‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 52 sur 158 · Sanct, Chrysost. Oper,\ t. il, pam'in · texte numérisé non relu

Sanct, Chrysost. Oper,\ t. il, pam'in

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tendre ; et son génie djoulait à la puissance du diristitnisnae, qui trouvait encore quelques obstacles dans les philosophes et les lettrés de la Grèce.

Chrysostonie rennpIissaU depuis douze ans cet apostolat, lorsqu'une grande occasion vint s'offrir à son génie. En 387, Topulente , la voluptueuse Atitioche fut troublée par une sédition aveugle et passagère j comme celles qui peuvent s'élever chez un peuple d'une imagination mobile et de moeurs efféminées.

Au sujet d'une taxe Nouvelle établie par l'empereur, on maltraita quelques-uns de ses officiers , on renversa ses statues et celles de l'impératrice. L'effroi suivit bientôt une révolte sans dessein et sans courage; et la malheureuse ville attendait en silence la colère de l'empefeur.

Antioche ^retienne depuis longtemps attachée à la religion du milieu même de sa mollesse orientale , Antioche l'ennemie de Julien et le but de ses sarcasmes, devait^ ce semble, obtenir grâce aux yeux de Théodose. Aussi le prince renonça- t-il à sa première pensée de brftler Antioche , de faire périr dans les flammes les citoyens au milieu de leurs demeures et de faire passeir la charrue sur leur territoire; car tels étaient les conseils qui s'étaient fait entendre dans le palais de Théodose ; il se contente d'ajouter aux magistrats de la ville , qui commençaient une sévère enquête , deux comniissaires choisis parmi les principaux officiers de l'armée , et revêtus d'un menaçant pouvoir.

Dans cette stupeur de tout un peuple livré sans défense aux rigueurs et aux soupçons d*une justice Impitoyable , d'où viendra le secours? Comment l'humanité se ferat-eMe entendre? L'archevéqued' Antioche, Flavîen, vieHlard vénérable , prend la résolution d'aller au loin jusqu'au palais de Thcodose essayer de fléchir sa colère. Chrysostome tient dans Antioche la place du vertueux pontife. Il

réunit le ]>euple dans le temple , il le console , le raùime, le justifie. Tel est le sujet d'une suite de discours sans exemple dans l'antiquité , et qui sont à la fois pour nous ijtn monument d'histoire et d'éloquence. Rien ne peut nous faire mieux comprendre, en effet, et la dureté du pouvoir impérial, et la mollesse de cette époque, et la reconnaissance que devait exciter la religion , l'ascendant qu'elle devait prendre , en se portant ta protectrice de ce peuple si menacé et si faible. Écoutons d'abord l'orateur décrivant la consternation d ' Antioche .

« Celte ville * est dépeuplée par la crainte et par le malheur. La patrie, c'est-à-dire la chose du monde la plus douce aux cœurs de 4ous les hommes, est maintenant devenue la plus amère. Nos citoyens fuient le lieu de leur naissance avec la même horreur que l'on fuit le supplice; ils s'en délQurnent comme d'nn abîme, ils s'en échappent comme d'un incendie. Lorsque le feu dévore une maison , non-seulement ceux qui l'habitent se précipitent au dehors; on abandonne aussi lés maisons voisines.: on laisse tout pour sauver sa vie. Ainsi , tandis que la colère de l'empereur plane sur cette ville comme un feu rapide, tout le monde se précipite et s'enfuit au dehors, avant que la 8amme étende plus loin ses ravages; on se croit heureux de survivre î et cependant cette fuite n'est pas excitée par la présence de l'ennemi. Cette captivité n'est pas la suite d'un combat ; nous n'avons pas vu l'ennemi , et nous sommes prisonniers ou fugitifs. »

Après ces fortes peintures, Chrysostomè entretient ses auditeurs comme dans un temps de calme et Je paix. 11 leur proche l'hospitalité, l'aumône, le mépris des richesses; il ne veut pas que le péril même et les craintes qu'il partage ^vec eux ôtent quelque chose aux enseignements

' 1. Sand. ChrysosU Oper.y t. Il, homilia ii.

AU QUATRIÈME SIÈCLE. IGl

de la chaire chrétienne. Le lendemain , le peuple est de nouveau rassemblé dans Téglise comme dans son lieu d*asile ; Chrysostome annonce Tabsence de Flavien. « Quand je regarde ^ , dit-il, du côté de cette stalle vide maintenant et privée du maître qui nous instruisait, je sens de la joie et des larmes ; je pleure de ne plus voir ici notre père. Je me réjouis qu'il soit parti pour nous sauver et détourner de ce peuple la colère de l'empereur. C'est votre honneur à vous d'avoir mérité un tel père ; c'est sa couronne à lui de se montrer si tendre pour ses enfants et de vérifier ainsi la parole du Christ : le bon pasteur a donné sa vie pour son troupeau. Il a entendu cette parole et il est parti , engageant sa vie pour nous tous , quoique bien des choses aient dû le retenir , son âge avancé jusqu'à l'extrême vieillesse, son infirmité, le temps de l'année, la solennité prochaine de Pâques, et, par-dessus tout, le danger d'une sœur unique qui touche presque à son dernier soupir. Il a tout négligé, et ses affections de famille, et sa vieillesse, et sa faiblesse, et les souffrances du voyage, et, Tnettant vôtre salut avant tout, il a brisé tous les liens et s^en va comme un jeune homme. »

Chrysostome continue avec une inépuisable invention de charité ; il suit dans son discours le voyage de Flavien , il compte les jours de cette longue route et du sort incertain d'Antioche ; il se figure l'iaudience impériale et les premières paroles de l'évéque ; et puis il s'occupe de réformer ce peuple , dont ii a suspendu l'inquiétude. Chaque jour la même consolation recommence avec des formes diverses et des incidents nouveaux: «La place publique est déserte, s'écrie-t-il avec un accent de triomphe plus chrétien que patriotique ; mais Téglise est remplie. Tu gémis de la solitude d'Antioche ; réfugie-toi vers ta tnère,

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