Santt. Chrysosî, Oper., 1. 1, p. 364 (in-folio
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de ces misères, a été de. te voir saqs cesse et de contempler dans tes traits l'image fidèle de mon mari qui n'est plus. Cette consolation a ccmimencé dès ton enfonce, lorsque tu ne savais pas encore parler, temps de la vie où les enfanis donnent à leurs parents les plus grandes joies.
« Je ne te demande maintenant qu'une seule grâce ; ne me rends pas veuve une seconde fois ; ne ranime pas une douleur assoupie ; attends au moins le jour de ma mort ; peut-être me faudra-t-il bientôt sortir d'ici-bas. Ceux qui sont jeunes peuvent espérer de vieillir ; mais , à mon âgé , on n'attend que la mort. Quan^d tu m'auras ensevelie , et réanimes cendres à celles de ton père, entreprends alors de longs voyages, passe telle mer que tu voudras ; personne ne t'en empêchera; mais pendant que je respire encore , supporte ma présence , et ne t'enntiia pas de vivre avec moi ; n'attire pas sur toi l'indignation de Dieu , en m'accablant de si grands maux, sans avoir été oifensé par moi. »
Quel accent de douleur et de vérité ! C'est la simplicité d'Homère, ou plutôt celle de la nature. La loi chrétienne^ qui semblait contredire les affections du cœur, lui rendait quelque chose de plus saint et de plus pur. Tout le secret du cœur d'une mère est dans cette prière si humble et sî vive, pour que son fils ne la sacrifie pas, même à la religion.
Chrysostome n'eut pas le courage d'affliger sa mère, et renonça d'abord au projet de s'éloigner d'elle. Mais bientôt, pour se dérober aux instances des chrétiens qui voulaient le faire évêque, il se retira dans les solitudes voisines d'Ântioche. En même temps qu'il fuyait ainsi les honneurs de l'Église, il employait son zèle et il usait même d'artifice pour engager dans l'épiscopat cet ami qu'il avait voulu suivre dans la retraite. Ce fut l'occasion d'un de ses premiers écrits , le Dialogue sur le sacerdoce^ ouvrage
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plein d'imagination et de gravité, où it s'excuse de n'avoir pas accepté l'épiseopat, et se vante, de l'avoir habileinient imposé à qai le méritait. Il avait alors à peine vingt-cinq ans ; et dans l'idée qu'il se forme, dans le portrait qu'il trace de l'évêque et du prêtre , on sent une profondeur d'observation qu'on n'attendait -pas de tant de jeunesse et de solitude. « Il ne suffit pas S dit il, d'être pur pour être digne d'un tel ministère ; il faut encore beaucoup de savoir et d'expérience. Il faut connaître les choses de la vie humaine autant que ceux qui sont le plus mêlés .au monde, et en être en même temps plus dégagé que tes solitaires qui se sont réfugiés sur les montagnes. Obligé , en effet, de communiquer sans cesse avec des hommes, et mariés, et pères de famille, et maîtres de nombreux serviteurs, et disposant de grandes richesses, et traitant les affaires publiques, et placés dans les fonctions du commandement, le prêtre a besoin d'une conduite variée, non qu'il doive être ni trompeur, ni flatteur, ni dissimulé ; mais, au contraire, plein de franchise et de liberté, sachant montrer une condescendance utile, lorsque là situation des choses le demande. Qu'il soit tantôt indul^gent et tantôt sévère:, le mêmç mode, en effet, ne convient pas pour gouverner tous les esprits , pas plus que les médecins ne prescrivent le même remède à tous les malades , et que les pilotes n'opposent la même manœuvre à tous les vents. » C'^st ainsi que mêlant aux austérités du désert la préméditation du monde, loin de toute ambition, il passa plusieurs années dans cette vie tempérante, qui doit ajouter aux forces de l'âme tout ce qu'elle retranche aux passions et aux faiblesses de la nature.
Cette réflexion se présente à l'esprit dans l'histoire de cette époque du monde, toutes les fois que nous y voyons
U Sanct, ChrysosU Oper.yt.}ip.^2b.
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des hommçs inconnus apporter tout à coup , au milieu du peuple et à la cour des princes, une aatorité. merveilleuse. Tous ces hommes veAaieut du .désert. La solitude est mère de& ^ndes pensées ; et dans des temps ?iis et dé^ gradés, conmie les derniers siècles de Fempire, eWe in^ spire quelquefois à l'homme une force que la société n'a plus. Mais aussi , pour les âmes trop faibles ou trop ardentes, cette solitude se peuplait de fantômes* Les extases, les manies mélaijeotiques transformées en préteodœs possessions, remplissent l'histoire de cette époque; ain^i, de cette rude école du désert, il sortait des grand» hommes et des fous.
