‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 47 sur 158 · Sanct, Basil Opier., t. ÏF, p · texte numérisé non relu

Sanct, Basil Opier., t. ÏF, p

128 TABLEAU DE l'ÉLO(}UENCE CHRÉTIENNE

fuse aux pauvres comme un larcin qu'il leur fait. Mais telle était cette éloquence des premiers temps, énergique, passionnée , frappant avec force sur des âmes engourdies par la mollesse; elle contre-pesati tous les vices d'une société dure et corrompue ; elle tenait lieu de h liberté, de la justice et de l'humanité qui manquaient à la fois; elle promettait le ciel , pour arracher quelques bonnes actions sur la terre. C'est à saint Basilç qu^appartient cette belle idée si souvent développée par Massillon : Que le riche doit èlre sur la terre le dispensateur des dons de la Providence, et pour ainsi dire l'intendant des pauvres.

SaintBasile n'excelle pas moins dans les peintures de la brièveté de la vie, du néant des bienis terrestres, de la tromperie des joies les plus pures. Après les anciens philosophes, il est éloquent d'une autre manière sur ce texte monotone des calamités humaines. La source de cette éloquence est dans la Bible, dont il aime à emprunter la poésie, plus pittoresque et plus hardie que cislle des Grecs. Il renouvelle les fortes images de la muse hébraïque; mais il yméle ce sentiment tendre pour l'humanité, cette douceur dans renthousiasme , qui faisait la beauté de la loi nouvelle. Les yeux élevés vers le ciel , il tend des mains secourables à toutes les misères : il veut soulager, autant que convertir.

Ses discours font aisément concevoir la puissance qu'il avait sur l'esprit du peuple. Faible de corps, consumé par la souffrance et les austérités , un zèle ardent le soutenait dans ses prédications continues , ses courses pastorales, ses voyages. Quand il mourut , tout le peuple de la province accourut à ses funérailles. Les païens, les juifs le disputaient aux chrétiens par l'abondance de leurs larmes; car il avait été le bienfaiteur de tous. Plusieurs personnes ayant péri dans la foule prodigieuse qui se pressait à son convoi, on les trouvait heureuses d'être mortes un tel jour ;

et plus d*un enthousiaste dans son christianisme idolâtre les nommait des victimes funéraires^.

Que si maintenant, à quinze siècles de distance, loin de ces mœurs étranges , loin de cette société où le poly^ théisme, PËvangile, les fables populaires, les philosophes, les martyrs , avaient tant agité Timagination des peuples, on cherche l'orateur de Césarée dans les pages d'un livre, combien n'admire-t-on pas encore son âme et son génifs ! Peut-être même cette éloquence est-elle plus à Tépreuve du temps que les harangues des grands orateurs profanes ; car enfin la cause de l'humanité est plus durable que celle d'un citoyen ou d'une république célèbre; et les variations de costume sont peu de chose , quand il s'agit de l'intérieur de l'homme, de ses incertitudes, de ses espérances, de toutes ses misères et de son besoin d'immortalité. Ces* idées, si présentes dans la réalité, nous échappent cependant bien vite, quand l'imagination ne les fixe pas en nous par l'énergie du langage. L^écrivain moraliste surtout doit être éloquent pour être écouté : c'est la puissance de l'orateur de Césarée f tout devient image dans sa langue expressive et poétique. Les comparaisons, les allégories rendent visibles toutes ses pensées. « De même, dit-il, que ceux qui dorment dans un navire sont poussés vers le port*, et sans le savoir arrivent au terme de leur course, ainsi dans la rapidité de notre vie qui s'écoule, nous sommes entraînés d'un mouvement insensible et continu vers notre dernier terme. Tu dors, le temps t'échappe ; tu veilles et tu médites , la vie ne t'échappe pas moins. Nous sommes comme des coureurs obligés de fournir la carrière. Tu passes devant toutes choses , tu laisses toutes choses derrière toi ; tu as vu sur la route des arbres , des

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