoire de Nazianze avec une vivacité de haine. et d'invectives qui atteste quelle a été la grandeur du péril et des craintes; Basile avec une éloquence plus calme, qui marque la force et la gravité de son âme. Mais l'éclat même de cette éloquence, en excitant l'admiration de son ancien maître, le païen Libanius, souleva contre lui d'âpres jalousies et l'inimitié même de Tévêque Eusèbe.

Sa solitude lui restait; il y retourna souvent, et n'en sortit que pour encourager la formation de nouveaux mo-

1S2 TABLEAU I>E x'ÉLOQUEKCB -CHRÉTIENNE

^astères et servir Tévéqite de Gésarée , doEit sa sagesse réussrt enfin à dissiper les défianees. Puissant par la cou-

I troverse et la science, jnjétaît ejpLÇiSaîa^iàlu^^

[ Dans une grande foinine dont la Cappadoce et le Pont.

I furent affîgés, et qui, désolant aussi les pays voisins , rendait toot secours difficile^ il consola le peuple, émut la pitié des riches , donna tout son bien et une partie du leur aux malheureux, sans distinction de croyance, et en soulageant avec lajnème libéralité les ariens, les juife et

\ les idolâtres*

A la nKwrt d'Eusèbe^ il fut choisi pour lui succéder. Possesseur de cette dignité pendant vingt aDS , et métropditain de la Cappadoce , «a vîe n'offre pas ces vicissitudes aventureuses qui attacbeat à l'histoire, d'Athanase ou de Jérôme ; mais elle impose par le spectacle d'une vertu constante et d'un beau génie. Saint Basile fat le véritable évêque.de l'Évangile, k père du peuple, l'ami <les malheureux, inflexible dan^ sa foi, mais infatigable dans sa charité. Pauvre lui-même de celte pauvreté qui déjà devenait rare dans TËgli^e chrétienne, il n'avait qu'une seule lunique* , et ne vivait que de pain et de grossiers léguntes ; mais il employait des trésors à embellir Césarée. Il ai bâtir pour les étrangers et pour les indigents un hos-

I pice que Grégoire de Nazianse appelle une seconde ville ;

j il établit de nombreux ateliers et des écoles.

Le xeïe aveugle de Valons pour l'arianisme menaça plus d'une fois l'archevêque de Césarée. Il brava le préfet ds l'empereur et la colère de l'empereur lui«*ménie. Les historiens ecclésiastiques ont raconté qu'un ordre d'exil allait être donné contre Basile, lorsque le fils de l'empereur tomba «lalade ; le saknt évéqne se mit en prière, et l'enfant guérit; mais ensuite ayant été baptisé par un évéque

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