C'était le jugement même des contemporains ; et de là, parmi les gentils et souTeht parmi les chrétiens s'élevaient des- plaintes et des censures contre la vie solïtaire. On accusait ce zèle inutile et farouche, qui se dérobait aux charges de la société , et se consumait sans fruit. On ne se borna point à cette controverse spéculative. L'empereur ValenSyZélé pour l'arianisme^ crut décourager par la perséeutiofi ceux qui ne cédaient pas aux reproches^ ou aux railleries du nmnde. Le jeune Chrysostome , du fond d'une caverne qu'il habitait, répondit aux reproches et protesta coQitre les rigueurs du pouvoir dans un éloquent traité à la louange de la vie monastique. Mais discuter avec leshommes sur les avantages de la solitude, c'est y renoncer. Le jeune apôtre, dont ce rude noviciat , celte vie de privations el de pénitence avait détruit la santé , revint à la ville ^ et continua d'y languir quelque temps, a'ayant pas même la force de sortir de sa maison. Mais là même il put vérifier par un exemple ce douUe pouvoir que la' solitude diversement portée excfrçait sur les âmes. 11 eut à consoler, à csdmer un ami revenu du désert avec la croyance d'être incess|mment possédé du démon , et rapportant ^e mal intérieur au milieu des plaisirs et éa 4>ri«it d'Aniioche.
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Ton» deux dans la même ville ,. séparés par la souffrance, communiquaient par la foi et par Tamitié ; le malade de corps essaya de guérir le malade d'esprit : c'est Tobjet des trois Iwres que Ghrysostome écrivit pour Stagire , et où Ton peut étudier toute une crise de la nature nvorale de l'homme.
Évidemment le mal était né du remède, de l'excès des austérités que cette nature s'était imposées' contre sa propre faiblesse: « Tu t'es plaint souvent, écrit le jeune apdtre à son ami , qu'à l'époque où tu vivais de la vie du siècle tu ne souffrais rien de semblable , et que c'est depuis ton sacrifice , depuis que tu t'es crucifié au monde , qoe tu as pris le sentiment de ton mal, ce qui âuffirait pour confondre et désespérer» Tu te plaignais encore tandis qud beaucoup d'autres qui, durant une vie de délices, avaient éprouvé l'atteinte du mal , s'étaient si bien rétablis qu'ils s'étaient mariés, avaient eu de nombreux enfants, et jouissaient de tous tes biens de la vie , sans nul ressentiment de leur ancienne douleur, toi qui passes un si long temps dans les jeûnes, les veilles et toutes les autres austérité , tu n'avais trouvé jusqu'à ce jour aucune guériscta de ta souffrance. » Là même était 1» solution du problème : il y a la satiété de la pénitence, comme celle du plaisir. Stagire était malade de la première,, comme d'autres avaient souffert de la seconde, et s'étaient guéris par le retour à la vie moyenne de l'humanité, au bonheur de la famille. Mais l'enthousiasme nécessaire ^ l'épuration du monde était trop grande encore pour que cette explication fût admise. Chrysostome croit son ami au pouvoir d'un démon, et le console seul^nent par l'exemple de tentations semblables qoe peraoet la Providenee, et qu'elle rend plus vives dans la solitude que dans le monde, parce que, dit-il, le solitaire est plus fort que le mondain. Mais à côté de c^tte explication donnée par l'esprit du temps, le génie du mora-
liste , du profond médecin des âmes , se montre dans le livre second de cette Consolation : Chrysostome a soin d'y prouver que le découragement* est un mal [dus accablant encore que le démon. C'est Thistoire de cette maladie des sociétés avancées qui naît du doute et de l'orgueil, et qu'on a traitée ou plutôt qu'on a dépeinte sous le nom de mélancolie.
Chrysostome la combat surtout par les exhortations religieuses, les citations et les exemples des saintes Ecri-. tures. Mais de là môme , et de tous les maux que le christianisme avait à soulager dans le monde, il fait sortir une incomparable instruction sur le moyen A'éteindre cette fièvre de tristesse ei de rendre à l'âme la vie plus facile et plus calme. 11 propose la contemplation des souffrances et la pratique des bonnes œuvres pour remède aux découragements de 1 orgueil et de l'égoïsme. « Va', dit- il à son ami , rends- toi près du chef préposé à l'hospice des étrangers, fais-toi conduire où sont les malades, afin de voir toute espèce de souffrances, de nouvelles infirmités et toutes les causes de douleur véritable ; de là, rends-toi à la prisofo publique, et, après avoir visité les autres parties de cette demeure, passe au vestibule du bain qu elle renferme, où sur la paille gisent quelques malheureux nus , tourmentés de froid, de maladie et de faim, et par leur seul aspect et le tremblement de leur corps sollicitant la pitié de ceux qui passent; car ils n'ont pas la force de parler, ni d'étendre la main, dans l'accablement de leurs maux. Ne t'arrête pas là : va jusqu'à riiôtellerie des pauvres , en dehors de la ville , et tu verras que cette tristesse dont tu te plains est , par comparaison , un port heureux et tranquille. » Belle leçon morale ! sublime enseignement!
