Sanct. ChrifsosL Oper.^ t. II , honiilia ni
162 TABLEAU DE L*ÉLOQUfiNCE CHRÉTIENNE
qui te consolera par ]e nombre de ses enfants et te montrera des rangs pressés de frères unis. Nous cherchons des hommes dans là ville déserte ; mais nous sommes foulés dans Téglise.» En même temps le vertueux prêtre épuise tous les exemples de courage et de patience que donne FËcriture, Esther, Job^ les trois jeunes Héhreux dans la fournaise ; et il maintient les esprits à distance égale du désespoir et de la sédition, opposant au surcroît de terreur qu'a fait naître un tremblement de terre la bvorâble approche de la semaine de Pâques, et gouvernant ainsi par rimagination et la foi ce peuple d'Orient irritabie et timide. Déjà, le voyant plus calme, il ne fait plus4|iie rinstruire.
Ceo^^iidant à cette époque même, et $ans iittendra de nouveaux ordres de Théodose, les rigueurs de la jusiiee impériale s'étaient multipliées; de riches citoyens avaient été arrêtés et battui^ de verges, leurs biens séquestrés; Jeurs femmes, chassées de leurs maisons, étaient «rranlies autour des prisons* Chrysostome s'était éloigné quelques jours ; la terreur du peuple reprit une nouvelle forcé. Il voulait fuir au désert ; le gouverneur de la province vini lui-même dans l'église pour rassurer la foule. On remarquera quelle fut alors la sainte jalousie de Chrysostome, et ses reproches au peuple que l'Ëglise voulait consoler et soutenir à el(e seule : « J'ai loué, leur dit-il le lendemain, la prudence du préfet qui , voyant la ville agitée de aouveau et vous tous disposés àl a fuite, est venu et vous a rendu meilleure espérance. Mais jci ro^gis pour vous d'indignation et de honte, qu'après tant de discours de oetle tribune évangéUque vous ayez besoin d'une consoktîoa étrangère. J'aurais souhaité que la terre s'ouvrît sous noes pas et m'engloutît, au montent où j'entendais ]e gouverneur calmer tour à tour et blâmer votre crainte hors de propos et de raison. U ^convenait quAU Ueu d'être «isei-
AU QI7ÀTB1ÉHB SIÈCLE. "i^t
gnés par lui , vous fissiez tous-Bnémes la leçon aux infidèles. «> Ce magistrat était païen ; et c'était moms enoere son pouvoir que son culte dont l'appui (rffensait Ghr^rsostame.
Contre les rigueurs des deux comOiisaaires ia^périaux qui, dès les premiers jours de leur arrivée, avaient étaUi un tribunal militaire , devant lequel tremblait toute fat vtUe, un autre secours vint en aide au peuple chrétien.
Sur les montagnes voisines de la ville vivaient depuis longtemps des ermites chrétiens , qui dans les austérités de leurs déserts semblaient expier les délices d*Àniio(^e. Jamais les riches campagnes de la Syrie , et \e beau eiel qui la couronne , ne les faisaient descendre de leurs âpres solitudes. La oalamiié d'Àntioche les attire ; ils paraissent, au milieu de la ville, ils assiègent les prisons, ils entourent le prétoire : ce sont les tribuns du christianisme.
Un de ces solitaires, homme simple et sacs lettres , rencontrant au milieu de la ville les deux commissaires de l'empereur, les retint parleurs manteaux , et leur orde de descendre de cheval, puis il leur dit: « Ailes, amis, portez de ma part cet avis à Femperevr: Youaôles empereur, .mais vous èies homme, et vous commandisE à des hommes qui sont l'image de l>ieu. Craignez ia oolèce du Créateur, si vous détruisez son ouvrage. Vous êtes si fort irrité qu'on »t abattu vos im^es ; Dieu le sera-t-il moins, si vous détruisez les siennes? Vos statues de brome sont déjà refaites et rétablies sur leurs bases ; mais quand vous aurez tué des hommes , comment réparer votrefkute? Les nessttseiterez-vous quand ils seront mcrts ? »
Qudques jours Après, Chrysostome reprit la parole pour célébrer la générosité chrétienne des solitaires, et lesespârancfes qu'elle donnait. Un nouveau oou^ venait de frapper Àntioche. Un otàte de l'empeceur enlevait à «cette ville le titre de métropole d'Orient, et fiSrmait en mène temps le cirque, les théâtres et les bains publics. Cette
dernière tyrannie , que le climat et les habitudes orientales rendaient plus pénible, augmenta le désespoir des habitants. Beaucoup voulaient s'enfuir au désert ; Chrysostome les retint par ses paroles. Il peint avec énergie rhorreiir dont il fut saisi lui-même , en pénétrant au milieu du prétoire, pour y suivre ses frères victimes de la rigueur des juges ; et de ce spectacle môme il tire l'espérance que tant de maux vont enfin s'adoucir. Alors il fait entrevoir les approches de la fête de Pâques comme un temps de réconciliation pour le prince et pour le peuple.