r. "Oti i\ ôa0v(jLva xa>.e7tWTépa xal ôatjjiovo;. 2. SancU Chrysost. Oper,^ t^ I, p. 223*
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Pour combattre la manie mélancolique, c'était la pitié que Chrysostome éveîHait dans Yktne ; c'était au nom des maux que la charité avait à soulager qu'il secouait le poids de tiMstesse et d'ennui dont sdnt parfois accablés le talent et la richesse. Rien n'est omis dans le raisonnement, et, malgré la foi aux possessions, tout est expliqué par l'ordre naturel. « Tu me diras, ajoute Chrysostome, que tous ces maux dont je parle n'atteignent que le corps , et que ta maladie , bien plus cruelle , touche à Tâme. Nous répondrons d'abord qu'elle -est plus légère: elle ne consume pas le corps comme les autres maux ; et à Tàme elle n'imprime qu'une agitation passagère; ces maladies que nous avons rappelées, commençant par le corps, ne. s'y bornent pad, elles nu)ntent jusqu'à l'âme, la troublant sans fin et l'altérant par la douleur et l'abattement. » Enfin le sage consolateur résume tous ses conseils et toute sa pensée dans ce peu Âe mots qui rendent à Thomme toute sa liberté, en l'avertissant de s'en servir pour se guérir. du poison de la tristesse , comme pour se défendre des tentations du mal. « L'excès de la tristesse est plus pernicieux que tout le pouvoir du démon ; car le démon lui-même n'agit que par elle dans les choses où il agit ; et en la supprimant, tu le désarmes. »
C'était avec cette ferme raison , avec ce tempérament de sagesse et de ferveur que Chrysostome , revenu du désert pour guérir ceux que le désert avait troublés, se préparait au sacerdoce et à cette direction des âmes par la parole qui occupa vingt ans de sa vie , parmi la corruption et les arts des grandes villes d'Orient. Méièce, saint évéque d'Antioche, s'était empressé de lui conférer les degrés inférieurs de la prêtrise. Flavien, successeur de Mélèce, l'ordonna prêtre; et plusieurs écrits de Chrj'Sostouie l'ayant déjà rendu célèbre, autant que ses œuvres de charité le rcDdaient saint, il lui commit avec joie l'instruction du
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peuple dans celte grande vHle d'Anttodie i|tii^ peuplée de deux cent mille habitants , chrétiens., jiiife, idolâtres, tous parlant la langue grecque, p«r la réputation de ses écotes, son commerce , ses arts , était rAthèoes de ^Orient , mais une Athènes dégénérée , manquant de grands souvenirs hors du christianisme , et mêlant à Tesprit vif et léger que lui reprochait Julien, ia mollesse et l'humeur irritable d'un peuple souvent affranchi et jamais libre.
Selon Tusage de la primitive Église , la prédication était le devoir de révoque ; mais lorsqu'il vieillissait , ou manquaitNde talent , il faisait parler à sa plac^ quelque jeune ministre de Fautel ; car la parole , tbez tous ces peuples d'origine grecque, était le talisman' du caUe. Ils ét»ent convertis par des prêtres éloquents , conuneiisavaieatéÉé d'abord gouvernés par des orateurs, et ensuite amusés par des sophistes. Aussi Chrysostome * se plaint-il sans cesse de voir uiie foule plus hombreuse à ses discours qu'aux prierais publiques. Ge n'étaient pas seulement les chrétiens , mais les juifs, les païens quiee prèasaient dans son auditoire. Il interprétait l'Écriture avec cette vive imagination et' ce goût d'allégorie qui plaît aux Orientaux. Il exposait avec une éloquence digne du Portique et de l'Évangile les devoirs de la morale; enfin, il. attaquait les vices dont Antioche étmt le théâtre. 11 décrivait la vie molle des grands , leurs palais de cèdre et de porphyre , le faste de leurs dépenses pour les Courtes du cirque ^ le luxe des femmes riches qui reoi plissaient les rues de leurs cortèges d'eunuques et d esclaves , l'orgueil des philosophes, qui se promenaient avec leur manteau , leur longue barbe et leur bâton sous les vastes galeries d'Antioche.
La renommée de son éloquent se répandait dans tout rOrient; des sophistes païens venaient de loin pour l'en-