Cependant le vénérable Flavien, après les fatigues d'un long voyage , était arrivé dans Constantinople au palais de l'empereur. Admis en sa présence , au milieu des courtisans, des chefs de la garde, il s'arrêta loin du prince, les yeux baissés et pleins de larmes, et exprimant par son silence la désolation d'Antioche. L'empereur, lui adressante parole, rappela les faveurs qu'il avait faites à celte ville, et se plaignit de l'ingratitude de ses habitants, de leurs insultes envers lui et envers la mémoire de l'impératrice Flaccile. Flavien , versant des larmes , retraça luimême avec vivacité les bienfaits de Théodose , et l'égarement du peuple d'Antioche , qu'il impute à la jalouse haine des esprits infernaux. ,
Puis , revenant sur la colère même du prince , il lui dit des paroles que rapporte, et que sans doute embellit Chrysostome: « On a renversé tés statues, mais tu peux t'en élever à toi-même de plus glorieuses. Pardonne aux coupables ; ils ne te dresseront pas dans les places publiques des statues -d'airain ou d'or, parées de diamants; mais ils te consacreront dans leurs cœurs un monument plus précieux, le souvenir de ta vertu. Tu auras autant de statues vivantes qu'il y a d'hommes sur la terre, et qu'il y en aura jusqu'à la fin du monde; car non-seulement nous , mais nos successeurs et leur postérité connaîtront
cette action si loyale et si grande , et Tadmireront comme s'ils en avaient eux-mêmes recueilli le bienfait ^
te Mais afin que mes discours ne semblent pas une flatterie, je te rapporterai une ancienne parole qui montre que les légions, les trésors et le nombre des sujets n'illustrent pas les princes autant que la philosophie et la clémence. Le bienheureux Constantin apprenant qu'une de ses statues avait été défiguréis à coups de pierres, comme toute la cour l'exhortait à se venger et à punir l'outrage de son front royal , il passa légèrement la main sur son visage , et répondit en souriant qu'il ne sentait aucune blessure. Couverts de confusion , les courtisans se désistèrent de leurs sinistres avis ; et cette parole est encore célébrée par tout le monde ; le temps ne l'a pas fait vieillir, et n'a pas éteint la mémoire d'une telle vertu. A combien de trophées n'est-elle pas préférable ? Ce prince a relevé plusieurs villes, et a vaincu beaucoup de barbares; mais nous n'en avons point souvenir. Cette parole, au contraire, est dans toutes les bouches. Ceux qui viennent après nous et ceux qui les suivent l'entendront; et il n'est personne qui puisse Técouter sans se récrier avec éloge , et sans faire mille vœux pour la mémoire du prince qui l'a dite. Que si cette parole est glorieuse devant les hommes, combien n'aura-t-elle pas mérité de couronnes devant Dieu, qui est l'ami des hommes ?
« Mais est-il besoin de rappeler Constantin et des exemples étrangers, lorsque, pour t'encourager, il ne faut que toi-même et tes propres actions? Souviens-toi de cet édit proclamé dans tout l'empire, lorsqu'aux approches delà fête de Pâques, annonçant aux criminels leur pardon , et aux prisonniers leur délivrance, tu disais dans tes lettres, comme si cet édit n'eût pas encore assez signalé ta clé-